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Politique

J’ai compris pourquoi on ne veut pas d’Abbas Djoussouf


Par Syrus Ila Rima (Moroni)

djou1.j

Quatre mois après la prise du pouvoir par le colonel AZALI, on comprend mieux les enjeux qui ont commandé la destitution de M. Abbas Djoussouf. Les récents événements à Anjouan et les blocages de la partie anjouanaise
montrent clairement que l’ancien Premier ministre était sans nul doute la cible désignée. Tout concorde à montrer que les premiers signaux de performances de la gestion d’Abbas allaient enterrer à jamais (excusez l’ expression) ceux qui avaient en charge ce pays depuis plus de 30 ans et qui alternent tous les 7 ans. Car qui aurait cru, que sous les menaces proférées par les dinosaures qui ne comprenaient d’ailleurs pas pourquoi ils étaient
écartés de la gestion, après les manifestations organisées par des partis politiques qui voulaient entérinées la sécession dans l’île de Ngazidja, qui aurait crû que la conférence inter comorienne allait se tenir. Mais une fois
les conditions réunies grâce à l’entêtement du Premier ministre, les retombées politiques rejailliraient sur celui qui était à la tête de l’ action gouvernementale et auraient ouvert une voie royale pour la conquête du pouvoir. Il fallait à tout prix empêcher cela. Ils y ont réussi.

Abbas a hérité de nombreux dossiers épineux. L’Etat sortait d’une gestion désastreuse des finances publiques, marquée par 18 mois d’arriérés de salaires et une gestion politique de la sécession qui a laissé de part et d’
autres de nombreuses cicatrices. Le Premier ministre fraîchement nommé réussira à rassembler tous les pays riverains, et les pays amis à s’ impliquer dans la préparation et à participer en tant que garants à la
conférence d’Antananarivo. S’il n’a pas obtenu la signature de la partie anjouanaise c’est uniquement parce que ceux qui avaient décidé de le déposer ont multiplié les promesses en l’endroit des anjouanais, qui, en réponse,
ont multiplié les suspensions et blocages  sur les conseils de Michel Rocard (nommé en la circonstance conseiller du secrétaire général de l’OUA) pour faire échouer la conférence et remettre aux calendes grecques la conclusion
d’un accord. L’on se rappelle que l’Union européenne irritée par les tergiversations de la position française a refusé de se porter garant du document d’Antananarivo, troublé de voir le pays désigné pour prononcer l’
allocution du conseil de sécurité de l’ONU, se soustraire des efforts de la communauté internationale tendant à ramener les anjouanais à la raison.

Abbas avait initié une politique de transparence en matière de finances publiques et a privilégié l’élaboration d’un plan de trésorerie qui respectait les dépenses prioritaires. Il a relevé durant son passage les pensions et fixé de ce fait un revenu minimum de 12000 francs comoriens pour tous les retraités (certains percevaient 1000 FC). Il a imposé la régularité de la paie après le calvaire de dix mois d’arriérés de salaires du précédant régime de Taki. Abbas a refusé de violer les conditionnalités posés par l’aide japonaise qui pour la première fois et de l’avis même de l’ambassadeur du japon, a été géré d’une manière transparence, et les recettes réalisées bloquées dans un compte ouvert à cette fin.

De son voyage aux Emirats arabes Unis, Abbas a obtenu des assurances sur des dossiers brûlants. Le pays bénéficie du remboursement de tous les arriérés de l’IDA (350 millions de francs comoriens) permettant ainsi le redémarrage de tous les projets financés par la Banque Mondiale. Les Emirats avaient accordé au Premier ministre le principe de patronner la conférence des bailleurs de fonds prévus après la résolution de la crise politique comorienne. Cette caution morale d’un pays comme les Emirats offrait des gages de réussite à cette conférence de donateurs et allaient permettre les Comores de répartir sur des nouvelles bases.

