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COMORES : UNE UNION A L’EPREUVE
par
SOULE Soulemane
Comment expliquer l’exception comorienne ? Où
chercher les causes profondes qui font que la nation comorienne est l’une
des plus étonnantes nations africaines ?
Etonnante par sa réputation qui est surtout bâtie sur les éternels
coups et tentatives de coups d’Etat ; autant en vingt six années
d’indépendance. Etonnante par le comportement de sa population qui, malgré
les diverses vicissitudes subies, destructrices socialement et économiquement,
résiste à l’adversité certes chaotique, mais elle résiste.
Pourtant tout semblait acquit, avec les élections passées dont le bal a été
ouvert le dimanche 23 décembre 2001. Bien qu’elles constituent un événement
de taille dans l’histoire de notre pays, ces élections revêtent avant tout
pour les Comoriens un signal d’urgence d’une réponse à leurs attentes et
préoccupations quotidiennes. Néanmoins, à la lumière des événements récents
tout semble indiquer que les autorités nouvellement conduites n’ont tiré
aucune leçon du passé. La faute à qui ? Comme d’habitude certains
diront aux grandes puissances et particulièrement la France pour son passé
soi-disant peu glorieux du colonialisme ! Pourtant, pendant cette ère
l’archipel disposait d’appareils d’Etat certes insuffisants ou
embryonnaires, mais efficients pour remplir ses missions régaliennes :
éducation, santé publique et sécurité…
Concomitamment à la liberté retrouvée en juillet 1975, est apparu un
laxisme dans la gestion et conduite des affaires publiques, soutenu par une
propension des dirigeants politiques à se préoccuper de leur sort personnel,
cela a conduit à la destruction de l’appareil de l’Etat.
Cette crise c’est d’abord, une crise de l’Etat,
cet Etat tracassin impuissant. Ensuite, une crise de la démocratie parce que
les politiques se voient comme des gens très haut et très distant des réalités
quotidiennes. Une crise plus profonde dans la mesure où on a beaucoup de mal
à dépasser les considérations partisanes et les intérêts catégoriels et
mercantiles pour reconstituer le sens de l’ouverture collectif. Il faut donc
que nous admettions d’assumer nos propres erreurs et de ne pas toujours les
imputer aux puissances extérieures.
Ainsi, le discrédit qui frappe les Comores depuis
une vingtaine d’années est avant tout d’ordre économique, mais sûrement
mal supputé dès le départ par nos dirigeants. Il est le désastreux résultat
des différentes politiques de développement esquissées par les
gouvernements successifs depuis l’indépendance. Plus particulièrement, la
recomposition du pays à partir de 1980 par l’avènement des gouvernorats
dans chaque île, adossé d’une large autonomie dans certains secteurs. Bien
qu’elle soit limitée, cette autonomie s’est traduite par l’arrivée
d’une nouvelle génération de dirigeants au sein des instances décisionnelles
de l’Etat, sans se préjuger de leurs compétences (cas des notables et des gens
proches « Wanahatru »), l’inadéquation de l’aide
internationale par rapport aux besoins réels et aux secteurs prioritaires à
forte création de valeur ajoutée ou encore le lancement de programmes
disproportionnés : tout ce laissé faire légendaire dont le pays a
toujours fait son credo a
contribué inlassablement à détruire le tissu économique et social par
l’abandon des domaines clés de développement que sont l’éducation, la
santé, l’agriculture et la modernisation des infrastructures électriques,
routières…. Ces pratiques ont abouti à l’affaiblissement de l’Etat et
de ses institutions et, le doute de la capacité de la classe politique à
s’adapter aux nouvelles exigences internationales et à répondre aux
besoins des résultats rapides exprimés par la population comorienne, s’est
vite installé. Or, l’histoire nous enseigne que les nouvelles puissances
montantes ne doivent rien au hasard, mais traduisent une farouche volonté
d’initiative, d’entreprendre, de suprématie et de compétences. Ce qui, a
sensiblement manqué aux Comoriens durant ces vingt
dernières années.
C’est n’est donc pas tout simplement un seul individu ou un clan
comme on l’entend ici et là, c’est bien toute une société qui est à
reconstruire. Cette reconstruction n’est possible que si l’on se pose
toutes les questions qui font mal. A commencer par une totale remise en cause
des structures politiques du pays dont les fondements même sont basés sur
une incohérence, en ce qui concerne leur positionnement politique. Une classe
politique vidée de sa substance par sa volatilité manifeste d’une part, et
d’autre part, par l’absence de véritables acteurs capables de se forger une
ligne directrice politique érigée sur un projet de société homogène et
solide.
