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Politique

 

Chers compatriotes, Chers amis des Comores,

Vous trouverez ci-joint une lettre élaborée par le Bureau du Collectif pour la Défense de l'Unité et de l'intégrité Territoriale des Comores basé à la Réunion et destinée aux candidats des élections présidentielles en France de 2002. Elle résume en fait les principales revendications des différentes organisations de la diaspora comorienne en France, à la Réunion et dans le monde .   
L'ambition des auteurs du texte est de sensibiliser les candidats à la prochaine présidentielle sur la situation préoccupante des Comores, le rôle de la France dans l'enlisement de la crise comorienne et sur les grands dossiers des relations franco-comoriennes.
Le collectif serait honoré qu'un maximum d'organisations comoriennes soutienne cette initiative. Il ne s'agit pas de défendre tel ou tel candidat. Cette initiative constitue une première dans l'histoire de la diaspora comorienne en France. Nous allons placer nos principales revendications au centre du débat et appeler les candidats à se prononcer publiquement. Une fois que les candidats se seront prononcés, les français d'origine comorienne pourront donc se déterminer en âme et conscience. 
Compte tenu de l'accélération de la campagne électorale en France, l'idéal serait d'adresser cette  lettre aux candidats vers le 7 Mars 2002. Ce qui nous permettrait de publier les réponses des candidats qui nous parviendraient avant le 1er tour. 
Au plaisir de recueillir les signatures d'un maximum d'organisations, recevez nos meilleures salutations .
Le Bureau du Collectif pour l'Unité des Comores
Saint Denis de la Réunion.

 

LETTRE ADRESSEE AUX CANDIDATS A L’ELECTION PRESIDENDIELLE EN FRANCE

            Madame, Monsieur,

Comme vous le savez, l’Etat Comorien est plongé dans une instabilité chronique. Selon de nombreux observateurs , cette instabilité trouve sa source principale dans la décision prise par les autorités françaises en 1975 de détacher Mayotte, l’une des 4 îles de l’archipel, de son ensemble naturel. 

Nous avons l'honneur de solliciter votre attention sur la situation préoccupante qui prévaut aux Comores .

Suite au référendum du 22 Novembre 1974, les Comoriens ont décidé à une large majorité d'accéder à l'indépendance. La déclaration d'indépendance a été faite le  6 juillet 1975. Les Comores ont été admises à l’ONU en novembre de la même année comme un Etat membre composé de 4 îles à savoir Mayotte, Anjouan, Mohéli et la Grande Comore. Malheureusement, sous la pression de certaines personnalités politiques influentes de l’époque dont Messieurs P. MESSMER et M. DEBRE, Mayotte a été maintenue française en vertu d’une règle inique et unique en son genre : le décompte île par île des résultats de ce scrutin d’autodétermination. Il s'agit d'un événement sans précédent dans l'histoire de la décolonisation et qui est au cœur de la crise comorienne depuis 25 ans. L’unicité historique et culturelle ( même peuplement, même langue, même religion, mêmes traditions) des 4 îles comoriennes excluait une telle procédure. Et si un tel principe avait été appliqué en Afrique sous administration française où, dans un même pays, contrairement aux Comores, beaucoup de régions sont ethniquement et culturellement différentes ( langues, religions et traditions différentes), le drapeau français flotterait encore, aujourd'hui, dans plusieurs zones du continent qui se seraient prononcées probablement contre l’indépendance avec la même propagande préélectorale et avec tous les risques de déstabilisation qu'une telle situation n'aurait pas manqué d'engendrer pour de nombreux pays africains.

