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Politique

Les raisons d’un échec
-Par Syrus Ila Rima-

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Nous finissons le quatrième mois du régime des militaires qui a délibérément interrompu les institutions de la République Fédérale Islamique des Comores.

Institutions qui avaient gardé, après la sécession d’une partie du territoire, une reconnaissance internationale à savoir la Présidence, l’ Assemblée, le Gouvernement, le Haut Conseil de la République. Sitôt autoproclamé Chef de l’Etat, Azali fait serment de respecter une charte constitutionnelle dont les régimes les plus autocratiques n’oseraient plus présentées à la face du monde. Il confisque  à lui seul les pouvoirs du législatif, de l’exécutif, de la défense et garde en même temps la fonction le chef d’Etat major de l’armée.

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le gouvernement militaire AZALI

Cette confiscation des pouvoirs est révélatrice d’une chose : Azali est le seul à savoir pourquoi il est là et ce réflexe de concentration excessive des pouvoirs montre que ses soldats ne sont pas associés aux préparatifs ou mis dans la confidence, non sur le coup lui-même, mais sur ses raisons et ses objectifs.

Dès sa prise de fonction, Azali part en guerre contre l’OUA et son représentant aux Comores et répétaient à qui voulait l’entendre que l’Union Européenne et la France lui ont ménagé une porte honorable de sortie de
crise. «Anjouan va signer l’accord d’Antananarivo» était le leitmotiv de l’ armée et le nouveau chef de l’Etat espérer tirer profit de cette victoire pour mettre en valeur les vertus d’une armée qui a échoué dans toutes ses
missions essentielles : la défense nationale (coup d’Etat à répétition) et plus récemment le maintien de l’ordre et le rétablissement de la légalité constitutionnelle à Anjouan. Azali pensait s’appuyer sur les avancées du
dossier politique et croyait pouvoir durer en se fixant d’autres objectifs économiques ceux-là, espacés dans le temps. Les deux réunions de Mohéli, annoncées comme la deuxième voie d’un dialogue réduite à deux parties
(gouvernement et séparatistes) se sont déroulées comme si deux Etats se sont rencontrés. Abeid n’hésite pas à remercier le «Président de la grande Comore», sans que cela n’émeuve le colonel  Azali et ce dernier ose devant les caméras hisser le drapeau de Mawana et mettre à la disposition de son hôte le protocole qui sied à une haute autorité représentant un peuple souverain. Le «communiqué final» ressemble à un papier rédigé à la hâte, signé par les colonels et qui reconnaît clairement que des «peuples» des îles peuvent choisir des destins différents.

Azali se confronte à un problème majeur. Le colonel Abeïd et la partie anjouanaise sont reconnus par les parties comoriennes et la communauté internationale comme interlocuteur de l’île d’Anjouan et c’est à ce titre que la délégation a été invitée à Antananarivo. Or le colonel Azali, au lieu de ramener les anjouanais à la raison se trouve confronté le lendemain du coup à un problème de légitimité et de reconnaissance internationale. Il se sent obligé de se rabattre sur Abeïd, de se tourner vers les sécessionnistes et il se trouve contraint de cautionner une négociation inter comorienne, faute de pouvoir associé la communauté internationale. En fait, c’est la seule ouverture qui lui est possible aujourd’hui. La délégation anjouanaise consciente des faiblesses de la junte militaire use de tous les moyens pour valider sa revendication d’Etat indépendant rejeté à Antananarivo. Azali au
lieu de faire avancer le dossier de la sécession risque de jouer la même symphonie que le colonel anjouanais dont la partition est composée le jour même ou il a franchi le rubicond en optant pour le putsch du 30 avril.

Le ministre mozambicain MADEIRA dépêché par l’OUA, après avoir rencontré toutes les parties comoriennes y compris anjouanaise a conclu qu’il faut que les militaires regagnent les casernes et cèdent le pouvoir aux civils
conformément à l’accord d’Antananarivo qui avait prévu la désignation d’un premier ministre par l’ensemble des parties comoriennes en attendant la réponse d’Abeid sur la date de la signature de l’accord. Il faut bien se
rappeler que, des propos même du chef de la délégation d’Anjouan à la conférence, le principe de la signature était acquis mais c’est la date qui était différée.