Le financement de la Banque islamique pour l’électrification, retardé pour les raisons que l’on sait, a été débloqué sous l’intervention de l’émir et va offrir aujourd’hui à la CEE (comorienne de l’eau et de l’électricité) la
possibilité d’électrifier plus de quatre-vingt villages. L’Emir s’est également engagé de remettre au Premier ministre deux ponts flottants pour remédier provisoirement à l’absence de port à Mohéli. Rien que pour ce seul
voyage dont le Premier ministre a tenu pour des raisons financières à partir seul, la promesse a été faite de débuter la construction des deux centres hospitaliers. Même si Abbas n’a pas obtenu la construction et l’aménagement d’un seul centre comme il l’avait suggéré, l’identification des sites pour le début des travaux est en soit une réussite. Pour d’autres projets, l’Emir de Sharja avait même suggéré à la Banque Islamique de se porter
personnellement garant pour les Comores afin de débloquer les projets en instance. Cette ouverture, cette disponibilité des Emirats irritait nos partenaires qui veulent continuer à occuper le rang de premier bailleur de
fonds des Comores avec seulement quelques subsides. Qui ne se rappelle pas de la promesse de la France de débloquer la somme de 20 millions de francs Français après la réussite de la conférence. Cette somme considéré par le donateur comme «astronomique» animait la conversation des observateurs de la conférence.

 Sur les questions d’intérêt national, Abbas a toujours souhaité jouer franc jeu avec l’ancienne puissance coloniale, et dans un esprit de fraternité, d’ amitié et d’égalité. Les lobbies qui voulaient retirer de l’ordre du jour la question de Maoré à la prochaine assemblée de l’ONU ont obtenu le refus catégorique du Premier ministre qui refusait de tergiverser sur cette question majeure qui envenime depuis vingt-cinq ans nos relations. Abbas
privilégie le dialogue direct et sincère avec les pays amis, sollicitait le plus souvent leur collaboration mais refusait toute ingérence dans les affaires intérieures de notre pays.

Les lobbies qui s’appuient sur les pouvoirs en place pour s’adonner au trafic en tout genre, avaient en face d’eux un homme dont l’intégrité morale empêchait les magouilles de toute sorte. Kalfane qui voulait soudoyer pour
débarquer son riz en a fait les frais. Aujourd’hui, Anjouan est devenu le couloir de tous les trafics et cela remplit les poches de nombreux expatriés qui entretiennent ce conflit pour se livrer au blanchiment d’argent, aux
fraudes douanières en tout genre. Il ne faut surtout pas croire que l’acharnement à déstabiliser ce minuscule pays soit guidé par des ambitions nobles ou des richesses naturelles cachées. Ces lobbies entretiennent l’instabilité politique de ce pays pour s’enrichir. Et pour ce faire ils ont besoin d’un homme maniable à souhait. Abbas n’est pas de cette trempe là.

Sur le cas du problème anjouanais, Le Premier ministre a toujours opté pour le soutien de la résistance interne à Anjouan qui s’opposait au séparatisme pur et dur et plaidait pour le déploiement des forces d’interposition de l’
OUA dans l’île d’Anjouan afin d’assurer l’expression démocratique de tous les courants, étouffés par la dictature des milices du colonel Abeid. Cette politique qui promettait beaucoup n’a évidemment pas plus et on a mis à la
place un régime militaire à Moroni, après avoir soutenu la prise du pouvoir à Anjouan d’un réserviste français d’origine comorienne, colonel lui aussi.
A Moroni, on a pris le soin d’assaisonner la junte de quelques petits cadres en mal de repères pour faire bonne figure. Mais l’on n’oublie trop souvent qu’Abbas a fait d’énormes concessions à Antananarivo. En apposant sa
signature, il a accepté de céder la place à un autre Premier ministre désigné par les parties signataires. Ce coup d’Etat ne se justifie que par la volonté d’enterrer l’accord et d’empêcher Abbas de tirer un avantage
politique de la tenue même de cette conférence.

Ceux qui avaient compté sur son silence en brandissant la menace des armes se sont lourdement trompés. Les représentants de la France à Moroni qui s’ impliquent dans la crise séparatiste, sèment le désordre et amplifient la
discorde à Anjouan, sont devenus cette semaine la cible de l’ancien Premier ministre, pourtant étiqueté comme le plus francophile des hommes politiques comoriens, qui continue à penser qu’il faut cesser de court-circuiter l’OUA et multiplier les missions inutiles, qui, au lieu d’aider les Comores ajoutent à la confusion dans les esprits et retardent toute initiative du Comité Chargé de la Mise en Œuvre de l’accord d’Antananarivo. Pour l’heure,
la désignation d’un Premier ministre par ce comité souverain institué à Antananarivo reste, pour Abbas Djoussouf, la seule issue possible. L’ancien Premier ministre refuse de sortir du cadre de cet accord contrairement aux
suggestions des experts qui viennent d’on ne sait où et dont les thèses sont reprises tout haut par les petits apprentis du droit de Beit Salam.

Syrus Ila Rima