Echos
Les Echos des autorités
 
Les Institutions
Les institutions
 
Partis Politiques
Les Partis Politiques
 
Opinions
Opinions diverses
 
 

 

Politique

La France et nous :
silence des uns, complicité des autres

Par Syrus Ila Rima

avion.jpg (46320 octets) De son empire, la France ne conserve plus aujourd'hui que les vieilles colonies, souvent sans intérêts que touristique, et qui servent de stations de lancement des satellites, ou de terrain d’expérimentations des armes nucléaires interdites à réaliser sur un sol européen. Ces pays sont devenus collectivités territoriales : Guyane, Guadeloupe, Martinique, Réunion, Nouvelle-Calédonie, Polynésie française, Wallis et Futuna et Saint-Pierre-et-Miquelon, auxquelles se greffe Mayotte que la France est obligé tous les ans d’essuyer les résolutions de l’ONU, de l’OUA et de la ligue des Etats arabes pour avoir foulé au pied au grand jour le droit international et la charte qui fonde l’ONU.

Le passé colonial français continue toujours à la veille de l’an 2000 à marquer sa politique extérieure. Elle garde jalousement des liens économiques et culturels en inventant des espaces plus désuets qu’inutiles comme l’espace francophone imaginé pour maintenir une présence dans ses anciennes possessions (même si nos étudiants ne bénéficient plus d’inscriptions au même titre que les autres pays) . A l’opposé du Commonwealth, association d'États réunis librement par leur allégeance à la Couronne britannique et qui réunit 51 nations souveraines et plusieurs territoires dépendants, la francophonie est un espace flou et sans contour.

Par contre, les relations entre la Grande-Bretagne et les autres pays membres du Commonwealth sont suivis par le Bureau des Affaires étrangères et du Commonwealth, qui a son siège à Londres, et par le ministère des Affaires étrangères des Etats membres. Les pays membres échangent des ambassadeurs et le secrétariat au Commonwealth, sert de réseau de transmission des informations et donne son concours aux agences existantes pour promouvoir la coopération.

Si le Commonwealth n'est doté d'aucun organe politique, des consultations politiques officielles ont lieu au cours desquelles les Premiers ministres des gouvernements membres se retrouvent pour évoquer leurs problèmes communs. Le sommet France Afrique qui tente de jouer ce rôle, en Afrique surtout, est en fait une rencontre de palabres africaines. Si le Commonwealth a exclu un grand pays comme le Pakistan, détenteur de la bombe H, à cause du récent coup d’Etat, la francophonie de Boutros Ghali ouvre grande sa porte au colonel Azali au lendemain du coup d’Etat, alors que l’ensemble de la communauté condamnait le putsch.

L’administration et la culture coloniale n’avaient jadis comme objectif que d’unifier les territoires coloniaux. Il n'existait pourtant en France aucun consensus sur la politique à mener et à l'exception des socialistes tendance Jean Jaurès, plus tard des communistes, qui défendaient le droit des peuples à l'indépendance. En France, on valsait entre deux thèses : l'assimilation ou l'association. L'assimilation dictait l'application des lois françaises, une administration provenant uniquement de Paris et l'égalité des droits pour tous les habitants des colonies, Européens comme autochtones. L'association, en revanche puisant ses origines dans le modèle anglais, impliquant le maintien des autorités et des coutumes locales et l'adaptation des lois du colonisateur. Ces thèses restent ancrées dans l’imaginaire de la diplomatie française et aux pays des droits de l’homme, des groupes de droite comme de gauche n’ont pas encore abandonné ces dérives coloniales.

Aux Comores, à force d’hésitation, de manipulations, la France a raté le passage à l’indépendance, essuyant une indépendance prise unilatéralement. Par orgueil colonial, il a empêché une passation dans le pur style cérémonial anglais. L'indépendance prise sans Mayotte est suivie de coups d’Etat fomentés par Bob Denard, qui était, si l’on se réfère à son procès de cette année sur l’assassinat d’Abdallah à Paris, "au service de la France".

