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POUVOIR POLITIQUE ET POUVOIR MILITAIRE Pouvoir politique et pouvoir militaire ont toujours agit ici en mauvaise connivence dans laquelle chacun pouvait compter sur lautre pour agir dans une impunité propre aux régimes dictatoriaux. Forfaits partagés. Même si, au finish, ce sont les politiques qui portent la plus grande part de responsabilité ; qui nont jamais conçu une armée pour la défense du pays dailleurs elle en est incapable (LArchipel N° 111), mais comme un instrument de répression domestique. Du coup, les valeurs proprement militaires ont été tronquées au fil des ans, faussées. Larmée a couvert les pires anomalies en son sein, toléré les actes dinsubordination les plus graves ; bref tous les manquements aux valeurs qui font une armée et forcent son respect. Depuis sa création, et à travers ses diverses appellations (Fac, Gp, Fcd, And ), larmée comorienne, reflet parfait des régimes qui se sont ici succédés, na jamais eu en aucun moment un quelconque comportement patriotique ( ). A limage de la plupart des armées africaines, la nôtre sapparente elle aussi à un gang (dés)organisé, royalement indisciplinée. Aucun fait darmes, ses seuls exploits connus sont les exactions et la gâchette facile, un peu daffairisme et un peu de contrebande, etc Mais lorsquil sagit de se battre pour défendre le pays, nos soldats sont les premiers à battre en retraite sils ne rallient pas le camp ennemi, en loccurrence mercenaire. Pourtant nos valeureux soldats nont ja mais connu les affres des fins de mois difficiles, lorsque lenseignante (e), le médecin, linfirmière(e) ou le retraité accumulait jusquà 15 mois darriérés de salaires. Par peur, les responsables politiques se refusent à aborder. Le cas certes délicat du rôle et de lutilité de notre armée. Car outre la frime et les tabassages, elle ne sert strictement à rien, sinon à parader chaque 6 juillet depuis 24 ans. Et si lon ment quelle nous prouve le contraire même dans nos colonnes. Résultat : placée au dessus des lois du commun des mortels et de la République, larmée comorienne a fini par devenir (presque) hors-la-loi (Larchipel N° 18, p.2). Un peu dhistoire. Le président Ahmed Abdallah Abdérémane est assassiné le 26 novembre 1989 par le chef mercenaire Bob Denard et ses acolytes qui encadrent la Garde Présidentielle, la terrible Gp de triste renom qui constituait en fait larmée. Cet événement tragique a permis au moins de mesurer à sa juste valeur la densité patriotique de nos soldats. Indigne. Alors que larmée française sapprêtait à chasser (15 déc.1989) Bob Denard des Comores, on a vu des soldats comoriens pleurer à chaudes larmes au départ de ceux qui venaient dassassiner le/leur Président quils étaient sensés protéger. « Je reviendrai » lancera-t-il à ses hommes. Une scène strictement mémorable. Quelques heures auparavant, sous une pluie battante et sous les caméras du monde, le même Bob Denard, avant de senvoler, avait tenu à humilier une (avant) dernière fois des Comores en organisant au camp de Kandani, une dégradante cérémonie : monter ses ouailles Noirs en garde. Bob est parti, emportant sous le bras le drapeau national. Nos politiciens sont sortis de leurs cachettes pour réclamer «vite, vite des élections ! ». Nos militaires ont mis leurs beaux galons. Au nom dune stupide « réconciliation nationale », le pouvoir Djohar maintiendra et les grades et le salaire qui y est lié. Comme une sorte de prime au crime mercenaire. Mais combien parmi les militaires savent ce que leur « chef-papa-chéri » dira deux quelques mois plus tard Novembre 1992. Sous linstigation de lUdzima, une tentative de renversement du Président Djohar tourne à la rébellion. Loyaliste et éléments putschistes (ceux que lon désignera plus tard sous le terme de « rebelles ») saffronteront et les victimes nombreuses. La plupart des rebelles capturés sont emprisonnés.
