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Politique |
Débats à l'assemblée Nationale Française
lors de la discussion de la loi de finance pour 2006 le 17/11/2005
mise à jour 08/01/2006 |
M. Mansour Kamardine - Les efforts
entrepris sous cette législature sont considérables : permettez-moi de vous
exprimer, Monsieur le ministre, la reconnaissance des Mahorais.
Voilà trois semaines que la France s'est brutalement réveillée. Chacun propose
son analyse de ce qu'il est désormais convenu d'appeler « la crise des
banlieues ». Pour ma part, j'y vois deux explications : c'est d'abord une
crise de la République.
Depuis plusieurs décennies, la France est entrée dans une surenchère
législative et réglementaire. Chaque majorité veut sa propre loi et nous
légiférons sur tout ce qui bouge, y compris sur l'éducation familiale et
l'exercice de l'autorité parentale. Avec la Convention internationale des
droits de l'enfant, nous avons nié aux parents le droit de façonner à leur
guise leur éducation : ils ne peuvent plus, sans risquer les foudres de la
justice, réprimander leurs enfants, qu'à Mayotte nous appelons désormais « les
enfants du procureur de la République ».
Mme Christiane Taubira - Il faut donc les fouetter ?
M. Mansour Kamardine - Je comprends donc que l'on puisse s'interroger
sur la responsabilité des parents auxquels l'Etat a interdit de dispenser
l'éducation qu'ils avaient eux-mêmes reçue. Mais l'urgence est d'organiser la
nouvelle éducation républicaine, afin qu'ils puissent la transmettre à leurs
enfants.
Ensuite, la crise vient de ce qu'il y a tromperie sur cette marchandise qu'est
la République : nous avons appris qu'il n'y était question ni de couleur ni de
race, mais d'égalité. Or deux siècles après, nous découvrons que l'égalité
reste à construire.
Des solutions exorbitantes du droit commun sont proposées, et acceptées, pour
résorber le chômage - deux fois plus élevé que la moyenne nationale - ou
repenser l'urbanisation dans ces quartiers. Mais ce même traitement utilisé
pour réduire le taux de chômage outre-mer - quatre fois supérieur à cette
moyenne - rencontre les plus vives réticences. C'est l'enseignement que je
tire de nos débats sur le vote du projet de loi de finances pour 2006 et de
l'adoption de l'article 61.
D'aucuns voient là des niches sans chiens : au sein de cette assemblée, y
compris dans les rangs de l'UMP, l'égalité ne recouvre pas la même chose,
selon que l'on vit outre-mer ou en métropole.
Mme Christiane Taubira - Tiens donc !
M. Mansour Kamardine - Souffrez, chers collègues, d'apprendre que
l'outre-mer ne coûte pas plus à la France qu'une autre région de métropole :
elle participe au rayonnement de la France et sans elle, notre pays ne serait
pas cette puissance mondiale présente sur tous les continents. Souffrez que
nous évoquions alors la nécessaire égalité entre enfants de la République,
quelle que soit la latitude sous laquelle ils vivent.
M. Gérard Grignon - Très bien !
M. Mansour Kamardine - Souffrez que je vous dise que nous ne sommes pas
là pour mendier mais pour réclamer, à défaut de l'égalité, la solidarité. Le
débat d'hier a opposé deux républiques : celle des calculs et celle du rêve,
que votre projet de budget incarne.
Mme Christiane Taubira - Quel bonheur...
M. Mansour Kamardine - Je le voterai car il poursuit le triple objectif
républicain de soutien à l'emploi, de lutte contre les exclusions et de
rattrapage du retard structurel. Je voudrais, Monsieur le ministre, vous faire
partager l'ambition que je nourris pour Mayotte. Nous devons d'ici à 2007
rendre irréversible la marche vers la départementalisation, réclamée depuis
bientôt cinquante ans. C'est pourquoi je regrette que le projet de loi sur
l'outre-mer, qui doit en constituer la rampe de lancement, tarde à venir en
débat.
Le principe d'identité législative devra être accompagné par des efforts de
remise à niveau économique et social. Cela suppose de renforcer le fonds de
péréquation et le fonds de rattrapage pour améliorer les moyens budgétaires
des communes mahoraises, de redynamiser le processus d'intégration dans la
fonction publique et de tirer les conséquences du rapport de l'IGAS de mars
2004.
Nous devons également reconsidérer la politique de la ville : il est temps de
constituer une nouvelle société d'économie mixte au côté de la SIM afin de
résorber l'habitat insalubre et d'offrir un meilleur cadre de vie. S'agissant
de notre développement économique, nous regrettons le retard pris dans la
réalisation des études de la piste aéroportuaire et de l'aérogare de Pamandzi,
clés de notre désenclavement. Il convient également de lutter contre la
fracture numérique. Enfin, l'avenir de Mayotte s'inscrit en Europe. C'est le
sens que nous donnons à notre candidature aux régions ultra-périphériques.
