Intervention parue dans notre
forum de discussion HABARI
habari@yahoogroupes.fr le 15/10/2003
par SHAM022.
La France n'a visiblement jamais digéré l'indépendance
de ce jeune Etat, qui n'a lui-même pas su gérer cette
indépendance...L'"indépendance" est un terme qui fait sourire les économistes.
( La situation géostratégique, le Port en eaux profondes dans l'entrée du
canal du Mozambique, carrefour du grand marche du 21eme siècle, concurrence
anglo-américaine )
Il semble que la France a toujours su profiter des dissensions internes sur
l'île, qui jusqu'alors avait été déchirée par les rivalités innombrables des
petits sultans locaux (Bambao, Itsandra, Badjini, etc...)
Après l'abolition de l'esclavage, les Comores deviennent pour les colons
blancs, «le Far West des Réunionnais déclassés"
Certains historiens affirment même que les Réunionnais blancs immigrés,
surtout à Mayotte, poursuivirent l'esclavage sous la forme de l'engagement
(après l'ordonnance du roi Louis-Philippe en date du 9 décembre 1846). Il
n'est donc pas surprenant que les Réunionnais aient pris une part active à la
lutte pour que Mayotte reste française en 1974-1975, et continuent a le faire
activement (demandez aux compères de Mr Larifou, au rotary club de St
Pierre...)
Le statut de 1946 qui détache les Comores de Madagascar dote l'archipel d'une
organisation "susceptible d'évolution".
Pour la première fois, les décisions de l'administrateur supérieur sont
soumises à l'approbation de conseillers généraux représentatifs des quatre
îles. C'est ainsi que le sort de Mayotte (ile la plus desheritée des 4 ?) est
confié à la diligence de ses quatre représentants : Georges Nahouda, Ibrahim
Ramadan, M. Foucault et Toufaïl Mohamed.(l'instauration par l'Etat d'une
collectivité locale décentralisée suffit-elle à faire perdre la qualité de
colonie ? )
le transfert de la capitale a Moroni (décret du 22 juillet 1957) fait surgir
les premières dissensions, ainsi que la peur de la domination anjouanaise
(l'audience du mouvement mahorais crée en 1957 est multiplie par le transfert
de la capitale)
référendum sur l'indépendance ou sur trois statuts les maintenant au sein de
la République française, à savoir :
- Etat membre de la communauté française
- Territoire d'outremer
- Département d'outremer
Les élus mahorais optent pour la troisième proposition mais ils doivent
s'incliner face à la majorité qui a voté pour le statut de TOM dans la
perspective d'une indépendance à moyen ou long terme. Et lorsque le 10 juin
1960 les élus de Mayotte votent, avec les autres membres de l'Assemblée
territoriale, une résolution demandant que le nouveau statut soit "évolutif",
ils pensent à la départementalisation alors que les autres députés visent
l'autonomie.
Contrairement à la charte de décolonisation des Nations Unies, la France
procéda à un décompte île par île (forcing du RPR) afin de garder Mayotte dans
le giron de la République, au lieu de tenir compte des frontières héritées de
la colonisation. mais c'est aussi la France qui a crée cette unité coloniale
qui n'a pas dure un siècle alors que l'archipel est peuple depuis plus de
mille ans ! Les protectorats avaient bien été négocies île par île au 19eme
siècle !
l'OUA, l'UE et l'ONU, ont aussi exige la remise du pouvoir aux civils en 99,
faute de quoi le colonel AZALI s'exposerait à un « isolement total », il
semble que les pays arabes aient milite pour l'acceptation du régime issu du
"coup d'état"... de nombreux pays ont été victimes de sécessions dans
l'histoire récente : Katanga, Rhodésie, l'Erythrée en Ethiopie, l'ex-Union
soviétique, ex-Yougoslavie ou plus lointaine : Singapour, Taiwan
L'ancrage de Mayotte dans la République française est réaffirmé par la loi du
22 décembre 1979 qui stipule que " l'île de Mayotte fait partie de la
République française et ne peut cesser d'y appartenir sans le consentement de
sa population. "
La revendication est plus économique que politique. Et la métropole sait quel
discours tenir avec l'aide de La presse locale, Le flux financier de la
métropole augmente avant le scrutin de 2001, les constructions abondent...
