I. NOUS, PARTIES COMORIENNES, représentant le Gouvernement comorien et les Forces
politiques qui le soutiennent à Mohéli et en Grande Comore, l'Autorité d'Anjouan,
l'Opposition et la société civile des Iles, sous les auspices de l'Organisation de
l'Unité Africaine appuyée par l'Organisation internationale de la francophonie et
l'Union Européenne, et en présence de la Ligue des Etats Arabes et de l'Organisation des
Nations Unies,
i) Prenant en compte les efforts déployés par les différentes Parties à la crise,
ainsi que les Accords antérieurs relatifs à la résolution de la crise comorienne;
ii) Déterminées à engager l'oeuvre urgente de construction d'un Nouvel Ensemble
Comorien qui réponde adéquatement à la nécessité d'un partage du pouvoir entre
l'Ensemble et les Iles, afin de permettre à celles-ci de concrétiser leurs aspirations
légitimes et d'administrer et gérer librement leurs propres affaires et de promouvoir
ainsi leur développement socio-économique ;
iii) Conscientes de la nécessité de créer les conditions propices au renforcement de la
cohésion nationale, à travers le dialogue et la concertation, afin de promouvoir les
facteurs qui nous unissent, et de travailler ensemble pour concrétiser les intérêts
supérieurs de nos populations;
iv) Conscientes également de l'impérieuse nécessité d'instaurer la justice,
l'égalité, la démocratie, la bonne gouvernance, le respect des droits de l'homme et des
libertés publiques, et d'impliquer tous les Comoriens dans ce processus;
v) Exprimant notre profonde appréciation à l'endroit de l'Organisation de l'Unité
Africaine, de l'Organisation internationale de la francophonie, de l'Union européenne et
de la Ligue des Etats arabes, pour les efforts constants qu'elles déploient en vue d'un
règlement rapide, juste et durable de la crise comorienne.
2. APPROUVONS, par le présent Accord cadre, l'organisation d'un Nouvel Ensemble Comorien,
seul sujet de droit international, fondé sur le respect de l'unité nationale et de
l'intangibilité des frontières des Comores telles qu'internationalement reconnues,
conformément à la résolution CM/Res.419 (XXV) relative à l'admission des Comores à
l'Organisation de l'Unité Africaine le 18 juillet 1975, et à la résolution 3385 (XXX)
du 12 novembre 1975, relative à son admission à l'Organisation des Nations Unies.
3. NOUS ENGAGEONS à entreprendre l'oeuvre urgente de sa construction et à répondre
adéquatement à la nécessité d'un partage du pouvoir entre l'Ensemble et les Iles afin
de permettre à ces entités de concrétiser leurs aspirations légitimes pour administrer
et gérer librement leurs propres affaires.
4. CONVENONS que la Constitution déterminera les domaines de compétence de l'Ensemble et
des Iles. Cependant, les prérogatives relatives à la souveraineté de l'Etat (la
religion, la nationalité, la monnaie, les relations extérieures et la défense
extérieure) et les symboles nationaux (le drapeau, l'hymne national, les emblèmes
nationaux) relèvent du domaine exclusif du Nouvel Ensemble Comorien.
5. DECIDONS, à cet effet, des instruments, du calendrier et de garanties ci-après :
I. INSTRUMENTS
A. COMMISSION TRIPARTITE POUR LA RÉCONCILIATION NATIONALE ET LA
DÉFINITION DU NOUVEL ENSEMBLE COMORIEN
6. La Commission est le principal organe représentant Gouvernement,
l'Autorité d'Anjouan, les Forces politiques et Société civile des Iles.
7. Elle constitue le Forum approprié pour un large débat consensuel visant à aboutir à
une solution durable à la crise actuelle et à assurer la réconciliation nationale. Elle
est également chargée d'élaborer le projet de Loi fondamentale. Elle est autonome.
i) COMPOSITION
8. La Commission est ainsi composée :
i) la Commission est composée, pour chacune des Iles, par une délégation qui
comprend le même nombre de délégués, lesquels représenteront, sur une base paritaire,
le Gouvernement, l'Autorité d'Anjouan et les Forces politiques qui les soutiennent, les
Forces politiques de l'Opposition et la société civile;
ii) elle élabore, adopte et met en oeuvre son propre règlement intérieur;
ii) FONCTIONS ET ATTRIBUTIONS
9. La Commission doit :
i) mettre en place une sous-commission technique qui sera chargée d'élaborer la
Constitution du Nouvel Ensemble Comorien et de déterminer les modalités de sa
popularisation et de son approbation par voie référendaire;
ii) mettre en place une sous-commission chargée du ramassage des armes et de la
réinsertion des jeunes ;
iii) mettre en place tout autre groupe de travail et/ou Sous-commissions jugés
nécessaires pour l'accomplissement effectif, dans les délais impartis, des tâches
spécifiques à eux assignées;
iv) dans le cadre des attributions qui sont les siennes, ses décisions sont prises par
consensus et deviennent exécutoires pour toutes les institutions du pays.
B. COMMISSION NATIONALE ÉLECTORALE INDÉPENDANTE ET D'HOMOLOGATION
10. Une Commission nationale électorale indépendante et
d'homologation sera mise en place. Ses membres seront désignés par la Commission
Tripartite pour la réconciliation nationale et la définition du Nouvel Ensemble
Comorien.
11. Cette commission est chargée d'entreprendre les actions ci-après
i) réviser le code électoral ;
ii) sensibiliser les électeurs et préparer les listes et cartes électorale ;
iii) organiser, conduire et superviser le référendum constitutionnel et tous les autres
scrutins ;
iv) homologuer et publier les résultats électoraux ;
12. La Commission élabore, adopte et met en oeuvre son règlement intérieur.
II. TRANSITION ET CALENDRIER
13. Les Institutions pour la Transition sont les suivantes :
i) Au Niveau National
14. Le Chef de l'Etat en place assumera les fonctions de Président durant la période
de transition.
