Un jeune commerçant qui a eu la malchance de refuser lordre de
fermer sa boutique a eu droit à une bombe lacrymogène projetée à lintérieur par
les hommes en cagoule qui ont ensuite fermé les deux ballants de sa porte pour que le gaz
produise plus deffet.
Un autre jeune âgé de 22 ans est physiquement malmené dans
lenceinte de la mosquée et se trouve actuellement hospitalisé à. lhôpital
El-Marouf, avec une clavicule brisée. Plus de huit personnes sont blessées dont des
notables de la ville se trouvant dans des mosquées. Cest dire la violence des ces
actes barbares.
Mais que sest il passé exactement, comment et pourquoi en est-on
arrivé à ce drame du mercredi soir ?
Tout a commencé dans la nuit du samedi 15 janvier, lorsquun
véhicule de patrouille banalisé sarrête aux abords du jet deau de la place
de Badjanani. Un militaire en civil qui, selon des sources concordantes, soupçonnait un
jeune du quartier de lui disputer les gentillesses dune jeune femme, descend du
véhicule avec sa troupe pour intimider les jeunes se trouvant sur la place. Ignorant
quils avaient affaire à des militaires, les jeunes ont tenté de réagir pour
défendre leur copain, au point quil aurait fallu de peu pour en venir aux mains.
Et cest à cet instant précis, que lun des militaires en
civil et à visage découvert a brandi son pistolet, sommant les gamins de monter à bord
du véhicule. Les jeunes se laissent embarquer sans résistance, vers le camp militaire de
Mdé où ils sont passés à tabac le soir et libérés au petit matin, sans enquête ni
procès.
Mais les jeunes sont tellement habitués à ce genre
daltercations quils ont finis par sen accommoder. Au courant de la
semaine, des jeunes reconnaissent un de leurs tortionnaires se baladant en civil avec un
ami.
Ils se sont vengés en le rouant de coup, sachant très bien que le
militaire ne pouvait agir dans la légalité, les arrêter ou les conduire à la
gendarmerie. Et le soir des hommes en cagoule descendent dans le quartier pour exercer
leur forfait, assurés de limpunité quils ont souvent lhabitude de
bénéficier pour ce genre de bavures.
Les habitants du quartier ont vécu une nuit dangoisse, ne
sachant pas très bien qui est blessé, comment et pour quel motif.
Ce genre dactions sont monnaie courante et les quartiers de la
capitale ont été victimes à maintes reprises de ces descentes nocturnes de militaires
en cagoule, sans éveiller la curiosité de la justice, ou des chefs de larmée.
Limpunité dont a toujours bénéficié ces hommes en cagoule contribue, sans doute,
à encourager ces escadrons de la nuit.
Lon se rappelle, en effet, que sous le régime Taki, le quartier
de Magoudjou avait été investi à minuit, des maisons avaient saccagées et les jeunes
torturés, certains gravement blessés. Badjanani avait subi le même sort sous le même
régime lorsque un technicien de laviation civile, Cheikh Ahmed, a eu les dents
arrachés sous la torture. Aujourdhui encore, le même forfait se produit, et les
personnes sont clairement identifiées.
Ce sont les mêmes qui ont procédé aux arrestations et internés ces jeunes dans
le camp militaire. A moins que dans ce camp, on peut entrer et sortir, arrêter et
torturer, sans décliner son identité, et ça serait encore plus grave.
Si avant, ces escadrons pouvaient partager la
responsabilité avec les
autorités politiques, aujourdhui, elle partage doublement celle responsabilité.
Noublions pas que depuis le 30 avril dernier cest linstitution militaire
qui préside aux destinées du pays.
Un groupe de citoyens de la ville s’est immédiatement
constitué pour apaiser la tension des jeunes, et surtout saisir les plus
hautes autorités civiles et militaires afin qu’elles prennent leur
responsabilité devant le risque
descalade d'une violence urbaine qui prend des allures inquiétantes.
Une violence qui semble, dans le cas despèce, être le fait
dun groupe de militaires opérant en justiciers pour ne pas dire loeuvre
dune bande de délinquants.
Il a été signifié à la délégation quune enquête a été
ouverte pour vérifier les faits et établir les niveaux de responsabilité. Selon le
Directeur de cabinet à la présidence chargé de la défense, toute la lumière sera
faite et, quen ce qui le concerne il prendra toutes les dispositions nécessaires
pour assurer la sécurité de la ville et de ses habitants, dès lors que cela entre dans
les missions de la force publique.
Reste à savoir si la hiérarchie militaire sanctionnera les éléments
de celle force publique qui ont agi au mépris de la loi et de la discipline militaire.