Echos
Les Echos des autorités
 
Les Institutions
Les institutions
 
Partis Politiques
Les Partis Politiques
 
Opinions
Opinions diverses
 
 

 

Politique
Article paru dans "comores-infos" n°82 du 16 mars 2003
SOCIETE : 
 
Pousser les Comoriennes à briguer des sièges de député

Dans la perspective des prochaines élections des Assemblées des îles et de l'Union des Comores, le Réseau national femme et développement (RNFD) s'organise de façon à pouvoir pousser un nombre important de femmes à se battre pour entrer dans ces structures.

Le RNFD, qui est entré en pré-campagne depuis plusieurs semaines, ne cache pas que son but ultime est de susciter des vocations parmi les jeunes femmes afin de propulser certaines d'entre elles au cour de l'appareil d'Etat par le truchement des élections législatives, considérées de ce point de vue comme une opportunité à saisir.

De meeting en réunion, le Réseau va vers les Comoriennes de l'arrière-pays pour les sensibiliser sur les enjeux des consultations annoncées.

Mme Zahara Toyb, présidente du Réseau pour l'île de Ngazidja (Grande Comore), explique le sens de l'action de son organisation en ces termes: "on nous a trop utilisées par le passé comme des faire-valoir dans les campagnes électorales. Le temps est venu pour les femmes de prendre de vraies responsabilités politiques.

C'est ce qui permettra par exemple d'intéresser les décideurs sur les questions qui préoccupent particulièrement les femmes".

S'il est vrai que quelques femmes occupent des postes techniques, notamment dans les grands projets de développement, elles sont absentes du gouvernement de l'Union comorienne. Certes, Mme Moinaécha Cheikh assure les fonctions de Secrétaire général du gouvernement, mais elle doit sa position à une carrière de technocrate et ne représente aucune force politique.

De ce point de vue, "les Comores marchent à reculons", selon les leaders féminins. Il y a quelques années, l'élection de la première femme députée à Ouani, à Anjouan, en la personne de Mme Sittou Raghadati Mohamed, et sa nomination au gouvernement par le président Said Mohamed Djohar avaient pu laisser espérer une présence féminine plus effective sur la scène publique.

Mais l'éclaircie s'est estompée depuis, avec les événements politiques intervenues aux Comores ces dernières années. Zahara Toyb résume ainsi l'amertume des Comoriennes aujourd'hui: "vous avez vécu les élections des présidents. Ils ont tous prétendu vouloir défendre les intérêts des femmes. Aujourd'hui, vous voyez qu'on n'est même pas représentées dans les instances de décision".

Dans ses tournées à travers l'île de la Grande Comore, le Réseau femme et développement insiste lors de ses meetings sur la nécessité d'avoir des femmes au Parlement et au gouvernement.

L'une des missions qui devraient être assignées en priorité aux femmes qui entreront au Parlement c'est de faire adopter le projet de code de la famille. Ce document, qui est le fruit d'échanges et de recherches ayant duré plusieurs années, a été conçu comme la réponse aux problèmes les plus courants de la famille comorienne aujourd'hui: les enfants abandonnés par leur père divorcé, la vie conjugale, le divorce, etc.

Les leaders féminins ont toujours soutenu que beaucoup d'hommes aux Comores profitaient des facilités de la répudiation pour démissionner de leurs responsabilités de pères et de maris.

"Le divorce est inscrit dans la logique du mariage, il n'est pas une déviance. C'est un fait social intégré dans l'espace relationnel des réseaux de parenté et des communautés locales", explique l'un des plus grands spécialistes de la société comorienne, l'anthropologue Damir Ben Ali.

"Si partout un rituel du mariage a été imaginé riche de manifestions fastueuses étalées dans le temps, qui sont autant de mécanismes de production d'un patrimoine commun de symboles et de souvenirs destinés à agréger les deux familles, rien n'est a priori prévu pour promouvoir les relations affectives entre les époux", ajoute M. Ben Ali.

Cette propension des Comoriens à divorcer se traduit souvent par un abandon des enfants et ce, d'autant que dans la société comorienne matrilinéaire et matrilocale, les enfants appartiennent à la famille de leur mère.

Pour les leaders femmes, il est temps de mettre de l'ordre dans tout cela. Et si, comme elles l'espèrent, ce projet de code est adopté par le futur Parlement, alors les hommes divorcés seront contrains de verser une pension alimentaire à leurs enfants.

En outre, la pratique de la polygamie sera restreinte et les divorces ne seront valides que lorsqu'ils seront enregistrés au bureau d'un cadi. Ce serait autant de mini-révolutions de la famille dans le contexte comorien.

Un autre thème qui devrait mobiliser les éventuelles femmes députées c'est le placement des enfants. Une pratique bien ancrée aux Comores autorise que des familles aisées des villes aillent chercher des petites filles de familles pauvres de la campagne, théoriquement pour leur donner une éducation et leur apprendre à tenir une maison. Une fois arrivée dans les familles d'accueil, ces fillettes sont transformées en petites esclaves et bonnes à tout faire.

Si cette pratique a souvent suscité la désapprobation du bureau de l'Unicef à Moroni et inspiré une satire de l'un des plus grands observateurs de la société comorienne, le chanteur Salim Ali Amir, elle n'en est pas moins courante.

"Nous sommes contre les travaux des enfants. Nous demandons un peu d'humanité pour ces enfants", affirme la présidente du Réseau pour l'île de Ngazidja.

Pour mener ces combats et bien d'autres encore, le Réseau et les autres organisation féminines d'envergure poussent les femmes à entrer au Parlement, d'abord pour y croiser le fer avec les hommes politiques.

On imagine que cela demandera de la part de ces femmes beaucoup de ténacité compte tenu de leur éducation qui les prédispose, d'une manière générale, à accepter la tradition même si elle leur paraît injuste, et à se mettre toujours derrière les hommes pour être bien vues par la société.

Mme Amina cheikh, enseignante et militante féministe, demande aux femmes de balayer devant leur porte, car pour elle, les Comoriennes n'ont mis au point aucune stratégie en vue de gravir les échelons des partis politiques et devenir des décideurs politiques. Selon elle, ses compatriotes devraient donc se remettre en cause elles-mêmes avant de chercher des boucs émissaires.

Mme Zahara Toyb ne dit pas autre chose lorsqu'elle affirme: "je ne dis pas que ces problèmes viennent exclusivement des partis et des hommes politiques. Ils sont souvent le fait des femmes elles-mêmes. L'éducation reçue par les femmes fait qu'elles n'arrivent pas toujours à se déterminer et à se positionner".

De ce point de vue, la principale reforme devrait, semble-il, avoir pour champ d'action l'éducation des filles comoriennes depuis leur plus jeune âge.

Par Ali Moindjié
Correspondant de la PANA – 8/3/03