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Politique
Discours De Monsieur ABBAS DJOUSSOUF, 1er Ministre à la conférence d'Antananarivo 19 au 23 avril 1999

DISCOURS
De Monsieur ABBAS DJOUSSOUF, 1er Ministre
à LA CONFERENCE COMORIENNE INTER-ÎLES A ANTANANARIVO
(19 au 23 avril 1999)

MONSIEUR LE PRESIDENT,
MONSIEUR LE SECRETAIRE GENERAL DE L’OUA,
MESDAMES ET MESSIEURS LES MINISTRES,
EXCELLENCES, MESDAMES ET MESSIEURS,

Je voudrais ici exprimer la joie et la fierté que j'éprouve, de nous voir nous Comoriens, réunis autour d'une table pour aplanir nos différends, et œuvrer pour un avenir meilleur pour les Comores. Cet avenir des Comores sera ce que nous en ferons, et je suis persuadé que le dialogue et l'échange d'idées permettront l'éclosion de solutions comoriennes à nos problèmes. Cette conférence est clairement celle de la dernière chance, si nous voulons que nos partenaires au développement  puissent accompagner nos efforts pour le bien-être de nos populations et l'éradication de la pauvreté. Je reste convaincu que les solutions à nos problèmes, une fois le volet politico-constitutionnel agrée, passent par la résolution des problèmes économiques et sociaux. Lorsque l'économie va, beaucoup de choses vont, surtout si les politiciens mettent de coté leurs idées partisanes et privilégient la résolution de nos maux socio-économiques.

Je voudrais rapidement dire ici que cette conférence devrait démarrer par la reconnaissance d'un certain nombre de déséquilibres qui ont exacerbé la difficile situation de notre pays. Il est manifesté que les îles de notre archipel n'ont pas été dotées à la même hauteur de ressources naturelles. Un manque d'eau patent ici, une démographie mal maîtrisée là, une étroitesse de la superficie ailleurs, ont façonné nos îles de manière telle que les particularismes sont apparents. Comme dans beaucoup de pays, là où la Capitale est située, se trouve concentré un certain nombre d'activités économiques qui sont le moteur de la croissance. La présence d'ambassades, d'agences de développement, d'infrastructures nationales d'envergure, et de structures fédérales à forte main d’œuvre, est un facteur fondamental de génération de revenus. L'absence d'une concertation véritable des populations, et d'une participation effective des citoyens au processus de décision économique, a été souvent la cause de choix déséquilibrés géographiquement en matière d'investissement publics. Le fait pour le budget national de privilégier le fonctionnariat au détriment des masses paysannes notamment, a induit une redistribution des richesses nationales (y compris de l'aide extérieure) très inéquitable. Enfin, le partage du pouvoir dans un régime qui n'avait de fédéral que le nom, a conduit les îles a devenir des assistées du Gouvernement central. Le fait que les institutions fédérales n'aient jamais ou vu le jour ou fonctionné, ont freiné la responsabilisation des élites locales. Le fonctionnement très peu démocratique de la vie politique a empêché l'émergence de partis politiques structurés, d'association de la société civile et tout simplement de relais véritables de l'expression libre des opinions. Si aujourd'hui certaines revendications, dont certaines sont parfaitement légitimes, ont pris le chemin de la violence, c'est bien que l'accès aux médias était sous contrôle, et que les relais démocratiques dans la société moderne comorienne ont été inexistants. Enfin, une gestion économique désastreuse de nos finances publiques, doublée d'une corruption au plus haut niveau, ont fini par le monopole des maigres richesses nationales aux mains des nantis, dont la fortune venait d'une collusion ouverte entre le pouvoir politique et les intérêts marchands. Tout cela devra changer par une responsabilisation plus grande des îles qui doivent assurer une gestion autonome et proche de leurs affaires, et l'application rigoureuse et sanctionnable d'une gouvernance à même de combattre le fléau qu'est la corruption.

Je voudrais donc dire ici que cette conférence devrait selon moi et le gouvernement de transition que je dirige, se pencher sur la meilleures manière de rendre le pouvoir politico-administratif aux îles, tout en assurant une répartition des compétences qui respecte l'entité comorienne. La crise que les Comores viennent de traverser est douloureuse, notamment pour ceux qui ont perdu à jamais des proches ou qui ont vu leurs biens dilapidés sans raison. Mais la crise a engendré un processus politique qu'il sera difficile d'ignorer. La solution est de permettre à chaque île, par des procédés démocratiques qui assurent l'expression libre des opinions, d'intégrer ou de réformer les acquis de cette période de notre histoire récente. Mais autant il est nécessaire de ne rien imposer aux îles, autant il faudra s'assurer que les textes et les institutions nouvelles auront été agrées par les populations concernées librement et hors de la contrainte. Je suis sûr que c'est à ce prix que non seulement notre pays bâtira des structures nouvelles pérennes, mais aussi de cette façon que la communauté internationale ici présente accepte d'accompagner de manière significative notre processus de développement économique et social.

Je veux laisser le soin à la Présidence de cette conférence de guider les délégations dans leurs délibérations qui doivent aboutir à des décisions qui peuvent nous permettre de revenir au pays, avec des propositions entérinées par tous. Je souhaite ardemment que des problèmes de procédures ne viennent pas freiner les discussions de fond. Il faut espérer que cette conférence se dotera aussi d'un comité de suivi qui fera en sorte que ce qui sera adopté ici sera suivi par une application stricte sur le terrain. Sans préjuger des discussions, je pense que les sujets suivants connaîtront des débuts de solution ici, ou en tout cas des directives claires pour l'élaboration de solutions détaillées appropriées. Je veux ici parler de la démilitarisation sous l'égide de la communauté internationale, de la mise sur pied d'un plan d'urgence qui permettre une gestion ordonnée de la transition vers une nouvelle constitution et de nouvelles structures dans les îles, et enfin une conférence des bailleurs de fonds qui permettra, une fois les problèmes prioritaires résolus, de financer le développement. LA paix, la stabilité politique, la sécurité et le financement rapide de l'essentiel (salaires, santé, éducation...) doivent nous permettre de bâtir les Comores nouvelles dans la concorde, la fraternité et la paix sociale retrouvée.

J'ai bon espoir que cette réunion est celle du consensus retrouvé, et je voudrais, tout en remerciant les participants, souhaiter aux délégations une bonne discussion et des résultats dignes des espoirs que nos compatriotes à Anjouan, à Mohéli, à la Grande Comore et à Mayotte, ont mis en nous tous.