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CESSONS DE JOUER AVEC L'AVENIR DES COMORES !

littoral

    Le GRDC, exprime son extrême déception et sa grande inquiétude suite aux deux missions de médiation qui viennent de s'enchaîner aux Comores dans la semaine du 8 au 16 février 99 et aux récents agissements des différents acteurs de la scène politique comorienne.

Il avait indiqué à l'OUA, après le communiqué du 29/01/99 faisant suite à la réunion de Pretoria, qu'il regrettait l'absence de décision concrète lors de cette rencontre, particulièrement en matière de désarmement. Espérant encore se tromper, il attendait une intervention plus significative de la volonté de résoudre réellement la crise comorienne. Aujourd'hui, après la mission de l'O.U.A dans les trois îles de la RFIC, le GRDC a constaté chez les membres de cette mission une certaine tendance à minimiser les conflits de pouvoir qui animent et divisent Anjouan. Bien que les péripéties de leurs visites à Anjouan leur aient permis de mesurer directement les tensions sur place et les entraves constantes à la liberté de circuler, le communiqué de presse du 13 février n'engage pas à penser que le processus de désarmement indispensable au retour de la liberté d'expression et au dialogue est en route. Nous notons par exemple les propos d'un optimisme béat des délégués malgaches : " il ne subsiste aucun problème majeur qui puisse empêcher la tenue de la conférence inter îles, sur laquelle toutes les entités que nous avons contactées sont d’accord " rapportés dans l’Express de Madagascar. Encore une fois, le langage diplomatique triomphe et l'on se félicite d'avancées qui ne sont pourtant aucunement des garanties pour l'avenir. Encore une fois l'appui sur des tendances du séparatisme révèle les limites du processus en cours.

D'autre part, le GRDC conteste la venue de Michel Rocard dans l'Archipel, particulièrement dans les circonstances présentes. Il lui semble que comme d'autres initiatives précédentes (intention de confier le dossier de la crise comorienne à M. Boutros Boutros Ghali, première visite de M. Rocard à l'époque présentée comme un point sur les initiatives financées par le FED, envoi de MM. Machuron et Amblard au moment des affrontements de décembre) cette visite est de nature à semer la confusion dans les esprits et à détruire l'impact de la mission de l'O.U.A.

Nous sommes sceptiques quant à la réelle collaboration de M. Rocard et de l'Union Européenne avec l'O.U.A. Les révélations de la Lettre de l'Océan Indien (13/02/99) concernant l'absence de concertation avec l'O.U.A et la perplexité de l'Ambassade de France à Moroni quant à l'accréditation de M. Rocard par l'Union Européenne, la réponse de M. Rocard lui-même à la question du journaliste de Radio Comores à sa descente d'avion le 14/02/99 ( "aider l'O.U.A., aider le gouvernement comorien ?" , M. Rocard répond : "aider tous les Comoriens à se mettre d'accord entre eux.") et le fait qu'il n'ait même pas rencontré les membres de la mission encore présente à Moroni, nous engagent à la plus grande prudence dans cette affaire.

Nous sommes convaincus que la visite d'un français, fût-il réellement mandaté par l'Union Européenne, n'est pas de nature à encourager un discours de vérité à Anjouan. Nous savons, depuis le début de cette crise que, dans l'esprit de la population, toute intervention de cet ordre est immédiatement réduite à l'idée d'un cautionnement de la France au séparatisme. Nous ne voudrions pas aller jusqu'à penser que cette visite pourrait s'inscrire comme une réponse favorable à la demande de Fundi Abdallah Ibrahim d'une intervention de "français de souche, de blancs". Nous n'osons imaginer que c'est la conscience d'une aura de ce type qui fait dire à Michel Rocard qu'il est un "facilitateur utile" et qui lui fait prétendre "je vous connais un peu mieux que l'OUA ne le fait" (seconde interview ). Pourtant c'est mal connaître le terrain anjouanais que de croire que ce n'est pas cet impact là que produit une telle visite. D'ailleurs les résultats sur le terrain sont clairs : pour les séparatistes de la tendance Chamassi, l'indépendance est acquise, il faut préparer les législatives et c'est ce qui se fait d'ailleurs actuellement à Mirontsi où le chef des embargos déclare que, depuis le discours de M. Rocard à Sima, c'est la première fois que la France a reconnu l'indépendance d'Anjouan. Dans l'autre camp, la satisfaction est grande là aussi : l'essentiel n'est-il pas d'exister et de pouvoir proposer une structure pour les Comores de demain qui s'appuie sur une conception "séparatiste" de la nation ? Chacun considère donc qu'il a été entendu et qu'il peut impunément continuer à manipuler la population et à tenir l'île en otage. D'ailleurs, si l'idée d'une récupération des armes commençait à poindre après la visite de l'O.U.A., particulièrement à Mutsamudu, la visite de M. Rocard a, selon certains, coupé court à cette initiative.