15. Après l'adoption de la Constitution conformément au calendrier fixé au paragraphe
17 ci-dessous, le Gouvernement sera dissout et remplacé, par un Gouvernement d'union
nationale de transition composé sur une base paritaire, et dont les modalités pratiques
seront définies par le Comité de suivi. Le gouvernement d'union nationale de transition
sera chargé notamment de la mise en place des nouvelles institutions. Anjouan se joindra
à ce Gouvernement selon des modalités qui seront établies ultérieurement..
ii) Au nive-au des Iles
16. Les structures en place dans les îles continueront d'exercer leurs fonctions
jusqu'à la mise en place des nouvelles institutions.
iii) Le Calendrier
17. La période de transition obéira au calendrier ci-après :
Juin 2001 au plus tard : Référendum Constitutionnel
31 Décembre 2001 : Mise en place des nouvelles institutions.
III. GARANTIES
18. Dans les sept (07) jours qui suivent la proclamation des résultats
du référendum constitutionnel, le chef de l'Etat formera le Gouvernement d'union
nationale de transition visé au
paragraphe 15 ci-dessus.
19. Le chef de l'Etat et les Membres du Gouvernement d'Union Nationale de Transition ainsi
que les Présidents des Commissions et Sous-commissions envisagées par cet Accord qui
n'auront pas soumis leur démission dans le délai de sept (07) jours après l'adoption de
la Constitution, ne peuvent se présenter aux élections qui en découleront. Le Chef de
l'État en exercice doit se prononcer avant la formation du Gouvernement d'union nationale
de transition.
20. Ils garantissent, à travers leur neutralité, la sécurité, la paix et l'égalité
pendant la transition.
21. Les Parties comoriennes signataires de cet Accord cadre s'engagent à travailler
ensemble en vue de créer dans les Iles, un climat de confiance et un environnement
pacifique et propice au libre établissement, à la libre circulation des personnes et des
biens, à des élections libres et justes.
22. Les Parties comoriennes s'engagent également à
collaborer
étroitement avec le Comité de suivi et à respecter les décisions prises par ce dernier
dans le cadre de la mise en oeuvre cet Accord, notamment le strict respect du calendrier
relatif à l'élaboration et à l'adoption de la Constitution ainsi que des élections qui
en découleront.
IV.MESURES D'ACCOMPAGNEMENT
23. Les parties signataires demandent à la communauté internationale de se porter
garante des engagements pris dans le cadre de cet Accord et de fournir aux Comores
l'assistance technique, logistique et financière qui leur permettrait d'assurer une
transition pacifique, de garantir le bon déroulement du processus électoral et d'aider
à la mise du Nouvel Ensemble Comorien.
24. Elles demandent, également à la communauté internationale de
considérer que les Comores entrent dans une phase permettant la reprise progressive de
la coopération. par ailleurs, elles lancent un appel à la communauté internationale
d'organiser, en collaboration avec le Gouvernement d'union nationale de transition, une
Conférence des bailleurs de fonds.
25. Eu égard à la spécificité de la situation à Anjouan, les Parties signataires
demandent expressément à la communauté internationale d'accorder à cette entité les
ressources humaine, financières et matérielles indispensable a la mise en oeuvre des
dispositions du présent Accord cadre.
26. Elles demandent également à l'Organisation de l'Unité Africaine de lever l'embargo
à l'encontre d'Anjouan dès la signature du présent Accord cadre.
V. MECANISME DE SUIVI
27. Un Comité de suivi, composé des Parties signataires et des
représentants de la communauté internationale, sous la coordination de cette dernière,
sera mis en place pour contrôler, superviser, coordonner et prendre toutes les mesures
jugées nécessaire pour assurer la mise en oeuvre effective de toutes les dispositions du
présent Accord cadre et une stricte adhésion au calendrier. A cet égard, les
représentants de la communauté internationale pourront faire toutes proposition,
notamment pour que la constitution soit soumise au référendum dans les délais prévus.
Le Comité de suivi établit et adopte son règlement intérieur
lCe Comité sera également chargé d'arbitrer tout différend relatif
à la mise en oeuvre du présent Accord.
28. Enfin, les Parties comoriennes signataires du présent Accord cadre
saisissant l'opportunité de la réconciliation nationale en cours pour réaffirmer à la
Communauté internationale, et notamment à l'Organisation des Nations Unies et à
l'Organisation de l'Unité Africaine, leur attachement à un règlement rapide et
pacifique de la question de l'île de Mayotte. A cet égard, elles lancent un appel à la
Communauté internationale pour qu'elle mette à profit l'occasion offerte par la
dynamique du Nouvel Ensemble Comorien afin de faciliter le dénouement rapide et pacifique
de cette question.
29. Toutes les dispositions contraires aux dispositions du présent
Accord cadre sont nulles et non avenues.
30. Cette Accord cadre entre en vigueur à la date de sa signature. La
première réunion du Comité de suivi se tiendra le 1er mars 2001.
Signatures
Pour les parties comoriennes : Mohamed Fazul, Lt-Col. Saïd Abeid,
Abbas Djoussouf, Ali Toihiri, Saïdali Bacar, Issamidine Adaine, Col. Azali Assoumani,
Pour la Communauté internationale : L'Organisation de l'Unité
Africaine (Francisco J.C. Madeira), L'Organisation Internationale de la Francophonie
(André Salifou).
Fomboni, le 17 février 2001