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Politique

Treillis, munitions, lance-roquettes et mitraillettes POUR L'ARMÉE COMORIENNE

Un avion libyen livre du matériel militaire à Moroni

Un avion libyen a livré du matériel militaire mercredi sur l'aéroport de Moroni. L'appareil a décollé après que l'armée comorienne eut surveillé le bon déroulement du déchargement. Ces armes sont destinées aux forces armées de la junte militaire qui a pris le pouvoir lors du coup d'Etat du 30 avril 1999, ont assuré des membres de l'opposition sous couvert de l'anonymat.

Certaines personnes présentes dans l'après-midi de mercredi à l'aéroport International de Moroni-Hahaya n'en ont pas cru leurs yeux en voyant atterrir un gros porteur Hercules C-130 peint aux couleurs de la Jamahiriya arabe libyenne et ce, au terme de neuf heures de vol sans escale. Ce jour-là, l'absence d'un vol international avait rendu quelque peu désert l'aéroport. Mais la seule présence sur le tarmac d'un groupe d'officiers supérieurs de l'Armée nationale de développement (le nom de l'armée comorienne) a donné à certains une idée de la cargaison de cet appareil qui est resté vingt-quatre heures avant de reprendre son envol pour la Zambie. Il s'agissait en fait d'une "cargaison sensible", des fournitures militaires composées notamment de treillis, de munitions, de lance-roquettes et de mitraillettes.

SPÉCULTATIONS EN TOUT GENRE

C'est le nouveau premier sous-chef d'état-major de l'AND, le colonel Soilihi Mohamed, qui a réceptionné ces équipements. Un geste hautement symbolique quand on sait que cet officier supérieur - formé à la fin des années 70 à l'Académie royale militaire du Maroc et dont beaucoup retiennent ici l'image de sa blessure lors d'une tentative désespérée de résistance contre les mercenaires de Bob Denard en septembre 1995 - s'était fermement opposé à la prise du pouvoir par l'armée, en avril de l'année dernière. Et depuis lors, il s'était de facto retiré de l'armée jusqu'à sa récente nomination au poste de premier chef d'état-major de l'AND. Par cette nomination, colonel Soilihi Mohamed que beaucoup ici appellent par son surnom de Campagnard devient le véritable patron de l'armée comorienne. Il ne pouvait pas être nommé chef d'état-major puisque, selon la charte constitutionnelle, c'est un poste qui revient au chef de l'Etat.
La livraison de ces équipements militaires fait suite à une demande du gouvernement comorien introduite en mars dernier auprès des autorités libyennes et réitérée un mois plus tard lors du sommet euro-africain du Caire. Tout en étant le seul pays à la fois arabe et africain à avoir ouvert une ambassade à Moroni, c'est la première fois que la Jamahiriya arabe libyenne livre du matériel militaire à l'armée comorienne. Le traditionnel fournisseur de ce dernier demeure la France - qui se trouve liée aux Comores par des accords de défense - et dans une certaine mesure, la République populaire de Chine.
En cette période d'impasse dans la crise comorienne - le régime dirigé par le colonel Azali Assoumani n'est reconnu par aucun pays ou instance internationale - l'arrivée de ces équipements militaires a rapidement alimenté ici toutes sortes de spéculations, y compris celles de préparatifs d'intervention militaire à Anjouan, l'île séparatiste qui a déclaré unilatéralement son indépendance en août 1997. "C'est vraiment insensé de songer à une solution militaire à cette crise", s'exclame un officiel comorien qui a requis l'anonymat. "N'empêche qu'on se doit de s'équiper en prévision d'une solution pacifique à la crise qui nécessiterait une certaine présence militaire à Anjouan pour rassurer la population", a-t-il conclu.
L'armée comorienne, forte de 1 500 hommes (tous corps confondus) souffre d'un sous-équipement. Une partie de son armement fut récupérée en septembre 1997 par les indépendantistes anjouanais lors de la tentative avortée de débarquement à Anjouan menée par les forces gouvernementales comoriennes. Débarquement qui s'est soldé par une humiliante déroute pour l'armée gouvernementale comorienne.
De leur côté, les indépendantistes anjouanais ne semblent manifestement pas en reste. Et ce, pour parer à toute éventualité. Et en février dernier, l'arrivée au port anjouanais de Mutsamudu de 229 "colis" envoyés, dit-on, par des éléments de la diaspora anjouanaise avait donné lieu à une vive tension entre milices rivales qui voulaient s'approprier cette cargaison. Celle-ci, qui comprenait notamment des treillis, fut vite "mise en sécurité" par l'armée régulière indépendantiste.

                                                                                                         Kamardine Mohamed