Le GRDC note, qui plus est, à travers les interviews diffusées sur RFO Mayotte, qui sont d'ailleurs les seuls échos pour le moins informels dont l'opinion peut disposer, une méconnaissance complète de la situation comorienne. Nous avions relevé en décembre 98 cette affirmation parfaitement contestable et de nature à encourager les séparatistes dans leurs analyses pernicieuses : "Il ne nous a pas échappé que la raison [de la crise anjouanaise] avait été depuis longtemps, un impérialisme, un goût du pouvoir central de la Grande Comore qui prélevait plus que sa part dans les recettes fiscales sur les exportations [sic] de l'ensemble de l'Archipel et qui traitait très mal l'île d'Anjouan. D'où une colère…"(RFO.Paris. Diffusion sur Mayotte le 11/12/99). Aujourd'hui nous remarquons certaines zones très floues : la "visite d'amitié", l'"aide à tous les Comoriens" (interview du 14/02/99) qui ne se veut donc ni soutien au gouvernement comorien ni soutien à l'O.U.A dont M. Rocard parlera pourtant plus tard dans l'interview précédant son départ, interview dans laquelle il affichera aussi une certaine prétention à la réussite dans un processus dont on ne peut rien révéler sous peine de le "faire sauter", une satisfaction à croire que le fait d'obtenir des deux directoires qu'ils "se contactent l'un l'autre et commencent à discuter ensemble d'une réunification " peut être une première victoire.

Malheureusement le GRDC ne peut se rassurer au spectacle des divisions qui touchent la classe politique comorienne. Déjà en partie responsable devant l'Histoire de la récupération de la juste révolte populaire par l'inacceptable courant séparatiste, elle continue dans un moment capital pour l'avenir des Comores à se perdre dans les luttes de pouvoir mesquines et à exploiter sans vergogne les faiblesses des consciences, au mépris de tout respect pour la nation comorienne. Alors que l'existence de cette nation est en jeu, il faut encore entendre parler de tentative de putsch, retrouver la thématique du Président "fuyant avec l'argent ", voir signer des motions de censure du gouvernement, se perdre dans la problématique du pacte ; comme si c'était une fatalité, les politiques continuent à se discréditer auprès de la population qui n'en peut plus et le temps passe tandis que d'autres s'arrogent le droit de décider pour tous les Comoriens. Certains, comme le PRC allié avec Mradabi, prétendent proposer des solutions qui présentent les relents des idées de haine et d'exclusion qu'ils instillent en sous main à des masses fragilisées par les déséquilibres et les tensions nés de la crise et ce plus particulièrement depuis décembre 98. D'autres comme le Forum, au-delà des efforts qu'ils semblent fournir, ne révèlent pas précisément leur projet, ne mesurent peut-être pas non plus la nature des forces sur lesquelles ils espèrent s'appuyer à Anjouan en particulier. C’est l’impression qu’a pu donner l’intervention extrêmement confiante d’Abbas Youssouf, au cours de son séjour en France, prédisant le règlement de la crise anjouanaise dans un délai de deux mois. La classe politique comorienne est absente ou en situation d'imposture face au grand débat sur la nation comorienne de demain. Quant au gouvernement, il faut bien reconnaître que sa tâche est complexe et qu'il vacille au gré des coups de ses adversaires et des bons conseils des différents intervenants extérieurs : on aura entendu dans la bouche de son porte-parole des propos tantôt fermes et de bon augure, tantôt curieusement optimistes et oublieux des exigences passées. Bref, le constat est terrible, mais il ne peut manquer d'être fait car il est là.

Et c'est bien là le principal sujet d'inquiétude du GRDC qui voit dans l'enchaînement de toutes ces erreurs et de ces manœuvres une mise en cause de la tenue d'une vraie conférence nationale.

Nous nous acheminons vers un replâtrage qui permettra de créer l'illusion d'une solution. Dans l’esprit de beaucoup, il s’agit de permettre aux uns et aux autres de trouver leur compte dans cette rencontre. L’idéologie séparatiste, comme une fatalité, inspire tous les projets qui circulent fondant l’avenir des Comores sur leurs handicaps qui seront ainsi décuplés sans qu’aucun des vrais problèmes ne soit résolu. Les Comores verront alors une nouvelle répétition de leur Histoire qui a déjà permis en 24 ans la mise en place de x constitutions qui n'ont jamais été respectées ; mais il y a fort à parier que le résultat sera plus tragique encore.

Pourtant, il existe dans ce pays et à l’extérieur bien des groupes et bien des gens qui se refusent à toute composition avec ce qui pourrait toucher de près ou de loin le séparatisme. Nous sommes obligés de rappeler que la situation qui est faite à tous ceux qui sont encore à Anjouan leur interdit de s’exprimer. Il n’est donc pas juste de vouloir croire que tous les Anjouanais sont partisans des thèses défendues par l’un ou l’autre des "directoires " et qu’il s’agit simplement, comme le pense M. Rocard, de réconcilier les deux factions. La démocratie n’a jamais existé à Anjouan depuis le début des événements et encore aujourd’hui ceux qui voudraient s’y rendre pour y faire prévaloir de nouvelles idées y sont interdits de séjour.

