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Immigration sujet tabou |

Dossier : Immigration sujet
tabou.
Publié en pages 8 et 9 de Mayotte Hebdo n° 208 du 24/09/04.
Rubrique : société : le tabou de l’immigration
Titre de la double page : Ils ont tout à voir avec Mayotte
27 Janvier 2004.
Lors de la rentrée judiciaire, Jean-Baptiste Flori, président du tribunal
supérieur d'appel, qualifie l'immigration clandestine et ses conséquences
"d'invasion barbare".
Printemps 2004.
Au cours d'un Forum des métiers organisé dans un établissement scolaire, un
représentant de l'armée propose aux élèves d'imaginer qu'ils sont "attaqués
par des Comoriens".
16 Septembre 2004.
Jean-Jacques Brot, préfet, affirme sur RFO que les individus, soi-disant tous
clandestins, qui ont profité d'une manifestation pour jeter des cailloux,
n'ont "rien à voir avec Mayotte".
Trois exemples parmi d'autres d'un discours, omniprésent à Mayotte, qui
stigmatise la communauté comorienne et dresse le portrait d'un immigré
absolument étranger, nuisible et dangereux. Ce discours parvient à occulter
une réalité fondamentale, qui paraît pourtant évidente : les Mahorais, bien
que Français, appartiennent au peuple comorien. Tenu par des représentants des
autorités françaises, il favorise des comportements de rejet parfois violents
de la part de la population. Il oblige les Mahorais à renier leur identité
pour se différencier de ces Comoriens à qui ils ressemblent comme des frères.
Il dissimule également - très mal - la réalité économique de l'île, que tout
le monde connaît pourtant : les "immigrés" constituent une main-d’œuvre utile,
bon marché pour certains et qualifiée pour d'autres, dont Mayotte n'est pas
prête de se séparer. Autant de sujets tabous dont il faut parler.
Un poids, deux mesures
Un peu moins de la moitié de la population vivant dans l'île est d'origine
étrangère, essentiellement comorienne. En quantifiant pour la première fois le
poids de cette immigration, à la suite du dernier recensement, l'nsee a fourni
un argument supplémentaire justifiant l'urgence de freiner l'immigration.
L'Institut national des statistiques et des études économiques n'a pas été
mandaté malheureusement pour mesurer l'apport de ces milliers de résidants,
quel que soit leur statut administratif, dans le développement économique de
l'île. Une donnée qui aurait certainement permis de poser un regard différent
sur ces "étrangers" qui ne sont pas systématiquement des personnes en trop,
mais participent au tissu social et économique du pays qui les accueille.
Aucun chiffre donc sur la contribution des immigrés à l'économie de l'île. Il
suffit pourtant d'un coup d'œil sur le trafic de marchandises entre Mayotte et
Anjouan au port de Dzaoudzi, pour se rendre compte que l'accroissement de la
consommation tient en partie à ces gens. Pour éviter de le prouver, les
douanes affirment ne pas tenir de "statistiques séparées". Les grands magasins
d'alimentation ont quant à eux saisi ce filon et ouvert des antennes aux
alentours du petit port.
En 2003, une opération menée dans le cadre de la lutte contre l'immigration
clandestine dans le lagon, s'est soldée par l'interpellation de plusieurs
pêcheurs anjouanais en situation irrégulière et la confiscation de plusieurs
embarcations de pêche appartenant à des opérateurs mahorais. Très vite, ce
"coup de filet" a eu pour première conséquence une pénurie de poisson dans
l'île, mettant au grand jour ce que beaucoup savaient sans vouloir l'admettre
: la maîtrise de ce secteur par des pêcheurs venus des autres îles
comoriennes. Devant l'évidence, l'administration a fait machine arrière et a
accepté de régulariser certains pêcheurs pour éviter d'asphyxier ce secteur
économique essentiel.
Les agriculteurs, qui s'attendaient à une opération du même genre, prennent
les devants et invitent l'administration à plus de pragmatisme. Dans la
réalité actuelle de l'agriculture à Mayotte, il est difficile d'envisager de
recruter des salariés agricoles, disait en substance Dani Salim de la
Confédération paysanne. Des études du Cirad confirmaient les craintes de Dani
Salim sur le désintérêt des jeunes mahorais à se lancer dans ce secteur. A
l'instar de la pêche, l'agriculture attendait de l'administration des mesures
d'allégement en vue de régulariser les hommes dont elle a besoin.
Tout le monde sait que derrière chaque tas de tomates, se trouve un ou
plusieurs sans papiers. Mais on ferme les yeux. Comme si l'administration
avait décidé de tolérer ces gens tant qu'on a besoin d'eux, pour les chasser
le cas échéant. Une des rares fois où l'administration a voulu faire son
travail de lutte contre l'exploitation de cette main d'oeuvre facile en
s'attaquant au parfumeur Guerlain, l'affaire n'est pas parvenue jusqu'au
bureau du juge.
Kamal'Eddine Saindou
P 8 N° 208 - VENDREDI 24 SEPTEMBRE 2004
ARTISANS RECONNUS …MAIS CLANDESTINS …
Ils ont nommé leur atelier le Casm, pour Collectif Art sculpture Mayotte.