Permettez-nous, Monsieur le candidat , de vous rappeler qu'en 1975, le projet de loi visant à démanteler l’unité des Comores avait suscité de vives polémiques au sein du Parlement. De nombreux parlementaires avaient vigoureusement dénoncé la gravité et les dangers de cette séparation. En 1991, le Président François MITTERRAND, lors de son voyage aux Comores, avait relevé cette injustice et avait annoncé un renforcement des échanges économiques, culturels et sportifs afin de parvenir au règlement progressif de ce contentieux. Et tout à fait récemment, l’ancien Premier Ministre Michel ROCARD reconnaissait ,à son tour, devant des diplomates africains, aux Etats-Unis, l’illégalité de la présence française à Mayotte. Il ressort donc que le gouvernement français qui était aux affaires en 1975 a transgressé, dans le cas des Comores, l'un des principes fondamentaux du droit international qui a guidé les politiques de décolonisation dans tous les ex-empires coloniaux, celui de l'intangibilité des frontières héritées de la colonisation.

La première question que nous souhaiterions vous poser est la suivante :

Si vous êtes élu Président de la République, envisagerez-vous, en vertu du droit international, d’œuvrer en faveur du processus de réintégration de Mayotte dans son ensemble naturel et historique ?

Madame, Monsieur,

A cause de ce problème de Mayotte, l'Etat comorien est agressé en permanence : coups d’Etat par mercenaires interposés, assassinats de chefs d’Etat, déportation d'un chef d'Etat en exercice en 1995 à l’île de la Réunion, encouragement du séparatisme par la Préfecture de Mayotte et l’Ambassade France aux Comores. La dernière tentative de déstabilisation remonte aux mois de Novembre à Anjouan et Décembre 2001 à Mohéli . Le colonel Abeid, un officier de réserve de l’armée française, a tenté de fomenter un coup d’Etat dans la partie indépendante des Comores en passant par Mayotte. Suite à l’échec de son coup qui a entraîné la mort de trois personnes, il est reparti par Mayotte sans être inquiété. Cette instabilité chronique a entraîné la paralysie du développement socio-économique des Comores.

Notre deuxième question est la suivante :

Si vous êtes élu Président de la République, envisagerez- vous de prendre les dispositions nécessaires pour que Mayotte ne se transforme plus comme ce fut le cas au cours de ces 25 dernières années en une base d’agression envers la partie indépendante des Comores ?

Madame, Monsieur,

Lorsqu’en 1995, M. Edouard BALLADUR a imposé un visa d’entrée à Mayotte aux autres Comoriens, compromettant ainsi les interrelations à l’intérieur d’un même peuple, le monde entier en a été surpris, et les autres îles comoriennes y ont vu la détermination de l’Etat français de faire fi du droit international en gardant au sein de la république française cette île comorienne. Plusieurs centaines de Comoriens auxquels le droit d’entrée à Mayotte est refusé arbitrairement disparaissent dans des drames maritimes en voulant aller rendre visite à leurs familles à Mayotte, dans des embarcations de fortune. Selon plusieurs sources des organisations comoriennes de la société civile, on pourrait estimer au moins à 4000  le nombre de victimes depuis l'instauration du visa en février 1995. Dans sa lettre n°4 du 8 février 2002, une ONG française a dénombré, depuis Juillet 2000, 17 accidents, ayant fait 407 victimes : 183 morts ou disparus et 224 rescapés. Cette ONG ne recense que les accidents connus. Voilà des chiffres qui interpellent tous ceux qui sont sincèrement attachés aux droits de l'homme et à la dignité humaine. Comment peut-on défendre les droits de l’homme en France et fermer les yeux devant de telles injustices et exactions exercées sur un même peuple ? Existe-t- il, dans l’histoire mondiale de la décolonisation, une injustice aussi flagrante et aussi criante que celle dont les Comores sont aujourd'hui les victimes ?

            Notre troisième question est la suivante :

            Compte tenu de nombreux drames engendrés par le visa imposé par M. Balladur dans une période de fièvre électorale aux ressortissants de la partie indépendante des Comores, envisagerez-vous en cas d’élection au poste de Président de la République de supprimer ce visa immédiatement après votre élection et permettre une libre circulation des personnes et des biens dans l’ensemble des 4 îles constituant l’archipel des Comores ?