Fatalement, le problème de partage des compétences,
sources de tracas aujourd’hui, constitue
encore une fois, un nouvel épisode dans les luttes fratricides qui déchirent
la société comorienne depuis 1997 pour ne pas remonter plus haut dans
l’histoire. Au lieu d’inculquer le sens de l’ouverture collectif, qui
constitue le facteur premier pour une jeune nation naissante, ce problème
reflète au contraire l’incapacité
des politiques à transcender les clivages politiciens pour déifier la volonté
exprimée par le peuple comorien.
D’ailleurs, ce conflit est à mon sens mal posé dans la mesure où il se résume
en un combat AZALI - EL BAK « cohabitation oblige », alors que
normalement celui-ci relève d’une portée nationale, compte tenu de l’étendu
et de la nature des pouvoirs que les uns et les autres doivent hériter.
Aussi, les procès d’intention ou encore la haine voire la méfiance entre
partisans et adversaires, font que toute prise de position conduit nécessairement
à nourrir ces tiraillements plutôt qu’à les calmer. Une chose est sûre :
cette question doit être vue et traitée d’une manière équitable à l’échelle
nationale. Et, les réflexions de type « tout ce qui se trouve à Grande
Comores appartient aux Grands comoriens et ainsi de suite » qui sont de
nature à cultiver un esprit d’indifférence entre le peuple et par la même,
à dépouiller l’Union tant souhaitée par tous de son contenu, ne doivent
pas avoir leur place dans le débat.
Avec ses carences à combler et ses qualités à corroborer, les institutions
nouvellement votées constituent pour leur juste valeur, des propositions
d’un véritable aggiornamento en matière de la gestion de la crise et de rétablissement
de la paix, en ce sens qu’elles sont issues d’un
consensus. Il convient donc de rejeter l’idée qu’à chaque fois
qu’il y a un obstacle, en changeant telle personne ou tel aspect, celui-ci
se trouvera réglé. Ce sont uniquement des postulats purement politiques ou
intellectuels. Ces institutions existent et sont votées, il faut juste
commencer par les acquiescer telles qu’elles sont et les perfectionner petit
à petit pour les accommoder avec le temps. Le processus de réconciliation
doit aller à son terme par la mise en place des parlements et des différentes
juridictions civiles et administratives. Toutefois, il est tout à fait
inopportun de considérer qu’une fois le parlement élu, une loi organique
comme prôné dans la constitution suffirait à résoudre à elle seule ce
problème, dans la mesure où l’on connaît les tohu-bohu politiques, voire
l’absence d’orientations et de positionnements politiques dans notre pays.
La solution à cette crise réside uniquement dans le
dialogue et la concertation, entre les différents acteurs de la vie publique,
du parlement en passant par la cour constitutionnelle, et des juridictions
civiles et administratives. Tout peut trouver une issue pour autant qu’on se
décide à la vouloir, ce dont pourquoi ces dirigeants ont été élus.
Lessivé par tant d’années de pouvoir autolytique plus intéressé par les
proches de la nomenklatura que par le bien-être de leur pays et concitoyens,
le peuple comorien rêve aujourd’hui d’avoir des leaders possédant une
vision et un courage de conduire les îles aux parfums vers une attractivité
pérenne plutôt que vers un retour aux périodes sombres. Un soir du 23 décembre
2001, le peuple comorien a exprimé sa volonté qui est celle de :
-
Partir du constat que la République Fédérale Islamique des Comores a
échoué et que la survie de la nation comorienne passe par l’Union
nouvellement constituée.
-
Admettre cette Union comme facteur structurant du bien-être et pour
cela avoir une clairvoyance à partir des institutions existantes.
-
Reconsidérer cette Union comme étant une nouvelle visibilité,
autrement dit, comme une capacité d’agir ensemble et non pas comme une
capacité de domination.
John Fitzgerald Kennedy avait expliqué à ses
concitoyens, je cite « Ne vous demandez pas ce que votre pays a fait
pour vous, pensez à ce que vous pouvez faire pour votre pays.»
Les Comores ont certainement besoin que chacun de ses
concitoyens et au premier chef les
politiques, lui donne un peu de lui-même.
SOULE Soulemane
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