Le procès du mercenaire français Bob Denard se
poursuit ce lundi 27 février au tribunal correctionnel de Paris, où il
comparaît avec 26 de ses hommes jusqu’au 15 mars, suite à un putsch commis aux
Comores en 1995. Un procès qui prête à controverse.
Le premier coup de théâtre est venu de l’avocat du
principal accusé, Bob Denard. Maître Elie Halimi, commis d’office, prétend que
son client, 76 ans, est atteint de la maladie d’Alzheimer. « Ses facultés
intellectuelles sont altérées et, même s’il jouit encore d’instants de
lucidité, il lui serait impossible de répondre à des questions précises ».
Une demande de contre-expertise médicale, « un compte-rendu de
compte-rendu » selon la partie adverse, a été rejetée par le tribunal.
Malgré sa maladie, Bob Denard, de son vrai Robert Bourgeaud, s’est quand même
rendu à la première audience du procès, pour que « tout le monde se rende
compte de l’état dans lequel il se trouve » ajoute son avocat, en
attendant d’être entendu le 7 mars prochain.
Deuxième coup de théâtre de ce procès : un témoin
essentiel, le président Saïd Mohamed Djohar, que Denard et ses hommes avaient
destitué à l’époque, vient de décéder à l’âge de 87 ans dans la nuit du 22 au
23 février, soit deux jours après le début du procès. « Un hasard
malheureux » explique un proche de la famille Djohar, qui s’est portée
partie civile. « Lui seul savait ce qui s’était tramé réellement en 1995.
Car les choses sont présentées de manière bizarre à ce procès. Il aurait pu
aider à éclaircir les choses. Les mercenaires sont poursuivis pour tentative
de coup d’Etat. Alors qu’ils l’ont réussi, leur coup d’Etat. Ils avaient mis
Saïd Ali Kemal et Mohamed Taki Abdoulkarim au pouvoir. Quant à Djohar, ils
l’avaient déporté à l’île de la Réunion, où il est resté séquestré plusieurs
mois ».
Connu pour ses mauvais coups aux Comores, Denard,
acquitté aux assises en 1999 pour l’assassinat du président Abdallah, avait
l’air serein, lundi dernier. Personne, il est vrai, ne connaît le fin mot de
l’histoire. Parti de Norvège à bord d’un bateau, le Vulcain, il a
débarqué à Moroni le 28 septembre 1995 avec une trentaine d’hommes, embarqués
aux îles Canaries. Objectif annoncé : renverser un régime tyrannique et
corrompu, dont Paris ne voulait plus entendre parler. « Quand la diplomatie
officielle ne pouvait intervenir, elle faisait appel aux services officieux de
Bob Denard pour effectuer le travail » affirme son avocat. Sur place, à
Moroni, Denard fait libérer les opposants politiques, passe le pouvoir à une
partie de l’opposition, avant de se faire aligner par l’Armée française.
Un passé difficile à éclaircir
Pourquoi ce coup d’Etat ? Au bénéfice de qui ? Est-il
vrai qu’il avait été commandité suite au lancement d’un projet offshore
de blanchiment d’argent dans la sous-région ? Au procès, les mercenaires
accusent l’Etat français et jugent par ailleurs la justice française
incompétente quant à leur situation. Un arrangement aurait été trouvé avec le
gouvernement comorien de l’époque pour les amnistier avant leur extradition à
Paris, en octobre 1995. Les mercenaires disent aussi n’avoir commis aucun
crime de sang et accusent plutôt l’armée française d’avoir semé le trouble et
la mort à son arrivée. Ils se font passer pour les principales victimes de
cette histoire. Néanmoins, dans cette version des faits, deux autres victimes
posent problème.
La première a été tuée, selon les mercenaires, par une
personne de leur camp, mais de nationalité comorienne. Un soldat de l’armée
nationale prêtant main-forte. Si les avocats des parties civiles prouvent que
ce sont les mercenaires qui l’ont tué ou fait tuer, il y aurait des chances
pour que le procès ne relève plus de la correctionnelle. Deuxième personne à
pouvoir changer le cours des choses durant ce procès : le lieutenant-colonel
Soilihi Mohamed, actuel chef d’état-major de l’armée comorienne. Considéré en
1995 comme un « héros » par les Comoriens, il avait été seul à riposter contre
les mercenaires, pendant que son supérieur, le chef des armées, l’actuel
président Azali, se réfugiait à l’ambassade de France. Présent au procès, il
donne l’impression de vouloir ménager à la fois les mercenaires, l’Etat
français et l’Etat comorien, pendant que les avocats des parties comoriennes,
eux, semblent ne pas maîtriser totalement le dossier.
par Soeuf
Elbadawi