Mayotte aspire à la dignité et ne veut rien quémander. Elle veut offrir à
chacun des enfants de la République qui y résident la possibilité de
construire leur avenir par le travail.
M. Bernard Accoyer - Très bien !
M. Mansour Kamardine - Permettez-moi de remercier la représentation
nationale d'avoir bien voulu se saisir de la question de l'immigration
clandestine qui sape tous les efforts de développement entrepris. La mission
d'information se rendra sur place du 12 au 16 décembre : je souhaite la
bienvenue à nos collègues sur ce territoire qui, depuis 1841, porte très haut
les couleurs de la France.
(...)
M. Jean-Claude Lefort - Le problème de l'immigration à Mayotte pose des
questions lourdes de sens et appelle des réponses. Le 17 septembre dernier,
Monsieur le ministre, vous évoquiez une remise en cause du droit du sol à
Mayotte, pour la plus grande joie des moins fréquentables de nos hommes
politiques.
A des situations très différentes les unes des autres - demandeurs d'asile,
travailleurs irréguliers,... - vous répondez par la réforme de l'accès à la
nationalité. La question de l'immigration irrégulière saurait pourtant être
résolue par la remise en cause des règles d'acquisition de la nationalité
française, de l'exercice du droit d'asile ou du regroupement familial.
Personne ne nie les problèmes rencontrés par Mayotte mais y répondre ainsi ne
peut que créer une vive et légitime émotion.
Reste surtout à condamner les passeurs et autres employeurs mahorais...
M. Mansour Kamardine - Les passeurs ne sont pas mahorais !
M. Jean-Claude Lefort - ...qui violent les lois. Comment croire que notre
appareil juridique n'est pas efficace sur ce territoire qui est de la taille
de l'île d'Oléron ? Déroger aux lois de la France sur un sujet d'une si haute
importance, voilà un paradoxe qui n'est pas mince pour quiconque considère que
la « République est une et indivisible » !
L'on ne peut dresser un mur entre Comoriens et Mahorais, qui entretiennent de
nombreuses relations du fait de l'histoire particulière de la zone, sauf à
flirter avec un nationalisme malsain !
Par ailleurs, le problème de l'immigration clandestine à Mayotte est lié à la
situation exsangue de la République islamique des Comores, due à la gestion
désastreuse du président Ansoumani Azali. Or, à quelques semaines des
élections présidentielles, M. Sarkozy expulse des milliers de personnes de
Mayotte vers Anjouan, ville d'origine du candidat le plus sérieux à la
présidence des Comores. Veut-on que se développe un climat anti-français dans
cette région? Tout cela est dangereux de même que la menace du Président Azali
de ne pas organiser les élections présidentielles à Anjouan au mépris de la
Constitution. Si cela devait se préciser, cela déstabiliserait encore un peu
plus la région.
Monsieur le ministre, la remise en cause du droit du sol est aujourd'hui de
l'ordre de l'hypothèse et vous attendez le résultat des travaux de la mission
parlementaire pour trancher. En tant que républicain, je souhaite que nous
apportions à ce problème une réponse claire et rigoureuse, en même temps
qu'humaine. D'autant que notre Constitution, en son article 73, exclut
expressément pour les territoires ultramarins toute dérogation en matière de
nationalité, de libertés publiques, de justice et d'ordre public.
M. le Ministre - Les questions d'accès à la nationalité française
relèvent, non de l'article 73, mais de l'article 74 de la Constitution.
J'ai voulu lancer ce débat sur l'immigration irrégulière dans un esprit de
responsabilité. En tant que ministre de l'outre-mer, je me dois de relayer les
inquiétudes des parlementaires ultramarins qui vont augmentant à mesure que la
situation se durcit.
Affirmer qu'il est inconstitutionnel d'adapter notre droit outre-mer est faux
puisque c'est la raison pour laquelle nous avons modifié la Constitution en
2003. M. Kamardine, ancien bâtonnier du barreau de Mayotte, avocat et juriste
de formation, vous le confirmera. Nier cela, c'est oublier les avancées de ces
dernières années, dont la loi programme pour l'outre-mer qui permet des
dérogations au droit commun en matière de fiscalité et de continuité
territoriale.
M. Victorin Lurel - Ce n'est pas sur le même plan !
M. le Ministre - La jurisprudence du Conseil constitutionnel a d'ailleurs
été constante depuis 1993 sur ce point.
Ajoutons que Mme Guigou avait déjà par ordonnance restreint les conditions
d'accès à la nationalité française à Mayotte.
M. Victorin Lurel - Ce n'était pas Mme Guigou mais M. Méhaignerie !
M. le Ministre - De même, la polygamie, à laquelle il a été fait allusion
récemment, n'est interdite à Mayotte que depuis... le 1er janvier
de cette année. Bref, déroger au droit commun outre-mer est possible. Je lance
le débat sans trancher la question.
