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Politique

Plaidoyer pour les intellectuels comoriens d'origine anjouanaise...

par Mahmoud IBRAHIME

 

La crise séparatiste lasse et joue sur les nerfs. Cela fait plus de deux ans que les séparatistes anjouanais se jouent de l¹État comorien et humilient la nation toute entière. Et l¹on entend d¹ici delà, des voix qui reprennent les thèses des séparatistes de Moroni, ou de ceux qui sous couvert de défense des intérêts des Wangazidja ne cherchent que leurs propres intérêts, en croyant pouvoir récupérer les postes laissés vacants par les cadres originaires d¹Anjouan. Ainsi, certains vont jusqu¹à affirmer que les cadres comoriens d¹origine anjouanaise sont complices des séparatistes.

Que n¹a-t-on pas entendu sur les intellectuels anjouanais qui au pire auraient soutenu les séparatistes de l¹OPIA, et au mieux seraient resté silencieux face à ce drame. On confond ainsi sciemment les actes de quelques personnalités se trouvant le plus souvent à l¹extérieur du pays, avec la grande majorité, uniquement parce que les séparatistes de l¹OPIA ont le «génie de» précéder leurs mensonges par «Nous les Anjouanais, nous voulons...», alors que la plupart des Anjouanais ne peuvent évidemment pas s¹exprimer librement dans une région complètement aux mains des milices. Ainsi on en vient à soupçonner la loyauté d¹intellectuels et cadres qui ont pris la lourde décision - et cela seul prouve leur sens des responsabilités - de rester à leurs postes et d¹accomplire leur devoir de fonctionnaires comoriens.

Je voudrais que mes frères de la Grande Comore se mettent dans la peau d¹un frère anjouanais et se remémorent tout ce qui s¹est passé depuis juillet 1997, et que honnêtement ils reconnaissent que peu d¹entre nous auraient tenu là où ils n¹ont pas lâché.

Il eut ce drapeau étranger planté sur les mosquées d¹Anjouan, et la jeunesse maquillée en bleu blanc-rouge, programmée sur les chaînes occidentales comme une espèce en voie de disparition, cette jeunesse défendant une idéologie qui la dépasse, manipulée, prenant les routes pour démontrer que toute l¹île n¹avait qu¹un seul but : redevenir française.

Il eut l¹attaque d¹une partie du territoire national par l¹armée nationale, alors que l¹État avait décidé, un peu avant, le repli des forces de l¹ordre qui assuraient la sécurité dans l¹île, et qui s¹étaient

rendus complices des pires exactions lors de manifestations d¹enseignants.

Il eut le soutien actif de la «France officieuse», envoyant des émissaires aux chefs séparatistes, freinant la volonté d¹intervention des instances internationales et notamment l¹OUA, niant l¹existence même de la nation comorienne, et laissant d¹anciens militaires français aux commandes des milices.

Il eut les guerres fratricides, les tortures et autres atrocités entre séparatistes, dont seuls les chefs des milices sortirent vainqueurs.

Il eut les menaces sur tous ceux qui voulaient rester Comoriens, sur leurs familles quand eux-mêmes ne se trouvaient pas sur place, et l¹élimination de toute opposition.

Et un pseudo référendum organisé un « Ministre plénipotentiaire » étranger qui a voulu faire croire que plus de 99 % de nos frères ne voulaient plus être nos frères.

Nos frères d¹origine anjouanaise qui continuent de servir l¹état n¹ont pu voir leurs familles depuis plus de deux ans car ils savent qu¹ils sont indésirables pour ne pas avoir accepté la folie. D¹autres, débarqués à Mutsamudu ou à Ouani ont été refoulés à cause de l¹amour qu¹ils vouent à leur patrie. Ils n¹ont eu que le temps de voir ce que les séparatistes avaient fait de notre île. D¹autres encore n¹ont même pas l¹idée d¹essayer de mettre les pieds sur le sol où ils sont nés parce qu¹on leur promet une mort atroce. Tandis que ceux qui usent de la tromperie entrent et sortent de l¹île sans être inquiétés, ajoutant à chaque passage le mensonge au mensonge, recevant même le respect de l¹État.

Toutes ces raisons auraient pu poussé beaucoup d¹entre nous vers le camp séparatiste. Les cadres qui sont restés à leurs postes à Moroni, malgré les menaces, sont des Résistants face à ceux qui voudraient détruire les Comores. J¹ai eu peu d¹occasions d¹être fiers de mes aînés, hommes politiques ou fonctionnaires. Jusqu¹à maintenant, on disait qu¹ils étaient tous corrompus. Aujourd¹hui, malgré les risques, des Comoriens d¹Anjouan ont décidé de continuer à servir un État qui n¹a jamais eu de considération pour ceux qui le servent avec acharnement.

Imaginons un peu que tous les fonctionnaires d¹origine anjouanaise aient décidé depuis 1997 d¹être solidaires des séparatistes et de rentrer à Anjouan. Où en serait la nation comorienne aujourd¹hui ? Nul ne sait.

Il suffit de se rappeler que certains Comoriens d¹Anjouan, vivant à l¹étranger ont appuyé les séparatistes. Demandez des renseignements aux dirigeants de l¹Association franco-anjouanaise. Messieurs Choudjaïddine et Zarouki ont conseillé et continuent à conseiller les pseudo dirigeants de l¹île. Mais, il est vrai qu¹ils sont peu fiers de ce qu¹ils font. M. Choudjaïddine dans le procès qu¹il a intenté au Directeur du journal MASIWA a osé affirmer qu¹il n¹avait aucun lien avec ceux qui ont pris le pouvoir à Anjouan. Il a nié connaître le Directeur de l¹Action française (Pierre PUJO) alors que celui-ci raconte dans son hebdomadaire le déroulement d¹une réunion de l¹Association franco-anjouanaise à laquelle il était convié. Quant à Zarouki, après avoir organisé un pseudo Bac pour le pseudo État d¹Anjouan, il s¹est fait huer l¹été dernier lors de son passage dans l¹île, avant de revenir prendre l¹avion à Moroni et de venir se réinstaller tranquillement à Paris. Faut-il parler du rôle qu¹a joué un certain Docteur Zaïdou à La Réunion ou des conseils prodigués aux séparatistes par un certain Abdourahmane Bacar, fonctionnaire du PNUD ?

