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Politique |
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Incendie de HAMOURO
Article de CQFD
mise à jour 17/08/2005 |

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CQFD N°007
Article de Hervé Gouyer Publié dans le n°7 de CQFD, décembre 2003.
Politique de l’immigration : Mayotte, laboratoire
de la France de demain
Auteur : Hervé Gouyer.
Avec la bénédiction des autorités, le maire d’une commune de Mayotte a
incendié les cabanons d’un groupe de sans-papiers comoriens. Un exemple de la
paix républicaine dont jouit cette miette d’empire français. Contre
l’immigration venue des îles voisines, on y applique des solutions débridées :
lois d’exception, rafles policières.
A l’aube du 27 octobre, un escadron de gendarmes arrive toutes sirènes
hurlantes à Hamouro, petit hameau peuplé essentiellement de Comoriens
d’Anjouan, l’île la plus proche de Mayotte. Tous les hommes sont embarqués
pour un contrôle d’identité. On en arrête quatorze pour séjour illégal tandis
que leurs femmes sont laissées sous la surveillance de trois gendarmes.
C’est le moment choisi par le maire du coin pour se lâcher. A la tête d’une
quinzaine de fonctionnaires municipaux, l’édile part incendier les vingt-huit
paillotes où logeaient les Comoriens. « Nous avons profité que les maisons
soient vides pour les détruire », expliquera-t-il laconiquement dans la presse
locale. Pour un peu, on le remercierait de ne pas avoir grillé les
sans-papiers au lance-flammes.
Dans un témoignage envoyé à CQFD, Maryanne, une habitante de la région,
raconte « l’horreur de voir des gens errer parmi les débris, des souvenirs en
fumée, de voir un enfant prendre un chat carbonisé dans ses bras et de le
serrer comme s’il était encore vivant, de voir des femmes rassembler des
morceaux de mousse sous la pluie afin de faire un matelas de fortune, de
ramasser des casseroles inutilisables, des regard vides, juste la terreur,
l’incompréhension. »
Les politiques se gardent bien de réagir. Il faudra attendre le 13 novembre,
jour de la parution dans Libération d’un article sur cette affaire, pour que
Mansour Kamardine, député UMP de Mayotte, se décide à monter au front. Non
pour condamner le bûcher, bien sûr, mais sa médiatisation. « Comme souvent,
l’agitation médiatique orchestrée autour de ces évènements occulte
l’essentiel : je veux parler du fléau que constitue l’immigration clandestine
à Mayotte. [...] J’affirme, sans esprit de polémique, que le seuil de
tolérance est largement dépassé et qu’il est à la mesure de l’exaspération des
Mahorais. » (Kwezi, 18/11/03).
Dans l’art de jeter de l’huile sur le feu, le préfet Jean-Jacques Brot n’est
pas mal non plus. Sa spécialité : inviter caméras et journalistes à assister à
la destruction des embarcations sur lesquelles arrivent les clandestins. Une
« agitation médiatique » qui, elle, ne dérange personne. Le 10 novembre, après
l’incendie des paillotes, le préfet lançait dans le Quotidien de la Réunion :
« L’invasion migratoire anjouanaise viole notre hospitalité. » Un vrai message
d’apaisement...
Sarkozy est appelé au secours. Le 6 novembre, à l’Assemblée nationale, Mansour
Kamardine appelle le ministre de l’Intérieur à aller plus loin dans la chasse
à l’homme : « Les 5 266 reconduites effectuées à ce jour pour la présente
année [...] attestent de la détermination affichée par vos services. De même,
la destruction des barques et quelques opérations coups de poing contribuent à
une certaine dissuasion. Ma question est donc simple : [ ] quelles mesures
d’urgence et quels moyens entendez-vous consacrer à lutter contre
l’immigration clandestine ? ». Virer les étrangers de Mayotte ? Dans ce cas,
la France devrait être la première à plier bagage. Car en droit international,
l’île est toujours considérée comme occupée. Son rattachement à la France fait
suite à deux référendums organisés après à la déclaration d’indépendance de
l’archipel des Comores, dont Mayotte fait historiquement partie. Un « coup »
réalisé sous la pression des planteurs réunionnais mais aussi dans l’intérêt
stratégique de la métropole : « Mayotte abrite aujourd’hui une partie de
l’arsenal militaire malgache d’avant 1972, ainsi qu’un des plus grands centres
d’écoute. Elle facilite aussi la surveillance de l’approvisionnement en
hydrocarbures sur cette ancienne "route des Indes", devenue route du
pétrole », explique l’historien Abdou Salam Saadi. En 1982, l’ONU adoptait une
résolution en faveur du retour de Mayotte aux Comores par cent dix voix contre
une - celle de la France. Laquelle n’en a jamais tenu compte.