            Madame, Monsieur,      

Au mois d'août 2000, des scènes graves qui rappellent des souvenirs douloureux de la dernière guerre mondiale sur le sol français se sont déroulées dans la ville de Sada, à Mayotte, où une chasse à l’homme comorien a été ordonnée par le maire de la ville. Depuis lors, les ressortissants comoriens vivant à Mayotte sont expulsés, manu militari, de cette terre qui est considérée par les instances internationales comme la leur.

Notre quatrième question est la suivante :

Si vous êtes élu Président de la République, prenez vous l’engagement, en attendant que le contentieux concernant la souveraineté des Comores sur Mayotte soit définitivement réglé, de faire respecter les droits de l’homme à Mayotte en mettant un terme aux  tracasseries administratives et policières et à la chasse à l’homme d’une époque révolue dont les comoriens originaires des autres îles sont victimes quotidiennement ?   

Madame, Monsieur,

Les autorités françaises actuelles, Président de la République et Premier ministre, encouragent un développement de la coopération régionale entre les collectivités françaises et les pays indépendants qui les entourent. Il s’agit en soi d’une idée noble qui permettrait à ces îles voisines de renforcer leurs échanges dans tous les domaines. Mais force est de constater que plusieurs entrepreneurs et universitaires comoriens n’ont pas pu obtenir de visa d’entrée à la Réunion pour animer une conférence à l’Université ou participer à des séminaires regroupant pourtant des pays de la zone. Peut-on réellement développer une coopération régionale si on ne permet pas aux entrepreneurs et aux  chercheurs de pouvoir circuler librement ?

Notre cinquième question est la suivante :

Prenez vous l’engagement, si vous êtes élu Président de la République,  de prendre les mesures adéquates afin de permettre une libre circulation des hommes entre les différents pays de la zone de l’Océan Indien et la Réunion afin de donner un vrai élan à la coopération régionale qui constitue une chance pour toutes les parties concernées ? 

Madame, Monsieur,

Les différents gouvernements français ont engagé au cours des 10 dernières années un accroissement sensible de l’aide financière de la France envers Mayotte. Prenant prétexte du déclenchement de la crise séparatiste en 1997, ils ont pratiquement suspendu toute aide envers les Comores. Cette politique a accentué le déséquilibre entre Mayotte et ses îles sœurs.

Notre sixième question est la suivante :

Prenez vous l’engagement, si vous êtes élu Président de la République,  d’impulser une politique d’aide aux Comores qui permettrait un développement harmonieux , équilibré et solidaire des 4 îles qui composent l’Archipel des Comores ?   

Madame, Monsieur,

Le poids de la dette écrase les pays pauvres et les empêche de s’engager résolument dans la voie du développement. Cela est particulièrement vrai pour le cas de l’Etat comorien qui doit consacrer une bonne partie de ses ressources à rembourser sa dette extérieure. Ce qui réduit d’autant les possibilités du pays de pouvoir consacrer suffisamment de fonds disponibles au niveau des dépenses d’investissement qui constituent le moteur du développement.

Notre septième question est la suivante :

Prenez vous l’engagement, si vous êtes élu Président de la République, d’annuler la dette extérieure des Comores envers la France et de contribuer pour que l’Union Européenne et les institutions financières internationales en fassent autant pour permettre aux Comores d’opérer leur décollage économique après la grave crise politique qu’elles ont connue suite au déclenchement du mouvement séparatiste en 1997 ?   

Madame, Monsieur,

La langue française connaît un net recul aux Comores. Et pourtant, les Comores font partie de la francophonie. Pourquoi une telle régression ? Il s’avère que cela fait plusieurs années depuis que les différents gouvernements français n’accordent pratiquement plus de bourse aux étudiants comoriens pour aller poursuivre leurs études supérieures en France. Par ailleurs, un étudiant comorien désireux de partir en France pour suivre des études supérieures doit effectuer un véritable parcours du combattant pour obtenir un visa d’entrée en France. Cette situation de blocage entraîne une profonde frustration auprès de certaines franges de la jeunesse. Cette frustration peut nourrir des formes d’intégrisme religieux. Il est donc important plus que jamais de  permettre à la jeunesse comorienne de pouvoir s’ouvrir au monde, d’élever ses connaissances dans tous les domaines et d’appréhender les grands chantiers du monde moderne. Cette jeunesse qui a soif d’apprendre peut apporter un concours précieux pour faire connaître les idéaux de liberté, de justice, de démocratie et surtout de tolérance . Ce qui devrait lui permettre de mieux s’intégrer dans son environnement multiculturel et régional.

