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L' Accord de Tana :
la mort de la RFIC
Laccord signé ce 23 avril 1999 à
Antananarivo consacre la mort de la République Comorienne et lapprobation implicite
de la communauté internationale de la désintégration de notre archipel puisque
lintégrité territoire du pays est réduit à union des îles non énumérés (le
comble). Après la République comorienne de la loi fondamentale du 23 avril 1977 composé
de quatre îles (art 1)
et la République Fédérale Islamique des Comores composée de quatre (4) îles
également des constitutions de 1978, de 1992 et de 1996, voici lUnion des îles
Comores, composée de... deux îles (2) puisque seuls les représentants de la
Grande Comore et de Mohéli ont signé laccord
linstituant.
Comment peut on être naïf jusquà croire que les séparatistes anjouanais
signeront laccord après consultation de la population de lîle? Ont ils
respecté les accords dAddis Abeba et de Fomboni quils ont eux même signé?
Non. Alors comment voulez vous quils tiennent compte dun accord quils
nont même pas paraphé? Avez vous oublié que lorsque Abdallah Ibrahim et Charikane
ont été libérés à Moroni respectivement en août 1997 et juin 1998, nont
ils pas promis à la Radio Nationale et devant les caméras des télévisions quils
vont aller à Anjouan pour travailler la population afin que lintégrité
territoriale du pays soit respecté? Lont ils fait? Non. A leur retour
dAnjouan ils étaient accueillis en héros et ils on renié leurs engagements en
réaffirmant lirréversibilité de leur indépendance.
Comment
voulez vous que ceux qui ont tenu tête à toute la Communauté internationale pendant 5
jours à Tana puissent signer un tel accord à leur retour dAnjouan. Tout dirigeant,
qui tient tête à la communauté internationale ( voir Saddam Hussein et Milosevic)
obtient une adhésion populaire massive à leur thèse, et ça sera le cas malheureusement
à Anjouan . Le Dr Zaïdou a déclaré lors de la cérémonie de signature quune «
page de lhistoire a été tournée ». Et oui, la République Fédérale Islamique
des Comores que les anjouanais ne reconnaissaient plus et ne voulaient plus réintégrer (
ils ont boycotté le discours du Président Tadjiddine
lors de la cérémonie douverture de la conférence le 19 avril dernier pour
affirmer cette position) a été enterrée à Tana en présence de tous les comoriens (
plusieurs sont des acteurs de lindépendance du pays en 1975), des pays
voisins et des organisations internationales et Anjouan peut continuer son bout de
chemin..
Le Premier Ministre Abbas Djoussouf a
déclaré à lAFP: « valait mieux un mauvais accord que pas daccord du tout
».
Je crois sincèrement que « valait mieux quil nait plus du tout daccord
quun accord qui ne lie pas les acteurs principaux de cette crise séparatiste, les
anjouanais ». Quitte même les anjouanais avaient signé laccord, cet accord est
mauvais pour le pays, mauvais pour les comoriens. Il sagit dune victoire des
idées des séparatistes qui voulaient une « Union des Etats Indépendants des Comores »
et qui ont obtenu une « Union des...îles Comores ». Au fait quel sera le statut des
îles?
des Gouvernorats, des Etats ou des Républiques. Qui dit union dit consentement des
entités le composant à ladhésion et possibilité de retrait après consultation
de la population concernée. Pourquoi les anjouanais se sont ils entêtés à refuser
toute référence dans la nouvelle appellation des Comores aux mots de « République »
ou « Etat »? Pourquoi refusent ils de participer à un Gouvernement dunion
nationale lors de la phase de transition? Nest ce pas un signe quaprès avoir
« tourné la page », ils ne sentent pas concernés par la préparation et la mise en
place des nouvelles institutions des îles puisquils ont déjà les leurs? A trop
vouloir un accord pour éviter léchec, trop de concessions ont été donnés aux
séparatistes et cette union est en fait une victoire pour eux et une consécration de la
désunion des îles.
Il est dommageable que toute la matière grise comorienne qui était à
Tana na pas pu venir « ce piège juridique» qui nous créera autant de problème
quavant. Comme je lai eu à lévoquer dans une contribution précédente
dans le groupe de discussion HABARI intitulée autonomie des îles, «
linstitution immédiate dune autonomie des îles, sans la mise en place
dune période transitoire au cours de laquelle le pouvoir central moribond actuel,
se restructura en mettant en place un véritable état de droit, conduira à la faillite
rapide des îles, à lanarchie ». Une période de transition dun an
nest pas suffisante pour attaquer aux véritables maux qui rongent ce pays,
centralisation excessive de ladministration, désorganisation des structures
administratives du pays, corruption généralisée, impunités de ceux qui détournent les
fonds publics, absence dune véritable indépendance de la justice institution,
problème foncière sources de conflit meurtrier entre les villages ( au fait comment
allez vous délimiter les frontières administratives des communes ?)...
Au lieu de sattaquer à ces maux qui sont à lorigine des
difficultés actuelles du pays, on a préféré changer dinstitutions. Sachez
Mesdames et Messieurs que notre pays na jamais eu de textes mauvais, dailleurs
nous avons une législation moderne reconnue par tous les spécialistes, mais ce sont les
hommes et les femmes de ce pays ( gouvernants et gouvernés) qui ne respectent pas et
violent consciemment et constamment ces textes.
