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Politique

 Affaire Abdallah, procès bidon, ridicule assuré

Il existe dans la France actuelle des droits de l’homme une loi des plus scélérates qui consiste à condamner doublement toute personne d’origine étrangère ayant commis une infraction grave sur le territoire français. Il s’agit de la double peine et vous avez certainement du en entendre parler. Comment se fait-il alors qu’un français ayant commis des crimes ailleurs que dans l’hexagone ne soit pas jugé dans le pays concerné? Bob Denard, comorien par ailleurs, devrait être recherché par la justice comorienne. 
Théoriquement.
La France n’ayant signé aucun traité d’extradition avec les Comores, on peut comprendre pourquoi personne ne le réclame. Mais ce que l’on saisit moins, c’est la raison pour laquelle la France tient à se constituer partie civile contre lui. Le président Ahmed Abdallah n’était pas celui des français que l’on sache… A quoi joue-t-on? Qu’est-ce qu’on souhaite nous dire à travers ce procès? Que signifie cette procédure qui ne dit pas son nom? Et quel rôle veut-on nous faire jouer dans ce vaudeville à petit budget?
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Il n’y a pas si longtemps encore, la famille du défunt président, par l’intermédiaire de certains de ses fils, pardonnait au dit Bob Denard en échange de quelques menus services supposés: cela est resté du domaine de l’ inexpliqué pour le commun des comoriens. Toutes les pièces à conviction ont été recueillies sur place dans des conditions fortement discutables par une représentation des autorités françaises à l’époque de l’assassinat (des démineurs français envoyés sur place à Moroni s’en sont d’abord occupés et n’ont laissé aucune trace de leur passage). Autrement dit, le dossier ne détient aucun de ses éléments. Il est donc pratiquement vide.
On nous ramène bien sûr à la même interrogation: est-ce Denard qui a tiré ou bien est-ce l’un de ses lascars? A quelques jours du procès, J.P. Guerrier, l’un des trois prévenus, a disparu de la circulation. Serait-ce lui le tueur. Que faisait la police française pendant qu’il se taillait on ne sait où? A vrai dire, quelque soit le coup porté, c’est bien Denard qui
est à l’origine de tout ce merdier. Et ce n’est pas à la justice française, juge et partie (pour ceux qui en sont conscients), qui doit décider du sort qui lui sera réservé. Le premier procès intenté à ce chien de guerre, malgré un certain nombre de preuves irréfutables, a fait choux blanc. Foccart lui-même était sorti de son ombre pour témoigner des bons et loyaux services que le mercenaire avait rendu à la France. Et le Bénin entier était sorti déçu par le simulacre qu’incarnait ce fameux procès il y a quelques années maintenant.
On a l’impression que notre mémoire est trop courte dans cette histoire. La France est juge et partie: il n’y a aucun doute mais faut-il vous le rappeler à chaque fois pour que vous vous en rendiez compte? Quel intérêt aurait-elle de véritablement démonter le mécanisme Denard? Quels arrangements va-t-elle trouver pour se sortir de ce spectacle ridiculisant, sans qu’on n’y ait saisi la moindre erreur de conduite? Va-t-elle faire semblant de mettre les prévenus sous les verrous quelques temps? Il est de notoriété publique que lorsque Denard est en prison quelque part à Fresnes ou à la Santé, son double (qui lui ressemble en tous points comme par hasard) sort de sa tanière et circule le plus librement possible. C’est le nom de Denard que l’on emprisonne en réalité dans ce cas. Lui continuerait à vaquer à ses occupations discrètement.

Alors, pourquoi ce procès, allez-vous me dire? Mais est-ce que moi je vous demande pourquoi la France ne laisse pas les Comores tranquille depuis plus d’un siècle? A question sotte, réponse idiote. Ce qui est sûr, c’est que la France ne peut juger Denard. Car elle n’a rien contre lui. D’où ma question suivante: pourquoi nous devons, nous les comoriens, servir à médiatiser ce procès? SOS Démocratie nous invite à manifester Place St Michel. Nous irons… mais au profit de qui? Les Comores ne vont rien gagner à justifier ce procès. Nous allons plutôt nous ridiculiser une fois encore. Vous savez aussi bien que moi que nous sommes devenus des artistes en matière d’ absurdité ambiante. Avant-hier, le rattachisme. Hier, l’épuration insulaire. Aujourd’hui, un procès entièrement géré par l’accusé et son commanditaire. Si ce n’est pas le comble du ridicule…

Je ne dis pas qu’il ne faut pas aller voir ou entendre les propos déplacés de Denard et de ses amis. Mais ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi nous devons manifester. A la limite, si SOS Démocratie nous demandait de dénoncer le bidonnage prévisible de ce procès, l’enjeu aurait été intéressant. Mais tout ce qu’on nous propose, c’est d’aller valider le procès devant les médias, en espérant qu’il soit un véritable procès, alors que nous savons d’avance qu’il ne le sera pas vraiment. J’espère que vous me suivez dans le raisonnement choisi. On a demandé à Maître Larifou de se porter partie civile. Mais pour dire quoi? Pour dire que Denard est un enfoiré? Mais ça, nous le savons tous. Pour dire qu’il doit non pas être jugé par la justice française, mais plutôt des tribunaux comoriens? Cela m’ étonnerait qu’il y ait de la place pour ce type de fantaisie dans un pays aussi libre. Quoi que tout est possible. C’est le pays des belles plaidoiries… sans suite. Il n’empêche que je n’a! >i toujours pas saisi l’intérêt d’une manifestation comorienne autour de ce procès dans la mesure où elle nous amène à soutenir d’une certaine façon la procédure française, qui, à mon avis, ne desservira jamais [au grand jamais] la France.

Il est probable que vous ne savez pas encore quelle position adopte les mercenaires pour ce simulacre. L’AFP en a parle hier. «Selon les accusés, c’est un dénommé Jaffar, garde du corps qui a «paniqué» et déchargé son arme en direction de Denard qui s’est jeté sur le sol. La rafale atteint Ahmed Abdallah. Jaffar est tué par Guerrier» Vous pouvez donc imaginer la suite.
Quant à l’accusation, elle soutient que le président comorien a été éliminé par les trois hommes, «compte tenu des divergences profondes et insolubles s ’étant fait jour et de l’impossibilité de continuer à cohabiter dans l’
avenir». Mais sur quelles preuves vont-ils se baser pour étayer ce discours, les morts ne parlent pas. Et les pièces manquantes ne sont surtout pas prêtes de revenir dans le dossier à moitié vide de l’affaire Abdallah.
Denard, lui, par contre, trouve toujours le moyen de s’en tirer en beauté.
En ce moment, il essaye de vendre un scénario relatant ses aventures aux Comores au cinéma. Il a essayé avec la Warner (Clint était pressenti pour camper le rôle) mais ça n’a
pas marché. Et nous… que faisons-nous pendant ce temps-là? Bien sûr, comme tout le monde veut qu’on y aille à cette manifestation, y compris mon ami Mahmoud Ibrahime, j’irais. Mais je m’interroge… Ne va-t-on pas faire de la publicité contre nos propres intérêts dans cette histoire. La justice française va-t-elle se souvenir de tous ceux qui sont mort à cause des mains de ce maudit chien de guerre (Adili par exemple)? Ou bien ce procès Abdallah n’est-il qu’un prétexte de plus pour satisfaire à notre soif d’absurdités?
Qui manipule qui dans cet épisode? Merci les amis de bien vouloir réagir.

Eric LAIGRE