Notre huitième question est la suivante :

Prenez vous l’engagement, si vous êtes élu Président de la République,  de permettre à un grand nombre d’étudiants comoriens de venir poursuivre leurs études supérieures en France ?

Madame, Monsieur,

Ces 8 questions résument les principales préoccupations de la diaspora comorienne installée à Mayotte, à la Réunion, en France métropolitaine et a travers le monde.

Eu égard à tout ce qui arrive à l’Etat comorien depuis son accession à l’indépendance, et en raison du maintien de l’île comorienne de Mayotte dans la République française, nous tenons à attirer votre attention sur cette spirale dangereuse qui risque de transformer ce petit pays en une poudrière. Les nombreuses humiliations infligées aux comoriens pourraient constituer un terrain propice au développement de tous les fanatismes. Toute la région sud de l’Océan indien risquerait d’être déstabilisée, et personne, au monde, ne pourrait nier l’énorme responsabilité historique de la France dans la balkanisation des Comores. La désagrégation de l’Etat comorien tel qu’il est reconnu par l’ONU, et l’éparpillement de son peuple seront sûrement un jour réparés.

La Belgique vient de reconnaître au bout de 30 ans sa responsabilité sur la mort de Patrice Lumumba et a présenté officiellement ses excuses au peuple congolais. La France mettra t-elle combien de temps pour reconnaître la forte injustice commise aux Comores en 1975 avec la douloureuse séparation de Mayotte, une partie intégrante de son territoire ?

Il n’existe pas dans le monde de problème insoluble. L’essentiel c’est d’avoir la ferme volonté politique. Permettez nous de vous rappeler que la Grande Bretagne a eu l’extrême élégance de restituer Hong Kong à la République Populaire de Chine ; le Portugal en a fait de même avec Macao. Dans notre zone de l’Océan Indien, la Grande Bretagne s’est engagée à restituer en 2016 à Maurice l’Archipel de Chagos dont les habitants ont été forcés à l’exil au moment de l’accession de l’indépendance.

Madame, Monsieur,

Deux cent mille comoriens dont la grande partie possède la citoyenneté française vivent en France métropolitaine, à Mayotte et à la Réunion. Comme tous les français, ils vont participer au scrutin présidentiel de 2002. Ils attendent avec impatience les mesures que vous allez prendre, en cas d’élection à la magistrature suprême, pour permettre de tourner la page du contentieux franco-comorien concernant Mayotte et favoriser ainsi une vraie réconciliation de tous les Comoriens. Les organisations représentant les français d’origine comorienne ont décidé d’interpeller les candidats aux prochaines présidentielles afin de connaître leurs positions concernant le règlement de cette question de Mayotte qui est plus que jamais au centre de la crise comorienne. Vos positions sur les questions soulevées dans cet appel seront diffusées auprès de la presse comorienne et régionale afin d’éclairer les choix des français d’origine comorienne lors des prochaines échéances électorales.

Dans l’attente de vous lire, nous vous prions d’agréer, Madame, Monsieur le candidat, l’assurance de notre parfaite considération.

Organisations signataires :

1)     Le Collectif pour la Défense de l’Unité et de l’Intégrité Territoriale des Comores S/C Mr SATIROU 7 Allée Franck Coucou 97420 Le Port ( Ile de la Réunion )

2)     La Fédération France du Front Démocratique 8, rue du capitaine Morinet
94270 Le Kremlin-Bicêtre