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Politique
Justice : Scénario de mercenaires
mise à jour 13/03/2006

Veuillez trouver ci-joint un article à diffuser auprès de vos amis.
Un article paru ce 25/02/06 sur le site actualité de RFI [
www.rfi.fr ]
concernant le procès en cours de Bob denard à Paris.

Justice : Scénario de mercenaires


Bob Denard et son avocat, Me Elie Halimi
au tribunal correctionnel de Paris,
le 20 février dernier. (Photo: AFP)

Le procès du mercenaire français Bob Denard se poursuit ce lundi 27 février au tribunal correctionnel de Paris, où il comparaît avec 26 de ses hommes jusqu’au 15 mars, suite à un putsch commis aux Comores en 1995. Un procès qui prête à controverse.

Le premier coup de théâtre est venu de l’avocat du principal accusé, Bob Denard. Maître Elie Halimi, commis d’office, prétend que son client, 76 ans, est atteint de la maladie d’Alzheimer. « Ses facultés intellectuelles sont altérées et, même s’il jouit encore d’instants de lucidité, il lui serait impossible de répondre à des questions précises ». Une demande de contre-expertise médicale, « un compte-rendu de compte-rendu » selon la partie adverse, a été rejetée par le tribunal. Malgré sa maladie, Bob Denard, de son vrai Robert Bourgeaud, s’est quand même rendu à la première audience du procès, pour que « tout le monde se rende compte de l’état dans lequel il se trouve » ajoute son avocat, en attendant d’être entendu le 7 mars prochain.

Deuxième coup de théâtre de ce procès : un témoin essentiel, le président Saïd Mohamed Djohar, que Denard et ses hommes avaient destitué à l’époque, vient de décéder à l’âge de 87 ans dans la nuit du 22 au 23 février, soit deux jours après le début du procès. « Un hasard malheureux » explique un proche de la famille Djohar, qui s’est portée partie civile. « Lui seul savait ce qui s’était tramé réellement en 1995. Car les choses sont présentées de manière bizarre à ce procès. Il aurait pu aider à éclaircir les choses. Les mercenaires sont poursuivis pour tentative de coup d’Etat. Alors qu’ils l’ont réussi, leur coup d’Etat. Ils avaient mis Saïd Ali Kemal et Mohamed Taki Abdoulkarim au pouvoir. Quant à Djohar, ils l’avaient déporté à l’île de la Réunion, où il est resté séquestré plusieurs mois ».

Connu pour ses mauvais coups aux Comores, Denard, acquitté aux assises en 1999 pour l’assassinat du président Abdallah, avait l’air serein, lundi dernier. Personne, il est vrai, ne connaît le fin mot de l’histoire. Parti de Norvège à bord d’un bateau, le Vulcain, il a débarqué à Moroni le 28 septembre 1995 avec une trentaine d’hommes, embarqués aux îles Canaries. Objectif annoncé : renverser un régime tyrannique et corrompu, dont Paris ne voulait plus entendre parler. « Quand la diplomatie officielle ne pouvait intervenir, elle faisait appel aux services officieux de Bob Denard pour effectuer le travail » affirme son avocat. Sur place, à Moroni, Denard fait libérer les opposants politiques, passe le pouvoir à une partie de l’opposition, avant de se faire aligner par l’Armée française.

Un passé difficile à éclaircir

Pourquoi ce coup d’Etat ? Au bénéfice de qui ? Est-il vrai qu’il avait été commandité suite au lancement d’un projet offshore de blanchiment d’argent dans la sous-région ? Au procès, les mercenaires accusent l’Etat français et jugent par ailleurs la justice française incompétente quant à leur situation. Un arrangement aurait été trouvé avec le gouvernement comorien de l’époque pour les amnistier avant leur extradition à Paris, en octobre 1995. Les mercenaires disent aussi n’avoir commis aucun crime de sang et accusent plutôt l’armée française d’avoir semé le trouble et la mort à son arrivée. Ils se font passer pour les principales victimes de cette histoire. Néanmoins, dans cette version des faits, deux autres victimes posent problème.

La première a été tuée, selon les mercenaires, par une personne de leur camp, mais de nationalité comorienne. Un soldat de l’armée nationale prêtant main-forte. Si les avocats des parties civiles prouvent que ce sont les mercenaires qui l’ont tué ou fait tuer, il y aurait des chances pour que le procès ne relève plus de la correctionnelle. Deuxième personne à pouvoir changer le cours des choses durant ce procès : le lieutenant-colonel Soilihi Mohamed, actuel chef d’état-major de l’armée comorienne. Considéré en  1995 comme un « héros » par les Comoriens, il avait été seul à riposter contre les mercenaires, pendant que son supérieur, le chef des armées, l’actuel président Azali, se réfugiait à l’ambassade de France. Présent au procès, il donne l’impression de vouloir ménager à la fois les mercenaires, l’Etat français et l’Etat comorien, pendant que les avocats des parties comoriennes, eux, semblent ne pas maîtriser totalement le dossier.

 par Soeuf  Elbadawi