Laccord de Tana contient, des répétition des dispositions de
nos différentes constitutions, des zones
dombre et des oublis flagrants. Dans la rubrique « Définition du nouvel ensemble
comorien » laccord nénumère pas les îles qui composent cet ensemble. Il se
contente de donner une nouvelle dénominations, Union des Iles Comores. Est ce un oubli ou
une concession aux séparatistes. Dans les principes fondamentaux dorganisation de
lEtat, il est prévu que « le partage des compétences entre lunion et les
Iles permettant aux Iles dadministrer et de gérer librement et sans entrave leurs
affaires propres ». Faut il rappeler cette autonomie dadministration des îles a
été prévue par les différentes constitutions du pays, mais elle na jamais été
respectée. Larticle 1er alinéa 2 de la constitution de 1978 disposait « Chacune
des ses îles principales gère librement, par lintermédiaire des ses
représentants élus, les affaires qui lui sont constitutionnellement attribués aux
institutions fédérale ». Larticle 5 de la loi fondamentale du 7 juin 1992
disposait que « ...Chaque île constitue une entité territoriale autonome qui
sadministre librement et dont les organes sont le Gouverneur et le Conseil de
lIle ».
Larticle 1er alinéa de la constitution du 20 octobre 1996 dispose que « dans le
respect de lunité de la République, ces îles gèrent librement, par
lintermédiaire de leurs représentants élus, les affaires qui leur sont
constitutionnellement attribués ».
Les institutions créées par lunion reprennent celles qui ont
été prévues par les constitutions susmentionnées, lexécutif national, composé
dun Président et dun Chef de Gouvernement ( structure identique aux
institutions actuelles. Seul le mode délection change), le Pouvoir législatif
composé dune Assemblée nationale ( actuellement il y a une seule Assemblée
Fédérale), La Cour suprême ayant les mêmes fonctions que lactuel Haut conseil de
la République (HCR), LAssemblée de lIle dont les compétences sont
identiques à celles du conseil de lîle (prévu par larticle 59 de la
constitution du 20 octobre 1996, mais jamais mis en place) et enfin le Gouvernement de
lIle.
Fallait il se déplacer à Tana pour conclure un tel accord ?
Le point 2 de cet accord intitulé « Bonne gouvernance » prévoit
linstitution de mécanismes de contrôle pour assurer une gestion saine et
transparente des affaires publiques à tous les niveaux de lunion, comme si le HCR
prévue par le titre V de la constitution du 20 octobre 1996 et dont les règles de
fonctionnement déterminées par la loi N° 97-007/AF navaient pas prévus ces
mécanismes de contrôle mais jamais mis en uvre. Cette rubrique prévoit également
linstauration dun véritable Etat de droit, notamment par la publication des
lois et règlement. Faut il rappeler que lEtat de droit ne sinstaure pas par
la publication des textes ( dailleurs dans notre pays les textes relatifs au droit
des affaires et au droit civil ont été compilés et publiés sous forme de recueil par
la Composante Juridique du Projet ADPE de la Banque Mondiale que personne ne
sintéresse sauf les étrangers). LEtat de droit sinstaure par
lapplication et le respect de ces textes.
Enfin une bonne disposition dans cet accord. Il est prévu « une
promotion dun développement équilibré entre les Iles et au sein des Iles et au
sein des Iles par une répartition équilibrée des investissements publiques sur
lensemble du territoire national ».
Cette bonne gouvernance sera « inaugurée » tout dabord par un
Gouvernement de transition dont le Premier Ministre sera désigné par les parties
signataires de laccord de les dinosaures des partis politiques ( le Forum, le
FNJ,
le PRC, la Fédération, les deux RND, en fait lequel existe légalement?), cest à
dire, tous ceux on participé directement ou indirectement à la ruine de ce pays. On ne
change pas une « équipe qui perd », on prend les mêmes et on recommence. Et la
bataille funeste pour occuper le poste de Premier Ministre et la répartition des
Ministères reprendra ses droits. La durée de la transition dure un an et comble du
ridicule, au niveau des îles pendant cette période transitoire dun an,
laccord prévoir que « Les structures en place des Iles continueront à fonctionner
pendant la période de transition ». Cest à dire à Anjouan pas de désarmement
des milices, ni retour de lautorité de la République, mais les différentes
fractions séparatistes ( puisque ce sont les structures qui sont en place actuellement)
continueront à gérer lîle pendant un an.
En conclusion, laccord de Tana est un mauvais accord. Au lieu de
signer un accord qui na daccord que de noms, puisque la partie adverse
na pas signé, ceux qui étaient à Tana auraient du prendre à témoin le monde
entier présent à Tana de labsence de bonne volonté et de coopération, constatée
par tous, de la partie anjouanaise, et refuser de signer laccord dont les termes
sont ambiguës, tant que cette partie là qui est acculée et dont lîle sombre à
une somalisation progressive, refuse de signer. Ils auraient dû se contenter, sur la base
de lactuelle constitution, de sentendre sur la façon de mieux gérer les deux
îles restantes de la République ( Grande Comore et Mohéli) dans lattente que ces
chers séparatistes, au ban des nations, se décident à réintégrer la République
puisquils nauraient pas dautres alternatives.
Ismaël SAADI
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