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Politique

ABBAS DJOUSSOUF, PORTRAIT

Modèle de refus de la soumission inconditionnelle à un chef, Abbas Djoussouf affronte les dures épreuves politiques et réussit à se frayer des issues parfois remarquables. Il a participé, en 1968, au lancement du RDPC (Rassemblement démocratique du peuple Comorien appelé aussi "les blancs"). Diplômé de l'École nationale des sciences géographique de Saint Mandé en France, il a commencé sa carrière administrative en qualité de directeur des services topographiques des Comores, il a ensuite été le directeur commercial de la Compagnie aérienne Air Comores.

Abbas Djoussouf récuse la servilité aveugle, il ne se laisse pas emporter par le pouvoir, il se démarque lorsqu'il constate les déboires avant qu'il ne soit trop tard. Abbas parvient à escalader jusqu'aux plus hautes sphère de l'État, cependant il préfère abandonner ses fonctions politiques plutôt qu'exécuter des ordres au détriment de ses convictions et de son tempérament. C'est que l'homme ne supporte pas le changement d'une trajectoire initialement tracée. A première vue, il apparaît sévère avec sa silhouette mince, mais à l'entendre parler, il rassure. Abbas Djoussouf use dans ses actions publiques de deux armes qu'il manie avec rapidité : il sait réagir à chaque conjoncture politique et manoeuvrer habilement pour faire prospérer sa propre entreprise de construction. A chaque étape de sa vie politique, tout se dessine pour lui et tout bascule après. Abass.jpg (22968 octets)

Abbas Djoussouf s'est rangé derrière Ali Soilihi pour préparer activement le premier coup d'état réalisé, le 3 août 1975. Il a été l'un des membres du Conseil national de la révolution. Abbas a assumé aussi la fonction de délégué aux affaires étrangères - du mois d'août 75 à janvier 76 - au sein du Conseil exécutif de la révolution, soutenu par le mercenaire Bob Denard, qui a apporté sa contribution à l'encadrement militaire du régime. Quand il a constaté le durcissement de la politique d'Ali Soilihi, devenu peu après chef de l'État, Abbas Djoussouf s'est détaché du régime révolutionnaire. Il a défié le jeune chef de l'État qui ne le lui a pas pardonné. Soupçonné d'avoir voulu attenter à la vie du président Ali Soilihi, Abbas Djoussouf a été arrêté, humilié et déshabillé publiquement à Moroni, capitale des Comores; sa dignité humaine a ainsi été bafouée. Il a été jeté en prison où il a subi avec d'autres incarcérés toutes sortes de sévices. Il a rompu avec son beau-frère Mouzaoir Abdallah, qui exerçait la fonction de ministre des Affaires étrangères d'Ali Soilihi. L'entente politique Mouzaoir-Abbas demeure peu probable, parce que le premier, un des serviteurs du régime révolutionnaire, n'a pas réagi face à la souffrance morale et physique du second emprisonné.

La roue de l'histoire tourne. Bob Denard a renversé le président Ali Soilihi, le 13 mai 1978. Abbas Djoussouf, libéré avec tous les autres hommes politiques, s'est adapté, il a composé avec le mercenaire Bob Denard, il a été nommé ministre d'État de l'Interieur, de la Défense et des Postes dans le Directoire politico-militaire, première structure restreinte chargée de préparer le retour triomphal d'Ahmed Abdallah-Mohamed Ahmed. Ces deux hommes politiques, exilés jadis à Paris où ils engageaient Bob Denard pour réaliser le deuxième coup d'État aux Comores, ont formé le premier gouvernement au sein duquel Abbas Djoussouf a assumé la fonction de ministre de la Défense nationale, de l'Intérieur et des Transports (de mai à décembre 1978). (...)

Abbas Djoussouf arrive à faire un habile panachage d'intérêts économiques et politiques contradictoires, il est à la fois entrepreneur en bâtiment et homme politique. Pendant les onze années de règne d'Ahmed Abdallah, il a consacré beaucoup plus de temps à arracher des contrats de construction qu'à concevoir une stratégie politique pour accéder au pouvoir. Il protestait avec parcimonie sur le plan politique pour éviter de se faire traiter de capitulard, car Ahmed Abdallah disposait des moyens pour le bloquer dans le domaine économique; Abbas s'est taillé aussi l'image d'un patron qui a réussi et réussit encore dans les affaires. Le résultat est que dans le milieu hétéroclite du patronat comorien, il a la réputation de puissant négociateur. (...)

Tous les contact qu'il développe, toutes les relations qu'il entretient, toutes les alliances qu'il conclut permettent de déduire que, Abbas Djoussouf va jouer un rôle considérable à l'avenir. A t-il les capacités, les atouts et les qualités d'un chef de l'opposition à l'actuelle majorité présidentielle ? (...)

A cet effet, Abbas Djoussouf n'a, et n'aura, pas la tâche facile. Il peut avoir la réputation d'un "frontiste", en acceptant de s'associer au Front Démocratique qui regroupe les communistes révisionnistes ou reconvertis "au socialisme démocratique". Abbas Djoussouf aura du mal à faire valoir sa vision. Il ne vas pas pouvoir développer ses propres options, puisqu'il vas devoir marier les différentes positions politiques de ses alliés avec les siennes. Il risque donc d'apparaître comme un homme politique placé sous haute surveillance par les autres. Il vas agir sur le terrain politique sans pour autant pouvoir rester lui même (...)

Abbas Djoussouf prend de la hauteur, il change de style. Il soigne maintenant ses discours français et comoriens. A son image d'homme entrepreneur fortuné, s'ajoute celle d'un homme politique en quête de pouvoir sans doctrine. Comme il n'affiche aucune idéologie, son fond de commerce est sa réussite dans la gestion financière de sa société de construction. Néanmoins, la réussite professionnelle dans le secteur privé, qui a ses mécanismes de développement, ne se transpose pas automatiquement dans les affaires de l'État, régies par d'autres règles de fonctionnement. Certes, Abbas Djoussouf a de la rigueur, des réflexes d'homme politique qui sait se convertir. Ses capacités de gestion croissent plus vite que sa pratique, si courte, dans les affaires de l'État.

(...)

Abbas Djoussouf doit maintenant faire preuve de puissance et d'efficacité pour pouvoir séduire les Comoriens, car ils ne se déterminent ou ne votent pas en fonction d'un programme politique. C'est là le mal qui ronge la politique comorienne. Et la faute revient en grande partie aux hommes politiques qui, au lieu de clarifier les enjeux nationaux, privilégient les coups bas et se contentent d'entretenir les intérêts catégoriels classiques. La conséquence est que les électeurs se décident sur la base de facteurs subjectifs. Abbas Djoussouf doit donc savoir colmater les brèches, apprécier sans excès les enjeux suivant le contexte politique, s'il veut se rendre plus crédible à l'avenir. >>

Fin de citation