Les Comores ont connu par la suite l’assassinat de tous ses présidents (deux par balles et deux non résolus) à l’exception de Djohar, mis dans un avion militaire français, exporté comme un colis à l’île de la Réunion, mis en résidence surveillé par l’ambassadeur de France à Moroni, au vu et au su du monde entier.

Aux Comores, la France fait tout simplement ce qui le plaît assuré du silence des uns et de la complicité des autres. Si la critique tous azimuts ne nous a rapporté rien de bon, le silence a permis à la France de se comporter comme aux temps des missionnaires catholiques.

Papa Djo : le seul président non décédé tragiquement »

djohar.jpg (14107 octets)

Aujourd'hui, l’on assiste à la possibilité de mener aux Comores de conflits limités. Anjouan en est à son deuxième année de sécession. La coordination entre les Etats de la région pour prévenir ces conflits peut assurer le maintien de la paix. Les accords de défense qui nous lient à la France sont ridicules est sans intérêts quand on sait que nos intérêts ne sont pas toujours identiques. D’où l’importance également pour les Comores de s’appuyer sur les membres de la commission de l’océan indien et les pays riverains comme l’Afrique du sud, le Mozambique, le Kenyan et la Tanzanie dans un grand ensemble politique parce que pour ces pays un conflit à leurs portes est susceptible de déstabiliser.

Dans l’immédiat, je continue à penser qu’aux Comores, nous sommes confrontés à deux faits majeurs. Premièrement, des groupes d’intérêts économiques appuyés le plus souvent par des services étrangers déstabilisent en permanence le pays. Certains autochtones tirent des avantages substantiels sur cet état de fait. Cette situation permet de profiter de la perméabilité de nos frontières pour s’adonner aux trafics en tout genre. L’instabilité permet d’acculer les gouvernements en place à signer tous les accords de circonstance économiques et financières qui n’ont d’autres buts que d’ouvrir des canaux pour les financements coûteux des campagnes électorales à l’extérieur. Deuxièmement, ces mêmes réseaux manipulés par les services policiers étrangers font appel à des groupes sans attache (les mercenaires) pour maintenir une situation de conflit permanent dans nos îles afin de justifier et de mettre au second rang le cas historique le plus flagrant de la décolonisation : la question maoraise.

Deux solutions s’imposent à nous. Pour le premier cas, affilié à "Interpol", le pays peut demander sa collaboration pour démanteler ses réseaux occultes aussi bien d’affaires, de mercenaires, que policiers. L’association inter policière dans cette opération que j’appellerais "Zone Propre" doit se faire aussi en association avec les pays comme Madagascar, Maurice, Seychelles, la Réunion, victimes de ces mêmes réseaux aux ramifications complexes. Des accords de coopération dans ce sens doivent être mis sur pied. Seules, les Comores, seront les premières victimes.

Pour le second cas politique, il est à mon avis illusoire d’espérer tiré quelque chose de la France officielle. On sait par expérience qu’elle s’appuie sur celle non officielle si les moyens légaux sont épuisés. Aussi, il n’est un secret pour personne que la France, par Mayotte et par Moroni, apporte sa caution à la sécession et l’encourage. Les responsables doivent de toute urgence demander aux organisations ONU, OUA, Ligue des Etats arabes, d’organiser une conférence internationale sur le problème des Comores et non sur celui d’Anjouan qui constitue, je pense, un paravent pour cacher le cas le plus douloureux : le cas des Comores en général et la question de MAYOTTE en particulier. Paradoxalement, Je suis sûr qu’en France, des hautes personnalités de tous les milieux, de gauche comme de droite, sous informées de l’implication de leur pays sur la situation des Comores, apporteront leur contribution pour la réussite d’une telle initiative. A la condition qu’une vaste campagne, mûrement réfléchie, menée par des professionnels incorruptibles et soutenue par les partis et les associations, se fasse à visage découvert à travers tous les canaux existants

Syrus Ila Rima