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Politique

Badjanani : la longue nuit des militaires en cagoules

 Des éléments armés et cagoulés de la force publique ont investi les ruelles du quartier de Badjanani à Moroni dans la soirée du mercredi 19 janvier, et passé à tabac tout ce qui pouvait ressembler à un jeune du quartier.

Un jeune commerçant qui a eu la malchance de refuser l’ordre de fermer sa boutique a eu droit à une bombe lacrymogène projetée à l’intérieur par les hommes en cagoule qui ont ensuite fermé les deux ballants de sa porte pour que le gaz produise plus d’effet.

Pour une histoire de...

Un autre jeune âgé de 22 ans est physiquement malmené dans l’enceinte de la mosquée et se trouve actuellement hospitalisé à. l’hôpital El-Marouf, avec une clavicule brisée. Plus de huit personnes sont blessées dont des notables de la ville se trouvant dans des mosquées. C’est dire la violence des ces actes barbares.

Mais que s’est il passé exactement, comment et pourquoi en est-on arrivé à ce drame du mercredi soir ?

Tout a commencé dans la nuit du samedi 15 janvier, lorsqu’un véhicule de patrouille banalisé s’arrête aux abords du jet d’eau de la place de Badjanani. Un militaire en civil qui, selon des sources concordantes, soupçonnait un jeune du quartier de lui disputer les gentillesses d’une jeune femme, descend du véhicule avec sa troupe pour intimider les jeunes se trouvant sur la place. Ignorant qu’ils avaient affaire à des militaires, les jeunes ont tenté de réagir pour défendre leur copain, au point qu’il aurait fallu de peu pour en venir aux mains.

Et c’est à cet instant précis, que l’un des militaires en civil et à visage découvert a brandi son pistolet, sommant les gamins de monter à bord du véhicule. Les jeunes se laissent embarquer sans résistance, vers le camp militaire de Mdé où ils sont passés à tabac le soir et libérés au petit matin, sans enquête ni procès.

Mais les jeunes sont tellement habitués à ce genre d’altercations qu’ils ont finis par s’en accommoder. Au courant de la semaine, des jeunes reconnaissent un de leurs tortionnaires se baladant en civil avec un ami.

Ils se sont vengés en le rouant de coup, sachant très bien que le militaire ne pouvait agir dans la légalité, les arrêter ou les conduire à la gendarmerie. Et le soir des hommes en cagoule descendent dans le quartier pour exercer leur forfait, assurés de l’impunité qu’ils ont souvent l’habitude de bénéficier pour ce genre de bavures.

Les habitants du quartier ont vécu une nuit d’angoisse, ne sachant pas très bien qui est blessé, comment et pour quel motif.

Ce genre d’actions sont monnaie courante et les quartiers de la capitale ont été victimes à maintes reprises de ces descentes nocturnes de militaires en cagoule, sans éveiller la curiosité de la justice, ou des chefs de l’armée. L’impunité dont a toujours bénéficié ces hommes en cagoule contribue, sans doute, à encourager ces escadrons de la nuit.

L’on se rappelle, en effet, que sous le régime Taki, le quartier de Magoudjou avait été investi à minuit, des maisons avaient saccagées et les jeunes torturés, certains gravement blessés. Badjanani avait subi le même sort sous le même régime lorsque un technicien de l’aviation civile, Cheikh Ahmed, a eu les dents arrachés sous la torture. Aujourd’hui encore, le même forfait se produit, et les personnes sont clairement identifiées.

Mettre fin à l’impunité

Ce sont les mêmes qui ont procédé aux arrestations et internés ces jeunes dans le camp militaire. A moins que dans ce camp, on peut entrer et sortir, arrêter et torturer, sans décliner son identité, et ça serait encore plus grave.

Si avant, ces escadrons pouvaient partager la responsabilité avec les autorités politiques, aujourd’hui, elle partage doublement celle responsabilité. N’oublions pas que depuis le 30 avril dernier c’est l’institution militaire qui préside aux destinées du pays.

Un groupe de citoyens de la ville s’est immédiatement constitué pour apaiser la tension des jeunes, et surtout saisir les plus hautes autorités civiles et militaires afin qu’elles prennent leur responsabilité devant le risque d’escalade d'une violence urbaine qui prend des allures inquiétantes.

Une violence qui semble, dans le cas d’espèce, être le fait d’un groupe de militaires opérant en justiciers pour ne pas dire l’oeuvre d’une bande de délinquants.

Il a été signifié à la délégation qu’une enquête a été ouverte pour vérifier les faits et établir les niveaux de responsabilité. Selon le Directeur de cabinet à la présidence chargé de la défense, toute la lumière sera faite et, qu’en ce qui le concerne il prendra toutes les dispositions nécessaires pour assurer la sécurité de la ville et de ses habitants, dès lors que cela entre dans les missions de la force publique.

Reste à savoir si la hiérarchie militaire sanctionnera les éléments de celle force publique qui ont agi au mépris de la loi et de la discipline militaire.