Azali envoie Sultan Chouzour (un homme qui, par son intelligence et ses connaissances, peu de gens peuvent prétendre lui arriver à la cheville) pour tenter de convaincre l’Union Européenne de prendre le dossier anjouanais au détriment de l’OUA, qui elle, ne cède pas sur les principes qui fondent l’ Organisation panafricaine ou ceux qui sous-tendent l’accord conclu à Antananarivo. Azali et Chouzour ignoraient que les dispositions de la
convention de Lomé indiquent que « le respect des droits de l’homme, des principes démocratiques et de l’Etat de droit, sur lequel se fondent les relations entre les Etats ACP et la communauté ainsi que toutes les
dispositions de la présente convention » sont sacrées. Sultan dans son discours plaide pour la reconnaissance du colonel Azali et n’hésite pas à avancer l’argument selon lequel « depuis le 6 février l’intérim de la présidence devait être considéré comme achevé, contestant ainsi la légitimité du président Taddjidine ». Ces arguments pondus et pensés par le Directeur de Cabinet du Président déchu par le colonel Azali, dont Sultan
est aujourd’hui porteur de ce message montre à quel point les mœurs politiques sont atteintes au plus haut niveau de l’Etat et pourquoi un tel coup d’Etat a été rendu possible. La réponse de l’union européenne est sans
ambiguïté :  l’Union européenne se dit prête à des « consultations pour aider la restauration de la démocratie et du droit aux Comores, deux conditions qui permettront la normalisation des relations de coopération
avec le pays». Un expert en droit international de l’Union Européenne venu pour des consultations a été exploité à tambours battant pour monter que l’ Europe est dernière Azali. Or le représentant permanent aux Comores M.
Ottomayer qui accompagne généralement toute délégation politique ne s’est joint à aucune des rencontres de cette mission purement technique. Mais les experts de Beit Salam font à Azali l’économie des nuances. Abdou Soefou, membre influent du Front démocratique (dont l’intégrité n’a jamais été mis en cause), s’est lui aussi reconverti en ministre du gouvernement des putschistes après avoir assumé le poste de directeur de cabinet du Premier Ministre déchu. On vend facilement les âmes pour avoir bénéficié d’une formation dans une grande école française. Aujourd’hui, les représentants français à Moroni, peuvent se permettre de le secouer dans tous les sens
comme une poupée en chiffon.

Azali de son retour de Syrthe, du sommet extraordinaire de l’OUA organise un meeting au stade de Mitsamiouli et lance comme un défi contre le temps : «je suis là et bien là». Il jure que la situation est redevenu normal à Anjouan, c’est à dire que les partisans de la signature de l’accord d’Antananarivo sont matés. Les partisans d’Abbas Djoussouf, qui résistent à la dictature à Anjouan n’ont eu droit (de propos même d’Azali ) qu’au qualificatif de semeurs de troubles. Le colonel de Moroni croit pouvoir, ramener les anjouanais à la raison. Le lendemain Abeid publie une lettre dans laquelle il déclare ne pas reconnaître les termes de l’accord d’Antananarivo et s’ appuie sur le communiqué de Fomboni signé avec Azali qui offre « aux anjouanais le droit de disposer d’eux mêmes ».  Cela se passe de commentaires.

Ces dernières semaines, Azali, las d’attendre une reconnaissance autre que celui de Chypre, s’est très vite rabattu sur le terrain économique et social conscient que les promesses faites pour la résolution de la crise, par ceux
qui l’ont encouragé à mettre à bas les institutions de ce pays, tardent à se concrétiser. Les mesures économiques prises, pour la plupart improvisées, sont chaque jour modifiées, aménagées, au mépris des textes législatives et
réglementaires en vigueur. Au niveau du pays, trois partis politiques, le FNJ, le PRC et le Shawiri ont accepté d’accompagner le colonel dans cette mésaventure et ont signé la fameuse résolution qui soutenait les initiatives
des militaires. Aujourd’hui certains s’en mordent les doigts et changent sans états d’âmes de discours. On mise sur les possibles performances économiques dont il faut attendre les résultats dans quelques mois. Un
sursis que le pays, paralysé par la crise séparatiste, affaibli par tant de trahisons, rongé par une crédibilité internationale gravement compromise, aura du mal à lui accorder.

Par Syrus Ila Rima