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Et maintenant que
faire ?
par Mohamed Ahmed Chamanga |
Nous
étions nombreux ce mercredi soir à être indignés et choqués après cette mascarade de
procès, et ce d'autant plus que le réquisitoire du procureur général donnait une lueur
d'espoir à une condamnation des affreux, même minime. Hélas, c'était oublier
trop vite le dossier lui-même ! La plaidoirie d'Alexandre Varaut et celle de son
père surtout, Jean-Marc Varaut, nous ont fait comprendre que nous devions bien garder nos
pieds sur terre. Maître Varaut, qui n'a vraiment pas de scrupule, n'a eu aucun mal pour
convaincre les jurés. Homme d'expérience et direct, il n'avait pas besoin non plus de
passer par les quatre chemins pour gagner leur coeur. S'apercevant que les jurés étaient
composés surtout de femmes, il a, avec le talent qu'on lui connaît, développé envers
elles beaucoup d'éloges, notamment en matière de justice : comme les enfants, elles ne
savent pas mentir, elles savent où se trouve la vérité. En l'absence de preuves
matérielles (et pour cause !), il leur a fait aussi comprendre qu'avant de rendre leur
verdict, les jurés devaient comprendre que toutes les actions menées aux Comores depuis
1975 étaient faites dans l'intérêt de la France, en accord avec les autorités
françaises. Autrement dit, ils ne devaient pas condamner ceux qui ont agi pour leurs
intérêts.
Cela
nous le savions déjà, mais ici, dans la Cour d'assise du Palais de justice de Paris,
cela équivaut à une reconnaissance officielle que l'État français est à l'origine de
toutes les manoeuvres de déstabilisation des Comores, d'autant que des preuves concrètes
ont été avancées.
Après cette plaidoirie et pendant que la Cour
sest retirée pour délibérer, nos visages étaient crispés. Mais les commentaires
et les pronostics allaient bon train. Pour quelques-uns, le verdict ne faisait aucun
doute. La peine réclamée par le procureur, 12 à 15 ans, nous paraissait chimérique.
Mais on pouvait toujours rêver. Alors, certains lançaient, sans trop de conviction :
"cinq ans demprisonnement dont trois avec sursis" ou encore "deux ans
avec sursis"
Pour la plupart des gens, un acquittement pur et simple était
impensable. Et pourtant
Le résultat, vous le connaissez !
Nos cris de colère devant ce jugement scandaleux ne changeront rien. La justice
française a rendu son verdict. Elle a absous ses ressortissants qui ont bien travaillé
pour la France. Cest logique. La fuite de Guerrier que lon ne retrouvera
peut-être jamais, la soustraction volontaire (et reconnue) par Denard lui-même, de
documents sans doute trop compromettants pour lui, le montage dun Coup dEtat
qui sest révélé pourtant une pure invention pour justifier lassassinat du
Président Abdallah, toutes les manoeuvres militaires pendant les heures de la journée
qui ont précédées lirréparable et ces petits détails (permissions accordées
aux uns et aux autres pour que rien ne vienne troubler lacte prémédité
),
tout cela nest pas, aux yeux de la justice française, suffisant pour condamner
Denard et ses acolytes. Pour les jurés, il faut des témoins oculaires et des preuves
matérielles
irréfutables pour que les accusés soient reconnus coupables. Mais comment apporter ces
preuves quand les seuls maîtres des lieux au moment des faits et plusieurs semaines
après nétaient autres que les accusés eux-mêmes, quand le seul témoin oculaire
a été supprimé ? Cest facile daccuser Jaffar de ce meurtre. Si Denard et
ses acolytes avaient bien des mobiles pour assassiner le Président Abdallah (nen
déplaise aux avocat de la défense) on peut bien sinterroger sur le mobile qui
aurait pu pousser Jaffar, le garde du corps, à tuer le Président. On a eu droit à des
hypothèses les plus rocambolesques les unes que les autres
Et maintenant, que faire ? Je ne vais pas revenir sur ce quont avancé Ismael
Saandi, Ali Mohamed Gou, Zilé et autres. Si le procès a été gagné aussi facilement
par Denard et Malacrino, la responsabilité de la partie comorienne est très lourde. Nous
navons donc quà nous en prendre à nous-mêmes. Que voulez-vous ? La famille
Abdallah elle-même, en retirant sa plainte, ne voulait plus ce procès. Si Salim Ahmed
était là, cétait comme simple témoin.
Les proches parents du défunt nont pas témoigné en sa faveur. Dautres sont
même devenus subitement amnésiques, oubliant ainsi ce quils ont déclaré en 1992
ou 1993. Beaucoup de nos politiciens et de cadres sont venus apporter ou ont envoyé par
écrit leur soutien à Denard. Alors, si les Comoriens ne veulent pas soutenir leur Chef
dEtat, pourquoi voulez-vous que les jurés le fassent à leur place ? Les
témoignages de Guigui et de Mohamed Ahmed (fils du Commandant Ahmed) ne feront pas le
poids. Les raisons de cette dérobade comorienne ont été très bien développées par
notre frère Benjazz du Canada.
Trop de personnes impliquées dans les coups tordus de Denard, trop dintérêts en
jeu ! Après tout, Ahmed Abdallah est mort, et la vie continue. Alors, on préfère se
taire ou apporter son soutien à Denard qui a fait de nombreuses personnes ce quils
sont aujourdhui.
Toujours est-il que ce procès na pas été inutile. Il nous a
permis davoir quelques révélations, révélations qui justifient amplement à ce
que lEtat comorien porte plainte auprès de la Cour internationale de La Haye pour
que justice lui soit rendue. En attendant, il y a ce que lon peut faire sur place.
Il faut dores et déjà que le peuple exige de ses autorités que la justice
comorienne soit saisie rapidement pour examiner des cas de hautes trahisons et
dassociations de malfaiteurs. En attendant encore, on peut aussi commencer par
boycotter tous les services et toutes les sociétés où des mercenaires sont actionnaires
ou les sociétés qui traitent avec ces mêmes mercenaires. Il convient donc à ceux de
nos frères qui savent den établir la liste et d'en faire une large diffusion.
Ce procès Denard mamène aussi à poser un autre problème. En
effet, nombreux sont ceux qui auraient souhaité quil se passât aux Comores même.
Mais il faut savoir que les accusés et les plaignants sont de nationalité française.
Etant français, cest tout naturellement que ces derniers se sont adressés à la
justice de leur pays, la France. Et cest là que je demande à tout le monde de
réfléchir sur le problème de la double nationalité. La question nest pas de
savoir si un Comorien peut être français ou un Français comorien, mais il sagit
de savoir si quelquun qui a la double nationalité peut exercer des hautes fonctions
de lEtat, car, quon le veuille ou non, on arrive nécessairement à un conflit
dintérêts. Je me souviens de ce que mavait confié un jour un ami qui était
parti en mission en Europe pour lachat dun gros matériel. Alors quil
avait porté son choix sur un modèle hollandais (meilleure qualité et prix plus
avantageux que le meilleur modèle français), il sétait vu convoqué par
lambassade de France à Moroni pour lui rappeler quil était français
Enfin, je voudrais ici, comme dautres lont fait avant moi,
rendre un vibrant hommage aux avocats de la partie civile, Maîtres Said Larifou et Eric
Soussah, dabord pour leur courage, ensuite pour nous avoir permis dobtenir
quelques révélations. Ils ont prouvé, par leurs actes, que les Comores et
lAfrique nont pas que des pourris.
Mohamed Ahmed Chamanga
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