Le GRDC refuse toute reconstruction fondée sur une conception ethniste de l’espace comorien, non seulement parce qu’à l’aube de ce troisième millénaire un tel fonctionnement est idéologiquement inacceptable et concrètement pervers (les tragédies mondiales le montrent) mais parce qu’il est parfaitement étranger à la situation comorienne. L’insularité peut être une force lorsqu’elle détermine un espace d’échanges, et c’est là la réalité historique et quotidienne des Comores, il n’est pas question d’en faire un handicap insurmontable. Le discours politique est en train d’instituer à travers des propos comme "chaque île doit avoir ses propres ressources " (M. Rocard), à travers l’idée de "citoyenneté "(PCR), avec la formule démagogique "pays comoriens " (Abdou Madi), une logique de l’enfermement qui ne peut conduire qu’à l’asphyxie et à l’exacerbation des conflits et des luttes de pouvoir.

Pour le GRDC il ne s’agit pas de flatter le désir d’exister des uns et des autres, mais de réinvestir l’insularité de valeurs nouvelles, fondée sur la circulation des richesses, des idées, des personnes. Des mesures doivent être prises en ce sens. Conçues dans le souci de la paix, appuyées sur une véritable équité dans la gestion, elles rechercheront un développement de l’Archipel dans une logique de complémentarité. Il est temps que tous les Comoriens comprennent qu’ils ne sont pas les plus malheureux du monde et que la vocation de leurs nouvelles structures ne sera pas de réussir au mieux dans une collecte de fonds qui finit par approcher de la mendicité et qui permet à certains comme M. Rocard de dire "c'est elle [l’Union Européenne] qui les maintient en vie déjà"(11/12/98).

Pour nous, il est inutile de chercher à tromper le peuple avec de nouveaux mots : il s’agit de conserver un Etat unitaire avec une autonomie large en termes de gestion administrative et financière et de créer les conditions d’une vraie décentralisation. Les structures ne sont que ce que les hommes en font, à partir du moment où on leur donne aussi les moyens de fonctionner. La mise en place d’un véritable Etat de droit et d’une justice indépendante seront les seules garanties pour que ces moyens puissent être dégagés. Aucun des "projets" actuellement à la une et tous ceux qui s’écarteront des logiques précitées, ne permettront de créer le développement attendu par le peuple, car tous seront coûteux et générateurs de luttes pour le pouvoir. Anjouan nous a montré où conduisent de telles logiques.

Pour nous, cette conférence doit s’appeler "conférence nationale " et générer la nouvelle nation comorienne. Même s’il faut du temps pour donner corps à cette notion, il n’est pas question d’y renoncer. Pourquoi reprocher aux Comores d’avoir échouer en 24 ans dans ce qui a pris à d’autres plusieurs siècles ?

Dans les circonstances présentes, le GRDC renouvelle son refus de toute conciliation avec les séparatistes. Prendre parole avec eux c’est leur permettre de recouvrer une certaine légitimité et de développer de nouveaux mensonges. Il serait vain de faire croire que dans cette crise il ne saurait y avoir de vainqueurs et de vaincus. Pour nous, le peuple comorien doit être le seul vainqueur et son seul espoir réside dans la nation comorienne même si d’autres ont voulu le persuader du contraire.

Nous rappelons encore une fois, les préalables incontournables pour la tenue d’une vraie conférence, au sens où nous l’entendons.

  • désarmer toutes les milices dans une opération de sécurisation menée par des forces extérieures sous l'égide de l'O.U.A.
  • mettre en place une réconciliation à l'échelle de l'île d'Anjouan qui sera menée par des hommes nouveaux qui n'auront à aucun moment cautionné le séparatisme et qui auront su se tenir loin des scandales politiques.
  • concevoir la Conférence nationale avec des participants capables de prendre en compte les aspirations de la population et non avec des séparatistes sans légitimité et réconciliés pour l'occasion.

Tous les Comoriens et en particulier les hommes politiques doivent se considérer comme des acteurs dans la résolution de cette crise. Mais le gouvernement comorien est aussi pleinement responsable de ce qui adviendra dans les prochains mois ; il est donc pour nous impératif qu'il œuvre, en collaboration avec l’O.U.A., pour la mise en place de la force de sécurisation que nous préconisons. Nous demandons aux instances internationales de ne pas perdre de vue que l’équilibre d’une région est à long terme en cause dans cette crise. Et nous osons espérer aussi que certains n’envisagent pas de régler à travers leurs "projets" de "reconstruction" la douloureuse question de Mayotte. Ce n’est pas ainsi que l’on peut croire réparer ce qui n’a cessé d’être une erreur tragique pour les Comores et reste une des causes de la crise actuelle.

La perspective du chaos est proche : un langage clair et des mesures radicales s'imposent. Faute de cela, l'avenir que les Comoriens et leurs partenaires préparent aux futures générations s'annonce fort sombre . D’ailleurs l’orage est déjà là : il gronde maintenant à Moroni.

LE GRDC

 

(26.02.1999)