Pour l’amour de l’Union !
Qui veut intercéder en faveur de l’usager du portable ?
La
paralysie systématique de l’utilisation du portable par décision des autorités
de l’Union provoque une désolation générale à Anjouan en particulier dans les
milieux des abonnés. On a le sentiment que le pouvoir central prépare un
complot de nature à troubler l’ordre public institutionnel et social ; telle
est l’impression générale qui se dégage dans la rue.
En effet, une affaire qui ne concerne que l’exécutif de l’Union et celui de
l’île autonome a été amplifiée jusqu’à frapper l’usager du portable.
Pour éviter la même démarche que l’éditorialiste du journal Al-Watwan,
laquelle en plus de la désinformation tend à maintenir le lecteur dans les
ténèbres de la confusion, revenons sur les faits : l’Union, en l’occurrence
M. Msaïdié, ministre d’Etat chargé de la défense, des postes et
télécommunications, prend un acte administratif individuel (et non
réglementaire Monsieur Mohamed Abdou Soimadou ) pour des nominations à la tête
des postes et télécommunications à Anjouan. Dans l’exercice de ses
prérogatives, notre ministre n’a pas cru bon de consulter ni d’informer
préalablement les autorités de l’Ile Autonome d’Anjouan.
Or, il convient de rappeler que la loi organique promulguée par décret n°
05-024/PR du 30 mars 2005 par le président de l’Union, relative aux postes et
télécommunications précise dans son article 11 que : « les îles prennent
les décisions individuelles et déterminent les modalités d’application
relevant de leur responsabilité … . L’Union en concertation avec les îles,
concourt à l’équipement de ces dernières en matière de postes et
télécommunications.
L’Union et les îles ont la responsabilité technique, administrative et
financière conjointe des sociétés publiques de ces domaines ».
On ne peut, somme toute plus claire que cette loi prise récemment en
application de l’article 9 de la constitution de l’Union. En conséquence
celui qui a violé cette loi savait pertinemment que sa décision illégale et
unilatérale se heurtera à la résistance des autorités de l’Ile Autonome
d’Anjouan ; le refus de l’exécutif de l’Ile de reconnaître ces nominations
vise non seulement à marquer sa désapprobation à la pratique impériale que le
pouvoir central tente d’instaurer dans la conduite des affaires du pays, mais
aussi à s’opposer à la violation de la loi.
Je ne crois donc pas, comme il est dit dans l’éditorial du journal
Al-Watwan qu’on assiste à Anjouan à « un retour à la cause séparatiste »
(cf n° 878 de ce journal page 3, sous la plume de Mohamed Abdou Soimadou). On
peut craindre plutôt qu’en réalité, c’est pour bien cacher le vrai et
irréductible démon du séparatisme qui opère sournoisement au niveau du sommet
de l’Etat qu’on feint de dénoncer l’autre séparatisme ; certains dirigeants de
l’Union semblent supporter très mal l’idée de voir évoluer l’autonomie des
îles. Des incidents graves, fait -on remarquer ici et là, leur donneraient
l’occasion de remettre en cause la tournante.
Autrement, comment comprendre que M. Msaïdié, ministre d’Etat au sein de
l’Union, non content d’avoir isolé les administrations de l’île par une
coupure générale de tous les téléphones des services publics, s’en prend en
suite aux usagers du portable. Tous les abonnés du téléphone savent qu’ils ne
peuvent plus renouveler leur carte à Anjouan depuis le 20 avril. (Si ! ils
peuvent la payer ! elle ne leur sert à rien !). Depuis, du ministre au simple
citoyen, tout le monde attend un geste de bien faisance de la part des
pionniers et sauveurs de l’Union pour pouvoir enfin utiliser le portable. Nous
apprenons que Mohéli vit également la même situation ; les services des
postes et télécommunications de l’île sont aussi sous embargo.
Une question tout de même ! « Ces autorités centrales…gardiens vigilants du
respect de la constitution et de la légalité Républicaine » sont elles au
courant des décisions et agissements non républicains du ministre d’Etat
chargé de la défense avec ses représailles sur les administrations de l’île et
les usagers du portable ?
Pour l’amour de l’Union ! Qui veut intercéder en faveur des abonnés anjouanais
auprès des autorités « républicaines » de l’Union avant que celles-ci, sous
l’influence de l’éditorialiste d’Al-Watwan, n’agissent encore avec
« fermeté pour défendre la légalité et l’Etat de droit » ?
D’autant plus que, nerveux, le pouvoir central s’agite ces derniers temps. Le
seule petit problème dans cette agitation c’est que lors de la rédaction de
son communiqué de presse du 19 Avril, le ministre des relations extérieures et
de la coopération de l’Union n’a pas eu le temps de s’informer sur ce qui se
passe dans son pays (je voulais dire à Anjouan). Toujours est-il que ses
allégations au sujet du recours aux armes à l’endroit d’un agent de la poste
et celles relatives à une rébellion n’engage que lui et lui seul.
Dar-Nadjah, le 27 Avril 2005
Le Secrétaire Général à la Présidence de l’Ile Autonome d’Anjouan
DAOUD SAIDALI TOIHIR