Le 30, Le CMT remet le pouvoir à Mohamed Taki avec, dira à Radio-Comores « la caution morale de M.Omar Tamou » qui venait dêtre libéré par Bob Denard. Larmée française débarque dans la nuit du 4 au 5 octobre. Reddition des putschistes. Libéré, le président Djohar est déporté sur lîle de la Réunion durant 112 jours. Le 6 octobre, tous les militaires comoriens qui avaient pris part au putsch sont amnistiés sans aucune forme de condition (Larchipel N° 196). La plupart dentre eux, notamment les rebelles, feront partie de la garde prétorienne de candidat Taki durant la campagne des présidentielles de 1996. Taki élu, tous les rebelles seront réintégrés dans larmée, avec leurs grades. Certains seront même récompensés en nature et en sous-main. Aucune sanction, même symbolique. On passe léponge. Quelques temps plus tard, le Commandant Azaly qui, malgré tout, avait su imposer à cette armée un semblant de cohésion part en stage en France. Le Président Taki ironise : « il paraît quil est parti faire des études ». En tous les cas ce nest pas moi qui lai envoyé, et il devra chercher quelque autre endroit pour travailler, mais pas ici » (Larchipel N° 170, p.5). Mais à son retour, non seulement il réintègre larmée, mais Taki le nomme chef détat-major avec le grade de Colonel. Son autorité sur larmée en sortira néanmoins diminuée. Vint lintervention militaire dAnjouan (9 sept 1997). Toute la hiérarchie militaire à commencer par le Chef de létat major de lépoque, le colonel Moilim Djoussouf, sy oppose ; autant pour des raisons politiques, mais surtout militaire. Mais le président Taki qui nen faisait quà sa tête passe outre. Il propulse Hassane Harouna Lieutenant-colonel et lui confie lopération « Goro ». Un véritable fiasco. Et puis, il y a toutes ces petites de grosses anomalies, mais nombreuses. Nous nen citerons que deux. La première ; Ali Abdallah est nommé délégué à la Défense par Taki. Il a lentière confiance du chef de lEtat . Et cest vrai que lhomme est un fidèle aveugle. Il nempêche que pour asseoir son influence dans sa région, le Hambou, Ali Abdallah va procéder à une série de promotion des plus extravagantes, mais à forte coloration régionaliste (Larchipel N° 164, p.11). Où lon voit un militaire, Izidine, passer en lespace de quelques cinq à six mois du grade de lieutenant à capitaine, puis commandant. Et puis il y a le cas Zarouk. Zarouk déserte ou abandonne larmée (cest selon ) du temps du Président Djohar. Il revient et réintégrer larmée sous Taki, lorsque M. Tadjidine Ben Said Massonde, son oncle, est premier ministre. Le Zarouk percevra tous ses arriérés de salaires de ses années de désertion lorsque Tadjidine deviendra président de la République par intérim, auprès de qui il exerce désormais les fonctions daide de camp, avec dit-on le grade de commandant. La liste de ces anomalies serait longue. Tenez : un simple incident de la circulation entre deux conducteurs : un militaire et un juge, par pu hasard. Le militaire frappe le juge et lui lance au visage : « nous navons pas besoin ni de juge ni de gens instruits dans ce pays » (sic). Son corps (larmée de la gendarmerie) a refusé que son homme soit jugé. Esprit de corps dit-on Résultat : cette armée est devenue un corps mollusque. Et les rivalités entre clans et tendance adverses (Anciens des Fac et Gp, loyaliste et rebelles, les Takistes et les autres, et maintenant lanimosité suspicieuse entre militaires Anjouanais, Mohéliens et Gds-comoriens ) ne sont pas le pire des maux qui laffectent. Compte-tenu de ce que tout le monde revendique pour le futur cadre institutionnel, cette soi-disant armée na plus son sens dêtre. Elle doit disparaître. Aboubacar MChangama, Directeur de la publication du journal « Archipel » paru le 20 avril 1999 dans le N° 175
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