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Politique
Le retour des cadres formés à l'étranger, Une expérience personnelle

Ce document est issu d'une contribution de Idriss MOHAMED, publiée dans notre forum HABARI le 20/02/2004

Bonjour,

Vivant au pays depuis 1996 après près de 20 ans passés en France, il me semble devoir faire part de ma modeste expérience sur une des questions en discussion à savoir le retour des cadres formés à l'étranger.

 - 1. Je suis arrivé en France en 1970 après mon bac. Ma préoccupation principale pour ne pas dire exclusive était la lutte pour la démocratie nouvelle. Pour nous, l'intelligentsia "révolutionnaire" de l'époque, il fallait servir le peuple. Après quelques années nous organisions les retours au pays pour renforcer les rangs des forces patriotiques dans le pays. Mon tour arriva en novembre 1983. Une situation qui n'a rien à voir avec le débat mais plante un contexte.
 - 2. Sorti de prison en 1987, j'ai repris le chemin de l'exil pour y rejoindre ma petite famille. Je devins un vrai immigré, salarié de SSII. Ma femme travaillait aussi. Une vie de cadre moyen vivant dans l'aisance. Une situation ordinaire pour beaucoup d'ex étudiants restés en France ou ailleurs et qui correspond aux échanges en court.
 - 3. L'idée de retourner au pays me hantait mais j'avais peur: les difficultés évoqués par beaucoup d'intervenants que moi j'avais déjà vécus. Ma famille était franchement hostile à cette idée "saugrenue". J'ai longtemps hésité avant de franchir le pas en 1996. Une folie pour beaucoup de gens, d'autant que j'ai 3 enfants.
 - 4. Quel bilan j'en tire :
 - 4.1. j'ai repris Comores Informatique (je l'ai créé en 1984), ce fut dur (1997 année noire sans énergie) et c'est toujours très dur. Le travail que je fais développeur de logiciels de gestion, correspond dans une large mesure à celui d'un gros débutant en informatique. Les quelques consultations en Système d'Information sont une exception.
 - 4.2 je vis chichement, mais comparé aux réalités du pays, je m'en sors de mieux en mieux. La sphère de mes clients s'élargit
 - 4.3 après l'informatisation en 2000 du traitement des taxes véhicules à la Direction des Impôts (mon 1er contrat avec l'administration publique) et l'organisation en 2002 du premier salon comorien des nouvelles technologies de l'information, SIMKO (Swanaan za Informatik na Mawaswiliyano za KOmori), une relative reconnaissance professionnelle s'en est suivie et est entrain d'être conforté, cela me remue infiniment plus que les succès remportés dans les SSII françaises sur des projets beaucoup plus complexes et beaucoup plus intéressant.
Au total sur le plan purement professionnel (comme sur les autres d'ailleurs), j'estime avoir eu raison de rentrer et dans une certaine mesure je regrette d'avoir longtemps hésité. Ceci dit mon expérience n'est pas unique, loin de là.
A coté des anciennes structures existantes à Moroni, surgissent des micro entreprises de services dans toutes sortes de domaine : juridique, Communication, etc. sans parler des professions libérales ni des Consultants indépendants. Dans les bureaux des organisations du système des Nations Unies, on trouve beaucoup de jeunes comoriens. Tout cela témoigne qu'il n'est pas totalement conforme aux faits de considérer que les jeunes formés en Europe ne rentrent pas du tout au pays.
Sans jeter l'anathème sur ceux qui restent en Occident, je crois que nous avons tous intérêts que le plus grand nombre rentrent. La situation dans le pays ne changera pas d'elle-même, il faut des actions à l'intérieur du pays, actions soutenus à l'extérieur par l'émigration. Il faut des nouvelles dynamiques professionnelles sociales, etc. il faut des exemples de réussite ou semi-réussite sans corruption. Le pays a selon moi, un grand besoin de ses fils les plus dévoués sur place pour contrer sur tous les fronts les "prédateurs" de tout genre.
Par réussite, on penche souvent sur le privé. Certes mais on peut réussir dans le public aussi. Il ne faut pas que l'opposition à la politique de ceux qui dirigent le pays conduise à une action de déstabilisation de l'Etat ni à un refus de travailler dans ou pour l'administration. Faut-il tourner le dos à l'administration jusqu'à ce qu'il soit dans des "mains supposés propres" ? Comment se réalisera un tel processus ? Nous sommes obligés de travailler dans des conditions données et une des dimensions de notre action est de contribuer à les améliorer ou les changer. Je pense à ce gendarme connu dans le pays, qui travaille dans la circulation et qui est ferme, il refuse les "bahshish" et ose sanctionner "les en-haut des en-haut", il remporte un succès fou dans la population. Son passage lors des célébrations du 6 juillet déclenche des larges manifestations de sympathie et de soutien. Rien n'est simple, y compris dans les métropoles européennes. Les obstacles sont de nature différentes, les règles du jeu spécifiques et il faut toujours et partout du talent, des trésors d'intelligence pour faire son chemin. En tout cas au pays, suivant ma modeste expérience, la sensation de "créer", "d'apporter quelque chose" à la société, de ne pas "seulement gagner sa vie" mais de contribuer à bâtir quelque chose de solide et de pérenne, le sentiment d'exister, etc. doit être mis dans la balance au moment des choix. (Il me vient une citation d'une lecture de jeunesse, un vieillard africain qui disait à un jeune intellectuel noir barré de diplômes revenu au pays : "les occidentaux confondent VIVRE et GAGNER SA VIE") .
Il ne convient pas de mettre face à face la sécurité dans le travail, le confort d'un coté et la misère, l'oppression de l'autre car alors il n'y aurait pas de choix.
Un autre aspect des débats concernent l'engagement politique où que l'on soit. La tendance à dédaigner le politique parce qu'il serait englué dans le marais de la corruption, etc, se comprend mais désarme, n'ouvre aucune perspective. Si l'on laisse le terrain politique aux seuls pourris, ces derniers se réjouiront et auront toute latitude pour continuer à nous saigner à blanc. La jeunesse comorienne, la plus avancée, la plus consciente, devrait mesurer ses responsabilités, saisir les opportunités qui existent (le F.D. par exemple) ou s'en créer s'il ne trouve pas son compte. L'émigration comorienne en France occupe une position clé, comment oublier comme l'a écrit Swalihi Bwana dans un article publié dans le dernier Comores Info que la "question française" décide pour une large part des destinées de notre pays.
Je m'excuse d'être un peu long avec l'espoir que ces échanges intéressantes prendront le pas sur les insultes inévitables dans ce genre de bangwe.

Bien à tous

Idriss MOHAMED - le 20/02/2004