La mission parlementaire sous l'autorité de la commission des lois doit
pleinement prendre la mesure de la réalité. Selon les chiffres, sujets à
caution, il y aurait 60 000 clandestins sur 160 000 habitants. Chiffre moins
contestable : les 8 000 naissances de la célèbre maternité de Mamoudzou, la
plus active de France. Cette question doit d'abord être envisagée avec un
regard humain. Je suis pleinement conscient que des mesures répressives ne
suffiront pas et qu'il nous faudra également renforcer notre aide au
développement. Dans cette région, Mayotte représente un eldorado mais l'île ne
peut plus accueillir de clandestins. Si nous n'agissons pas, la cohésion
sociale, et partant, l'attachement à la France seront durablement menacés
(Applaudissements sur les bancs du groupe UMP).
M. Mansour Kamardine - Je veux d'abord, au nom de la représentation
nationale, adresser des vœux de prompt rétablissement à M. Mariette,
actuellement souffrant.
Mme Christiane Taubira - Je pense également à lui, mais cette intervention
est-elle nécessaire ?
M. Mansour Kamardine - Monsieur Lefort, je vous remercie de votre intérêt
pour la question de l'immigration clandestine à Mayotte. Comme l'a dit le
ministre, si rien n'est fait, ce sont les fondements mêmes de la société
mahoraise qui seront ébranlés. Mon cœur, comme le votre, bat à gauche et il
est gros comme une patate mais nous ne pouvons accueillir les autres que
lorsqu'il est possible de le faire. Si vous accueilliez chez vous autant de
clandestins que nous, comment réagiriez-vous ? L'immigration clandestine a un
coût que les contribuables français supportent souvent en rechignant. La
densité à Mayotte, l'une des plus élevées de France, est de 450 habitants au
kilomètre carré ! Aujourd'hui, Mamoudzou compte plus de clandestins que de
Français ! Aucun parlementaire ne peut accepter cette situation. Les chiffres
qui ont été cités proviennent de l'INSEE, ils sont donc dignes de foi. Par
ailleurs, émettre des jugements dans cet hémicycle sur la politique de
M. Azali, qu'ils soient favorables ou défavorables, est malvenu.
Monsieur le ministre, deux questions.
Premièrement, l'emploi. A Mayotte, 40 % de la population sont au chômage et
60 % ont moins de 20 ans. Il faut créer les conditions de l'emploi. En
métropole, quand le taux de chômage franchit la barre symbolique des 10 %, les
Français trouvent cela insupportable et choisissent de changer de majorité. A
Mayotte, le taux de chômage est quatre fois supérieur ! Mayotte a toujours
refusé l'assistanat, raison pour laquelle nous n'avons pas bénéficié du RMI
pendant longtemps. L'Etat est-il prêt à aider Mayotte à retrouver le chemin de
l'emploi et de la dignité par le travail ?
Deuxièmement, le régime des bourses applicable à Mayotte. Si nous voulons
assurer l'égalité des chances - rappelons le fort taux de chômage, le SMIC à
647 euros, niveau de sécurité sociale moindre -, peut-être conviendrait-il de
modifier le régime des bourses, inchangé depuis 1987.
Pouvez-vous dire à la jeunesse mahoraise qui nous regarde ce soir si le
Gouvernement est disposé à accepter mon amendement en vue de lui ouvrir
progressivement le bénéfice des bourses ?
M. le Président - Le groupe UMP ayant fait savoir en début de séance
qu'il souhaitait inscrire un orateur supplémentaire pour poser deux questions,
notre Règlement est parfaitement respecté et les temps de paroles des
différents groupes sont soigneusement comptabilisés. Le groupe socialiste a
consommé l'intégralité de son temps de parole. Les choses sont donc très
claires. (M. Victorin Lurel et Mme Huguette Bello protestent)
M. Victorin Lurel - Nous ferons tout à l'heure un rappel au Règlement !
M. le Président - Libre à vous. Pour ma part, j'applique le Règlement.
M. le ministre va répondre à M. Kamardine.
M. le Ministre - Dans le cadre de l'application de la loi programme pour
l'outre-mer, je suis favorable à l'introduction à Mayotte d'un régime
d'exonération des charges sociales analogue à celui des DOM et de
Saint-Pierre-et-Miquelon. Il faudra cependant prendre le temps d'évaluer
l'impact d'une telle réforme sur l'organisation de la protection sociale à
Mayotte. Il me semble donc prématuré de légiférer en ce sens par la voie d'un
amendement parlementaire. Sur le principe, je suis prêt à m'engager dans cette
voie.
S'agissant des bourses, je vais me rapprocher de M. de Robien pour envisager
le moyen le mieux adapté de mettre en place une extension à Mayotte dans un
délai raisonnable. Nous devons travailler de manière rigoureuse et je serais
heureux que vous y participiez. Il conviendra notamment de définir l'enveloppe
budgétaire permettant de répondre à votre souhait. Ici encore, cela requiert
qu'on se donne un peu de temps.
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