Le secrétaire d'État à l'outre-mer, Jean-Jacques Queyranne, a rappelé que
cette consultation faisait " sortir Mayotte du provisoire ", lequel fut un
frein aux investissements dans l'île, qui s'est séparée des trois autres
Comores en 1974 en votant non à l'indépendance.Mais une grande rapidité des
mutations dans tous les secteurs aboutit à la coexistence d'une économie
monétarisée caractérisant une minorité d'une part, et d'une économie encore
fortement traditionnelle générant peu de ressources d'autre part. grâce au
rideau de mer les arrivées de métropoles compensent l'immigration
d'anjouan...(importations 181,8 millions d'euros, export 6,3 millions)
Des représentants du MEDEF de Mayotte ont fait le voyage vers l'île d'anjouan
en 2001... on parle bien de syndrome de Stockholm pour les otages, pourquoi
pas pour les pays otages !
la classe politique qui s'apprête à prendre les responsabilités en 1975 n'est
pas celle qui a réellement combattu la colonisation, mais au contraire celle
qui a été formée par le Colonisateur et le modèle de l'état colonial est
reproduit jusqu'a nos jours.
Le président des Comores confirme par La signature le 25 juin 2003 d'un accord
secret avec la France où il est prévu que l'armée comorienne aurait la charge
de la surveillance des côtes Comores avec son île Mayotte , pour empêcher les
passages des clandestins vers notre île (Mayotte)...(marionnette ?) la
responsabilité incombe à la fois aux Comores et à la France !
Les discours sont confus, les mahorais se disent "français", tout en appelant
les métropolitains "m'zungu", mot shimaorais qui signifie "étranger"... Au
moindre conflit personnel, certains n'hésitent pas à vous rappeler que "vous
n'êtes pas chez vous..." on a l'impression très nette que les seuls Comoriens
qui trouvent la France trop "présente" dans la région sont... ceux qui vivent
en France métropolitaine!... D'ailleurs, dans le langage courant de nombreux
Comoriens utilisent le terme "métropole" pour parler de la France. Lapsus
révélateur...On vous le ressasse : les Anjouanais profitent des
infrastructures sanitaires, payées par « nos » impôts (mais les budgets locaux
sont dotés à 90 % par l'Etat français)... L'indépendance est culturelle et les
mercenaires modernes sont "Score" et "Leader Price" entre autres installes
désormais a Mayotte... la France aussi est confrontée à l'acculturation par le
supermarché hollywoodien. Oui, le chômage est une arme des capitalistes pour
dominer les masses et la pauvreté aussi.
la politique de coopération menée par la France aux Comores (et dans toute la
région) calme certains esprits et en excite d'autres, et si Mayotte faisait
partie de la République Islamique des Comores, Anjouan ne se serait sans doute
jamais senti pousser des ailes... La répression, la rétention et les soins aux
étrangers a Mayotte coûtent dix fois l'aide française, publique ou privée,
dévolue au reste de l'archipel !
L'ancienne métropole préfère voler ce qui reste de matière grise, livrer les
étudiants aux universités islamistes et les autres à d'incertains esquifs...
Je tiens a signaler que l'on ne saurait tenir pour responsable le peuple
français tout entier. Il bénéficie des retombées de ce capitalisme (ainsi qu
tout ceux qui vivent sur son sol) néo- colonialiste de guerre ok, mais sans
maîtriser les arcanes de la politique business. Une minorité de mécréants
drapés de bleu-blanc- rouge exploite avec la complicité des élites locales les
richesses naturelles et les faiblesses structurelles de nombreux pays dont les
Comores. Les partis ne se différencient jamais par des programmes, mais par
des liens familiaux ou claniques.
Il suffit de voir que seule une toute petite partie de l'affaire Elf a été
dévoilée pour comprendre qu'accuser "la France" de tout les maux c'est nier
l'existence de force progressistes dans la société, c'est quitter la sphère du
débat pour laisser le champ libre aux extrémistes de tout bords.
ces quelques lignes s'inscrivent dans une optique de compréhension, il ne
s'agit pas d'assener des vérités mais de provoquer le débat et l'échange, afin
de faire le tri entre la désinformation, la propagande et l'histoire.
s.