C¹est une chance que ce soient les fonctionnaires de l¹État comorien qui aient rejeté le séparatisme. Mais, ces frères n¹ont eu aucune reconnaissance de la part de l¹État comorien. Pourtant, viendra le jour où les Comoriens se retrouveront et en feront les héros sans lesquelles les séparatistes auraient détruit définitivement la nation comorienne.

Si à Anjouan, on les a privé de tout, à Moroni, ils subissent tous les jours l¹humiliation de la part de ceux qui n¹attendent que l¹occasion de les bouter hors de Ngazidja pour pouvoir prendre leurs places. Ils entendent dans les rues de Moroni ou par les média ces chiffres élaborés par des stratèges imbéciles dont on ne sait pour qui ou pour quoi ils se battent. On apprend ainsi que l¹administration est occupée par 40 % « d¹Anjouanais », - eux qui dans ces moments de troubles voudraient n¹être d¹abord que des Comoriens comme d¹autres. Quel politicien haineux et inconscient a pu faire réaliser et lancer à la meute de telles statistiques et dans quel but sinon celui d¹approfondir des divisions et provoquer des jalousies et des haines ? On apprend encore que l¹armée est composée à 60 % par des « Anjouanais ». Mais alors ne peut-on pas admirer la loyauté des soldats d¹origine anjouanaise qui ont tout accepté de l¹État, y compris d¹aller attaquer les maisons des voisins et familles parce qu¹on leur a dit que c¹était pour le bien de la nation ?

Écoutez ces cadres et intellectuels comoriens vous raconter leurs batailles. Vous comprendrez qu¹ils se battent seuls et sans armes, sinon l¹espoir, et qu¹ils ne perdent que parce que ceux qui devraient les soutenir préfèrent traiter avec leurs ennemis, qui ne sont autres que les ennemis de la nation. Des esprits mal intentionnés ont émis l¹idée d¹envoyer les fonctionnaires «Anjouanais» pour discuter avec les séparatistes. Pourquoi un Grand Comorien ne peut-il pas faire de même ? N¹est-ce pas déjà reconnaître qu¹un Comorien originaire de Ngazidja n¹est pas chez lui à Anjouan ?

Écoutez-les évoquer les souvenirs des bancs usés par des générations de Comoriens dans le Lycée Saïd Mohamed Cheikh ou les nombreux souvenirs de solidarité dans les écoles malgaches. Il leur reste encore les visages de ces milliers d¹enfants à qu¹ils ont apporté un peu de lumière dans les écoles de l¹archipel.

Écoutez-les vous raconter le retour de Tana. Réfugiés dans les voitures, ils entendaient des esprits mal informés leur hurler des accusations qu¹ils ne méritaient pas, eux qui avaient prévenus depuis le début que l¹État ne devait pas se fier à des individus qui avaient tenté à plusieurs reprises de tuer la nation. Qu¹importe ! La volonté d¹en finir avec une situation qui durait depuis longtemps a amené le gouvernement à fermer les yeux et même à reprendre comme siens des arguments développés par les séparatistes. Eux avaient été superbement ignorés par le pouvoir.

Écoutez-les vous raconter leur peur lors de ces émeutes qui ont eu lieu à Moroni avant le coup d¹État. Ils vous raconteront que les gendarmes accompagnaient les émeutiers, que ni le pouvoir politique ni l¹armée ne semblaient se soucier de leur sécurité quand des jeunes gens de la capitale les faisaient sortir des bureaux et de leurs logements sous les regards indifférents des collègues de travail ou des voisins, dans la plupart des cas. Écoutez-les vous parler des déplacements dans l¹administration, de l¹arbitraire, des pressions exercées par certains directeurs, et de la peur des gouvernements successifs de paraître favoriser les «Anjouanais».

Écoutez-les vous parler de la colère qui les envahit quand ils voient qu¹après tant d¹erreurs, il se trouve encore un chef d¹État pour accepter de négocier avec les représentants d¹un État imaginaire, pour accepter un autre drapeau sur le sol national, qui de plus est le drapeau d¹un sultan esclavagiste. S¹il y a ambiguïté, il ne vient pas de fonctionnaires qui ont choisi leur camp depuis le départ, et qui ont si peu de marge de manoeuvre, mais bien des représentants de l¹État qui sont prêts à céder tout aux séparatistes, y compris le seul drap qui nous reste pour cacher notre pudeur, le drapeau national.

Écoutez les vous parler de leur tristesse de voir leurs frères tomber dans la haine et prendre conseil auprès de l¹extrême droite française.

Ecoutez-les vous parler d¹une île pauvre, mais qui jusque là était digne et paisible. Elle est maintenant le lieu où des Africains ont demandé à l¹ancienne puissance colonisatrice de venir les recoloniser...

Écoutez-les vous parler de "Mutsa la belle" avant qu¹elle ne soit défigurée par les canons d¹un aveugle, le bruit des armes, le sang de ses enfants, la peur des passants, et la haine que le frère porte à son frère.

S¹il vous plaît, laissez les travailler, car beaucoup de Comoriens ont failli et ont trompé le pays, eux contribuent à assurer le fonctionnement de l¹État et à resserrer les liens entre les Comoriens.