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Mayotte entre deux
mondes mise à
jour 13/11/2006 |
 
Mayotte entre deux mondes -
19/07/2006
http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2006-07-19-Mayotte
Mayotte entre deux mondes
Mayotte, « collectivité départementale » française, accentue depuis
quelques mois la pression sur les immigrés, venus principalement d’Anjouan,
l’une des trois îles de la République des Comores, un des pays les plus
pauvres d’Afrique. Se multiplient les rafles et les reconduites immédiates à
la frontière, c’est-à-dire sur les boutres à destination de Moutsamoudou, la
capitale d’Anjouan. Gendarmerie et police des frontières appliquent une
politique de plus en plus intransigeante. Qui s’embarrasse peu des garanties
consenties à tout expulsé : le droit à un coup de téléphone et à un avocat.
Qui tient peu compte de la situation spécifique de chaque étranger. Comme s’il
fallait battre des records au pays de tous les records : passer de près de 10
000 expulsions par an à 12 000. Mayotte détient depuis longtemps, devant la
Guyane, le record des reconduites à la frontière. Et fait probablement jeu
égal avec ce département quant au nombre de clandestins ou d’irréguliers
(probablement 20 % à 30 % de la population).
Française ou comorienne, Mayotte ? Trois dates clés illustrent les 30
dernières années de son histoire. Quand l’archipel proclame son indépendance,
en 1974, Mayotte demeure française. Vingt ans plus tard, le visa devient
indispensable à tout Comorien se rendant à Mayotte, entravant les liens
culturels et commerciaux qui unissent les deux îles. Mayotte, dans le même
temps, avance à marche forcée vers les standards sanitaires, scolaires et
sociaux de la métropole. En 2001, un référendum y annonce la transformation du
territoire, sous dix ans, en département d’outre-mer. Le cinquième.
Mayotte devient, entre la partie septentrionale de Madagascar et les trois
îles comoriennes, une oasis de richesse et de stabilité, au nord du canal de
Mozambique. Même si l’île importe quarante fois plus qu’elle n’exporte, si son
budget lui vient en quasi-totalité de France, si cette manne assure une
prospérité artificielle, elle devient pour les populations alentour un
véritable eldorado, un aimant dans une zone en plein désarroi politique et
économique depuis les années 1990. La conjonction de l’immigration clandestine
et d’un taux de natalité très africain fait passer la population de 42 000
habitants en 1975 à 160 000 en 2002 !
A côté, la République des Comores a longtemps été un Etat de coups d’Etat. De
corruption et de violence. Et un pays surpeuplé, à la merci des cours
erratiques de matières premières comme les huiles essentielles et les clous de
girofle. Anjouan a même proclamé en 1997 son indépendance et voté son
rattachement à la France. La partie méridionale d’Anjouan, le Nioumakélé,
abrite des densités qui frisent les 600 habitants par kilomètre carré et un
extrême dénuement. Un seul exutoire à la misère : l’émigration. Visa ou pas,
la sortie, c’est l’exode vers Mayotte, distante de 80 km et visible par temps
clair de la corniche de Domoni. Des agences (un des rares secteurs lucratifs
de l’île) vous transportent en kwassa-kwassa, des canots à fond plat qui vous
amènent aux abords de Mayotte. A vos risques et périls : une centaine de
noyades par an. « Aller au paradis sans mourir avant d’arriver ! », dit un
adage local.
Comme à Melilla, à Lampedusa, aux Canaries ou dans le détroit de Gibraltar, la
vague africaine vers l’Europe (ou ses excroissances) ne se tarit pas. Ici,
gardes-côtes, radars, rafles dans les quartiers pauvres ou chez les revendeurs
à la sauvette, expulsions : rien ne décourage les rapatriés de recommencer,
dès qu’ils ont rassemblé la somme nécessaire, plus modeste que pour les
émigrés transsahariens. Même si l’attitude de la population mahoraise est pour
le moins ambiguë : sus aux étrangers, crient les élus. Condamnée dans les
discours (les Anjouanais profitent des infrastructures sociales dont leur pays
est dépourvu), l’immigration est tellement pratique au quotidien : domesticité
corvéable à merci, manutentionnaires et maçons si bon marché !
« Nos Départements d’Outre-Mer doivent s’intégrer à leur environnement
géographique », répètent les officiels français. Le tout répressif tourne le
dos à cette antienne. Faute de co-développement, de coopération avec les
voisins, c’est « l’environnement géographique » qui s’impose à Mayotte. Avec
frénésie. La répression est brutale. Une stratégie du bunker qui préserve à
peine le court terme. Et développe autant les atteintes aux droits humains que
les injustices ou les aberrations économiques.
Christophe Wargny
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