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Politique |
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Discours d'investiture du 1er Ministre Abbas Djoussouf 1 décembre 1998 |
DECLARATION DU PREMIER MINISTRE Abbas DJOUSSOUF
le 01 décembre 1998

Le nouveau gouvernement du pays au delà de tout
esprit partisan, est aussi l’aboutissement du dialogue politique que j’avais
engagé avec feu Président Taki bénéficiant du précieux soutien de la
communauté internationale, particulièrement l’OUA et l’Union européenne et la
Ligue arabe.
Je voudrais en votre nom leur exprimer notre profonde gratitude.
Après examen de la grave situation politique, économique et sociale que
traverse l’ensemble du pays, le Président de la République et moi-même, d’un
commun accord, avons décidé de faire appel aux forces vives du pays pour
sauver la nation des grands périls qui risquent de compromettre l’avenir de
tous.
Je vous présenterai donc dans les jours à venir, l’ensemble du programme cadre
que nous allons appliquer après débat public si cela s’avère utile, après une
concertation large avec les députés, les partis politiques sans exclusive, les
opérateurs économiques privés et publics ainsi que nos partenaires
internationaux.
e message récent du Président de la République a précisé les priorités de
l’action gouvernementale qui seront essentiellement axées sur les voies et les
moyens de renouer le dialogue pour réconcilier durablement la nation dans la
paix, la sécurité et la stabilité.
Sur cette base, je fixerai au gouvernement trois orientations majeures :
La première urgence consistera à redresser la situation des finances publiques
au service de la réconciliation nationale et du développement économique et
social. En effet, la crise structurelle que nous sommes entrain de traverser a
provoqué un sérieux affaiblissement des structures étatiques. Une telle
destructuration de l’Etat a facilité la désorganisation financière et généré
un handicap supplémentaire du pays dans sa quête d’identité nationale.
Dans une telle situation, le gouvernement sera amené à prendre très
prochainement des mesures de rigueur économiques et financières qui
diminueront considérablement le train de vie de l’Etat et de la superstructure
politique d’une manière générale, afin de consacrer le maximum des ressources
financières aux secteurs sociaux et au remboursement des dettes de l’Etat.
Comme vous le savez, un Etat qui n’honore pas ses dettes est un Etat qui
s’appauvrit et qui porte atteinte à la dignité de son peuple. L’expérience des
économies modernes prouve que la croissance et le développement économique
sont là où l’Etat vit avec économie, là où les dettes sont honorées et là où
les engagements sont respectés sans double langage.
Mon gouvernement s’attachera à respecter strictement ses engagements.
Je déclare solennellement que notre pays n’est pas en état de guerre ni contre
son peuple dans sa diversité, ni contre une partie de son territoire, ni
contre des forces étrangères.
Dans ces conditions, nous déclarons la guerre à notre seul ennemi public : la
pauvreté, qui est une des sources principale de notre instabilité chronique.
Nos ressources humaines compétentes, quelle que soit leur opinion politique,
et la richesse du pays seront donc mobilisées pour combattre les maladies,
pour assurer un fonctionnement viable et durable de l’enseignement public,
pour payer régulièrement les retraités et les fonctionnaires en étudiant les
possibilités d’un règlement échelonné des arriérées de salaire, et pour
protéger les populations vulnérabilisées par une si grave crise économique de
si longue durée.
J’ai demandé en particulier au Ministre de l’Education de tout mettre en œuvre
pour démarrer la rentrée scolaire dans les plus brefs délais .
Dans cette perspective, le gouvernement mènera une politique volontariste pour
améliorer les recettes de l’Etat en luttant contre les malversations
financières et la fraude en faisant appel à des audits externes compétents et
neutres, en sanctionnant les comportements malhonnêtes et en mettant en place
un système d’information financier qui permet de renforcer le contrôle de
gestion, de garantir l’intégrité des cadres de l’Etat, d’assurer une
transparence totale des finances publiques et mener un combat efficace contre
la corruption.
Pour concrétiser cet objectif impérieux, je m’engage dès aujourd’hui à publier
régulièrement les recettes et les dépenses de l’Etat. Les richesses de la
nation n’appartiennent pas à une personne quel que soit son niveau de
responsabilité. Vous avez le droit de savoir comment sont produites et gérées
les richesses de la nation. Pour vous permettre de vous forger une opinion sur
cette volonté de changement et de transparence, je demanderai en outre au
Ministre des finances de publier les différences entre l’ancienne politique
financière et celle que nous allons mettre en place.
Mes très chers compatriotes, Nous allons devoir compter sur votre sens de
l’intérêt public. Le redressement des finances publiques exige des mesures
difficiles. Mais je voudrais vous assurer qu’aucune ressource financière ne
sera utilisée pour des intérêts particuliers. Si cela venait à être le cas,
j’en tirerais toutes les conséquences.
La deuxième orientation de mon gouvernement sera consacrée à la remise
progressive du pays dans une perspective d’Etat de droit. Nous devons apporter
un remède durable à cette situation paradoxale dans laquelle les comoriens
déplorent l’absence de justice, mais semblent souvent prêts à la contester dès
qu’elle veut s’exercer pleinement. Les Comores doivent entrer désormais dans
un système dans lequel les règles du jeu sont définies avec clarté et peuvent
s’appliquer d’une manière prévisible et impartiale. Il y va de l’intérêt et de
la crédibilité de notre pays .
Le gouvernement prendra toutes les dispositions appropriées pour que le
système judiciaire exerce en toute indépendance ses prérogatives dans la
sérénité et dans la volonté de raffermir les valeurs d’honnêteté qui sont à la
base de nos valeurs spirituelles et morales.
La tâche de réconciliation nationale est et restera mon objectif central. Les
comoriens doivent reprendre confiance en eux même. Nous devons chercher en
nous et non ailleurs les principales sources des maux qui rongent le pays et
trouver dans nos ressources les forces et les moyens de nous reconstruire un
destin commun durable et viable. Dans le règlement de la crise
institutionnelle qui a produit de si graves conséquences qui peuvent porter
atteinte à notre héritage séculaire, j’ai invariablement préconisé le dialogue
et la négociation. Le dialogue fraternel et la négociation sans arrière
pensées restent la voie sûre pour saisir les nouvelles opportunités de
reconstruire notre avenir commun, de rénover nos institutions afin que chaque
île, chaque région, chaque citoyen puisse assumer pleinement ses
responsabilités au service du développement politique et socio-économique de
notre archipel.
Je fais donc un appel solennel aux divers responsables de notre pays, pour
reprendre les négociations sous les auspices de l'OUA afin de trouver une
issue heureuse et de parvenir dans les meilleurs délais à la conférence inter
île au grand bénéfice de toutes les comoriennes et comoriens. Il y a lieu de
poursuivre, avec la détermination et la patience nécessaires, les efforts des
partis politiques pour conclure le Pacte républicain qui permettra à notre
pays de construire le rassemblement le plus cohérent et le plus large pour
franchir de nouvelles étapes au service de l’unité, la paix et la stabilité de
notre archipel.
J’invite les ministres de la République, pendant cette période cruciale de
l’histoire du pays, à observer une ligne de conduite rigoureuse et exemplaire.
Ils doivent incarner dans leur action quotidienne l’honnêteté, l’impartialité
et l’efficacité.
Vive la République !
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