Un député : "Le seuil de tolérance est largement dépassé"
Certes, la crise qui ravage l’archipel a de quoi dissuader Mayotte de revenir
dans le giron comorien. Mais la France a une lourde responsabilité dans cette
situation. Sur les vingt-six tentatives de coups d’Etat qui ont ébranlé les
Comores depuis leur indépendance, certaines ont été dirigées depuis Paris. La
France a non seulement soutenu des apprentis dictateurs, mais aussi encouragé
les séparatistes d’Anjouan à faire sécession en 1997, poussant l’Organisation
de l’union africaine (OUA) à décréter un embargo qui a déstabilisé davantage
encore une économie en perdition. A quoi s’ajoute l’interdiction à Mayotte des
produits maraîchers comoriens au prétexte des normes phytosanitaires. En
chassant les clandestins, qui fuient une misère à laquelle elle a grandement
contribué, la France joue donc les pompiers pyromanes. Mais rien de tout cela
ne perturbe le pouvoir de tutelle. En réponse au député Kamardine, Sarkozy a
tenu un langage très clair : « Je n’oublie pas une chose : c’est que, une fois
à Mayotte, pour beaucoup le voyage n’est pas terminé, si vous voyez ce que je
veux dire... Mayotte, c’est une des frontières de la France. [...] Les
tourments de Mayotte aujourd’hui, c’est les problèmes de la France
métropolitaines après-demain. ».
En somme, Mayotte doit servir de laboratoire. A elle d’expérimenter les
politiques du pire visant à réprimer les mouvements de populations pauvres. A
cet égard, Mayotte bat déjà des records : les reconduites y sont presque aussi
nombreuses qu’en métropole, ce qui donne une idée de l’activité policière
déployée sur ce territoire 1 400 fois plus petit. Les moyens consacrés à la
répression des immigrés sont dix fois supérieurs à l’aide française dévolue au
reste de l’archipel. Malgré ce zèle, l’île continuerait à enregistrer vingt
mille entrées par an. Au péril des exilés : une ONG estime à quatre mille le
nombre de fugitifs noyés en mer depuis l’instauration du visa entre Mayotte et
le reste des Comores en 1995. Mais ce n’est pas tout : Mayotte a aussi sa
propre ordonnance sur l’entrée et le séjour des étrangers. Calquée sur celle
de Sarkozy, elle s’offre une commodité supplémentaire : ici, la légalité des
interpellations et des expulsions n’est plus soumise à aucun contrôle, ce qui
ouvre la porte à toutes les dérives policières. « Les rafles sont vécues dans
une routine quotidienne », constate Boris Noulin, un jeune géomètre récemment
« immigré » à Mayotte. « Les flics débarquent, il y a une volée de moineaux au
marché, ils en embarquent cinq ou six et personne ne dit rien. » Et il
ajoute : « Cette politique est soutenue par les Mahorais. » Comme à la rentrée
dernière, quand des femmes ont violemment manifesté contre la scolarisation
des enfants comoriens. Cette xénophobie, entretenue par les élites de la
république, s’accommode néanmoins d’une grande tolérance pour les travailleurs
anjouanais, qui fournissent, au noir, 80 % de la main d’oeuvre ouvrière.
Hervé Gouyer
Publié dans le n°7 de CQFD, décembre 2003.
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