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2005 - Incertitudes et
craintes pour Mayotte et la région
mise à jour 23/08/2005 |
2005 - Incertitudes et craintes
pour Mayotte et la région
message de Youssouf Moussa,
Président du Conseil Politique National du Front Démocratique (Mayotte)
FRONT DEMOCRATIQUE
FEDERATION DE MAYOTTE
BP 100
97615 PAMANDZI
Visites ministérielles, conférences et comité de
suivi, la France poursuit ses desseins dans l'ombre tandis que les Maorais, à
commencer par leurs élus, se perdent dans les polémiques stériles sur fond
d'aigreur et de course au pouvoir ou à la consommation.
On se souviendra qu'en 1997, une première conférence de coopération régionale
cherchant à définir le rôle ou la place de Mayotte dans la région avait été
tenue à la Réunion en présence des ambassadeurs français de la zone, du préfet
de Mayotte de l'époque et de Mansour Kamardine. On sait ce qu'il en est sorti
: orchestration de la désintégration de l'Etat comorien destinée à permettre
le référendum sans protestation possible de la part d'un état moribond auprès
de la communauté internationale, justification du bon choix des Maorais : en
effet, pour les défenseurs de l'Empire et pour Mansour Kamardine : « Les
Comores en tant qu'entité politique n'ont jamais existé. » et puis Mayotte
n'a-t-elle pas été la première à être colonisée ! Dans le même temps se
mettait en place une consultation qui ne posait pas la question du département
promise depuis vingt cinq ans : la France mène la politique qu'elle entend au
mépris des habitants de ces quatre îles, évitant soigneusement toute forme de
débat.
Demain débutera une conférence du même type à Mayotte devenue pour un temps «
capitale de la France de l'Océan Indien » ; cette formule résume à elle seule
l'essence de la politique française dans la région tandis qu'elle réjouit les
édiles maorais en mal de reconnaissance. Mais quel avis les Maorais et autres
habitants de la zone auront-ils à donner sur leur avenir au sein de cette
conférence ? Considérant les invités annoncés, il est clair qu'il s'agit bien
d'une réflexion franco-française voire d'un véritable conseil de guerre dont
on ne peut que redouter les décisions par nature unilatérales. Comment parler
de coopération régionale à l'heure où la France ne respecte toujours pas la
souveraineté des états et impose ses vues sous couvert d'une prétention à
l'aide qui mériterait d'être analysée ? L'actuelle situation des Comores, les
récentes implications à Madagascar, rappelleront à qui voudrait l'oublier la
véritable nature de la politique française dans la région : il ne s'agit pas
de coopérer avec des égaux mais d'asseoir toujours plus l'influence. Dans ces
conditions, les aspirations des Maorais n'ont pas plus de chance d'être
entendues que celles des autres habitants de la région . Inquiétude donc quant
à l'avenir qui se dessinera à la sortie de cette conférence qui se tiendra
bien cachée sur l'historique bastion de Dzaoudzi.
C'est comme un prolongement de cette conférence qu'il faut comprendre la
réunion du comité de suivi sur le statut de Mayotte, dont il ne faut rien
attendre en soi puisque son rôle se limitera à avaliser les orientations
prises au plus haut niveau par l'Etat français. A cinq ans d'une éventuelle
future consultation, on est très loin des conditions d'un débat de fond sur le
statut de Mayotte, débat de fond qui d'ailleurs, n'en déplaise à M. Bacar Ali
Boto, n'a pas eu lieu non plus en 2000 au moment du vote des Maorais. En 2000,
si 73% des Maorais ont voté « oui », c'est essentiellement sur la base de
promesses comme le RMI, «femme seule à Mayotte » etc. qu'ils se sont prononcés
!
Ce débat constructif et nécessaire sur l'avenir de Mayotte dans sa région
n'ayant pas eu lieu, il est aujourd'hui du devoir des élus de l'enclencher en
posant les véritables enjeux et dans un esprit d'ouverture et de démocratie.
Ce faisant personne ne peut dénier au Président du Conseil Général le droit de
se poser les questions que tous les Maorais se posent en eux-mêmes.
Dans le même temps, la France se doit d'encourager ce processus de réflexion
démocratique qui doit permettre aux Maorais de voir où sont leurs véritables
intérêts. Ceci suppose la fin du jeu des promesses autour du développement
accéléré de Mayotte, la fin des pratiques de déstabilisation dans la proche
région ; le préalable restant le règlement durable et équitable du problème de
Mayotte dans le respect des règles internationales et des droits de chacun.
S'agissant du Président de l'Union des Comores et de sa récente déclaration
sur Mayotte, il doit comprendre que le temps de la guerre de la salive est
révolu et qu'il faut maintenant poser des actes concrets ou, tout au moins
réactiver le débat sur l'île comorienne de Mayotte au sein des instances
internationales ou régionales concernées (ONU, UA, OCI, COI etc.)
Quant aux Maorais, ils doivent savoir que leur avenir n'est ni dans
l'assimilation, ni dans l'intégration dans la fonction publique de l'Etat
français encore moins dans l'exode massif vers la Réunion ou en France mais
que c'est à eux de le construire ici à Mayotte à partir de ce qu'ils ont et de
ce qu'ils sont !
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