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Politique |
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A Quand la Commune de
Moroni |
A QUAND LA COMMUNE DE MORONI ?
Cet article a été publié dans le
bulletin trimestriel du CASM
Mnandi N° 001 par Ismaël
Saadi.
Moroni ville poubelle, Moroni ville
containers, Moroni bidonville: les expressions ne manquent pas pour qualifier notre ville.
Moroni qui découle de l'expression comorienne "Houndroni" ( là où il y a le
bonheur) perd de plus en plus son bonheur de vivre. Elle se développe à un rythme
anarchique au détriment de l'esthétique et de la modernité.
Moroni, fut fondée à la fin du XIVe
siècle par des habitants venus de Mazuni (Inya Mahatibu), ville du Sud ouest de la Grande
Comore, près de Mtsangadjou dans la région de Dimani, détruite par les guerres.
Cétait une petite ville de 2 000 habitants en 1880 qui ne couvrait que 10 ha. Au
début de ce siècle la ville sest développé considérablement, par les
différentes constructions, notamment la construction de laéroport Moroni - Iconi, du
petit marché, du Palais de justice de lHôpital El maârouf... Sa population
na cessé daugmenté. Le développement de la ville a pris un tournant
décisif après la décision de l'Assemblée Territoriale en 1958 de transférer la
capitale de Dzaoudzi (Mayotte) à Moroni, une décision mal reçue par les mahorais qui
profiterons de cette occasion pour demander la départementalisation de leur île.
Pour justifier cette décision, très
controversée à lépoque, le Haut Commissaire Yves Daruvar, déclara que « les 12
ha du rocher (Dzaoudzi) ne pouvaient répondre aux exigences de la modernité». La loi de
1961 a permis au Président du Conseil de créer des communes. Ainsi fut créée la
commune de Moroni. Elle fut dotée dune autonomie financière et était dirigée par
un Administrateur - Maire nommé par le Conseil de Gouvernement pour une durée de 6 ans .
Cet administrateur était aidé par un Conseil municipal de 20 membres élus. La commune
disposait dun budget dont les recettes provenaient des patentes et impôts
acquittés par les commerçants. En 1963 le budget de la commune, sélevait à 7
millions de F CFA.
Toutefois, en raison du contrôle excessif
du pouvoir central, du pléthore du personnel communal et de la défection de la plupart
des conseillers municipaux ne bénéficiant daucune indemnité et ayant peu
dintérêt pour la chose publique, lexpérience communale de la ville Moroni
fut un échec. La période révolutionnaire dAli Soilihi (1975 - 1978) a initié les
«Mudirias» pour remplacer les communes considérées comme étant un «héritage
colonial» (art 12 loi fondamentale du 23 avril 1977), mais cest fut également un
échec. Depuis 1978, le régime dAhmed Abdallah marqua le retour des structures
issues de ladministration coloniale et le renforcement de la centralisation
administrative à Moroni, malgré le caractère fédéral de la République.
En effet, la constitution de la République
Fédérale Islamique des Comores du 1er octobre 1978 ainsi que les constitutions qui
suivirent, proclamèrent, la commune comme étant, «la collectivité territoriale de
base».
Et pourtant, dans les faits, la commune de
Moroni na jamais été instituée, en dépit du développement considérable au
cours de ces dernières décennies de la ville Ainsi, la superficie de la ville passa de
10 ha au début du siècle à près de 400 ha actuellement. La population dépasse
actuellement les 40 000 habitants. |
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Face à ce métamorphose de la ville, les
infrastructures ne suivent pas et ne répondent pas aux besoins de ses habitants. Nos
autorités politiques nont jamais assumé leur mission en matière d'éducation,
d'urbanisme, d'assainissement, de décentralisation et de développement économiques de
la ville. Pour compenser ces différentes défaillances, les différents associations de
la ville de Moroni sorganisent pour gérer leur quartier et font office de Mairie.
Elles sorganisent pour faire des travaux d'assainissement, de réfection des rues,
de création d'espace des jeux, de construction des centres culturels etc... avec des
fonds provenant de leurs activités lucratives (soirées dansantes et culturelles,
cotisations de habitants).
Ces actions qui sont d'une grande utilité
pour les moroniens, souffrent de l'amateurisme de ceux qui les mettent en uvre, de
l'absence de sources de financement stables et d'une véritable coordination de ces
activités pour un développement intégré de la ville de Moroni.
D'où des les limites de ces genres
d'activités associatives réalisées par des bénévoles. Il faut par conséquent passer
à l'étape supérieure pour mieux superviser ces activités et prendre en compte d'une
façon globale le développement de la ville de Moroni en rétablissant la commune tombée
en désuétude depuis l'accession de notre pays à l'indépendance.
La commune est un instrument vital dans le
développement économique et social d'un pays. Alexis de Toqueville, dans la Démocratie
en Amérique (1835, 1re partie Chap. V.) a écrit " C'est....dans la
commune que réside la force des peuples libres. Les institutions communales sont à la
liberté ce que les écoles primaires sont à la science ; elles la mettent à la portée
du peuple ; elles lui en font goûter l'usage paisible et l'habituent à s'en servir. Sans
institutions communales, une nation peut se donner un gouvernement libre, mais elle n'a
pas l'esprit de la liberté". A travers cette citation de Toqueville, on comprend
mieux les causes de l'échec des différentes institutions mises en place depuis
l'accession de notre pays à l'indépendance le 6 juillet 1975, et les soubresauts de
notre jeunes démocraties.
En cette période de recomposition
institutionnelle, le rétablissement de la commune de Moroni s'avère nécessaire pour
régler des problèmes cruciaux crées par l'administration au cours de ces dernières
décennies à savoir, le problème foncier, le non respect du plan d'occupation des sols,
et du code de l'urbanisme, la dégradation des biens publics; la prolifération anarchique
des foyers de bidonville et des décharges publiques à ciel ouvert.
Le Plan Directeur dAménagement
(PDD) Moroni 2000 et le schéma directeur adopté en 1983 qui avait prévu
lextension de la ville vers Iconi, par la création des zones
industrielles et des espaces verts n’est plus d’actualité. Les terrains
domaniaux ont été illégalement vendus et ces zones qui devraient être le
poumon économique de la ville font l’objet de constructions anarchiques qui
font fi des projets d’urbanisation initialement prévus. Plusieurs réunions
sont périodiquement organisés pour parler des difficultés liées à l’anarchie
qui règne à Moroni.
| Une Commission a été mise en place en 1996
à l'instigation du défunt Président Taki pour discuter de la mise en place de la
Commune de Moroni. Cette commission a remis un rapport et depuis, aucune suite n'a été
donnée. Des travaux financés par des bailleurs de fond, notamment une étude financière
en 1997 financée par la Banque Mondiale portant sur le développement urbain de la ville
de Moroni, ont été réalisés et présentés à la presse |
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Et pourtant, la commune de Moroni reste à
l'état de "projet" et pendant ce temps là, les difficultés continuent de
s'accroître, insécurité, insalubrités, embouteillage, absence de logement social, de
jardin publics
Les travaux de mise place de la Commune de Moroni doivent être
relancés dans les meilleurs délais en réglant au préalable l'épineux problème
foncier de la frontière de la ville de Moroni, qui risque de créer des affrontements
comme ça été le cas dans le passé avec les localités voisines. Il faudra réaliser un
inventaire des biens appartenant à la commune, ainsi qu'un budget prévisionnel de
fonctionnement mais aussi d'investissement.
En raison du développement anarchique de
la ville de Moroni, l'institution d'une commune ne peut se faire en ignorant les
localités voisines d'Iconi, de M'dé, d'Itsandra Mdjini, de Dzahani, Salimani et
Mavingouni, c'est à dire les villes et villages qui ceinturent la capitale. D'où la
nécessité de réfléchir immédiatement, à des formes de coopération et de
regroupement communal pour éviter l'émiettement communal à la française qui constitue,
un véritable handicap à la décentralisation effective de l'administration et une source
de conflits inutiles qui nuiront d'avantage au développement économiques des
collectivités territoriales à créer.
Ismaël
Saadi (casm@snpt.km)
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