Officieusement bien sûr, car officiellement, ils n'existent pas. Sur la
quinzaine d'Anjouanais qui sculptent le bois selon la tradition de Domoni,
seuls deux ont des papiers. Deux de ces artisans "clandestins" ont d'ailleurs
été arrêtés et renvoyés à Anjouan au mois d'août. Pourtant, leur quartier
général, installé à Cavani, ne souffre d'aucune incursion policière. Et pour
cause : les Domoniens sont quasiment les fournisseurs exclusifs de Mayotte en
matière de bois sculpté. "Beaucoup de policiers savent qu'on est ici mais ils
font semblant de ne pas savoir. Parce qu'ils savent que l'on fait des choses
importantes", explique Archak, l'un des sculpteurs. Ce sont en effet les
membres de l'atelier qui ont réalisé le coffre et le cadre en bois offerts à
Jacques Chirac lors de l'une de ses visites, les tableaux décorant l'aéroport,
les dix-huit cadres commandés par le G.S.M.A... "Tout ce que vous voyez à
Mayotte comme sculpture de Domoni vient de nous", certifie Archak. "Le préfet
lui-même nous commissionne des gens pour offrir des cadeaux à des amis. Des
militaires viennent aussi nous voir... mais toujours en civil.. "
Tous sont natifs de Domoni, à Anjouan, qui fournit le bois sculpté à
l'ensemble des Comores, et la plupart ont été formés dès leur plus jeune âge à
ce "métier supplémentaire". "Ça a été apporté par les Arabes. Aujourd'hui on
fait des motifs géométriques modernes mais on a aussi gardé le modèle des
portes anciennes. Si vous voyez quelqu'un qui en fabrique en Grande Comore,
c'est forcément un Anjouanais. "
"Avec un visa, je viendrais vendre et je repartirais"
Diplômé en Physique-Chimie, Archak économise pour partir chercher un emploi à
l'extérieur des Comores, où il ne trouve pas de poste. Certains de ses
collègues bacheliers travaillent pour financer de futures études à Madagascar.
"Ceux qui interrompu leur scolarité le plus tôt ont arrêté en 1ère", tient à
souligner Archak. En attendant, la sculpture leur fournit des revenus décents.
Outre les lieux publics et administrations, les wazungu constituent un marché
important sur lequel les Domoniens sont seuls à se positionner. "On ne vit pas
comme des bourgeois, mais correctement. Le problème c'est qu'avec les
arrestations on n'est pas stables, il nous arrive de perdre des objets
enfuyant. " Mais Archak "a l'habitude" de craindre les contrôles d'identité,
tout comme de supporter l'attitude de ses voisins mahorais. Une attitude qu'il
ne veut pas qualifier de racisme, "puisque nous sommes de la même race, de la
même famille".. "Il y en a qui se sont familiarisés avec nous. Mais pour
d'autres, on dirait qu'on est des chiens méchants. Dès qu'il y a des choses
mauvaises de faites, ils disent que ce sont les Anjouanais. Ça nous touche
mais on fait semblant de rien. On se tait. Qu'est-ce qu'on peut faire ? On ne
peut pas se révolter. On sait qu'en vivant à l'extérieur, on doit s'habituer à
ça." La pilule est encore plus dure à avaler quand le rejet vient de vieilles
connaissances : "Dans les années 80, j'avais beaucoup d'amis mahorais aux
Comores. Ils venaient faire leurs études. Mais maintenant qu'ils sont chez
eux, mes copains de lycée font comme si on ne se connaissait pas quand je les
croise. "
S'il avait le choix, Archak ne vivrait pas en permanence à Mayotte. "Si l'Etat
ne veut pas qu'on reste ici, qu'il nous donne un visa de un ou deux mois. On
ferait quelques objets, on viendrait les vendre et on repartirait. Mais avec
le kwassa, on est obligés de rester au moins six mois car c'est trop cher et
trop dangereux. En plus, accepter les entrées et les sorties serait un moyen
de lutter contre la clandestinité. Je viens faire ceci, et je rentre chez moi.
L'Etat y gagnerait des taxes, au lieu de perdre de l'argent en arrestations et
reconduites à Anjouan. "
Li.G.
P 8 N'208 - VENDREDI 24 SEPTEMBRE 2004
« On est bien habillés, mais on est malades. »
Ahmed Attoumani est instituteur à l'école de Cavani sud. Tous les
jours, il doit gérer les nombreux problèmes liés à l'immigration, liés surtout
au rejet permanent de l'autre, l' " Anjouanais", le "Comorien". Il y a
quelques jours, une mésaventure dans sa classe l'a déboussolé : "Une maman
femme de ménage que je connais a confondu relations privées et
professionnelles. Alors qu'elle passait dans la classe, elle a tenu des propos
qui ne m'ont pas plu. Elle m'a interpellé : "Dis à ces enfants-là qu'ils ne
doivent pas faire de bêtises cette année ! Eux là, les Grands-Comoriens et les
Anjouanais. " Ça m'a embêté, j'ai ri jaune.. Moi je suis un modèle pour les
enfants, je n'ai pas à rigoler de ces choses là, j'ai eu peur pour les gamins.
Certains d'entre eux ont rigolé... Quand la maman est partie, j'ai été obligé
défaire le point. J'ai dit: "Ici le maître, c'est moi, c'est moi que vous
devez écouter !" J'ai ajouté : "Ce que cette maman a dit, ce n'est pas bien,
on ne doit pas rigoler quand quelqu'un dit des choses pareilles. "
Dans la cour de récréation aussi, les incidents de ce type se multiplient.
"Les insultes telles qu'"Anjouanais" ou "Comorien", ça arrive. Les enfants se
balancent cette appellation qui au fil du temps est devenue péjorative. Pire :
c'est désormais une insulte. Les enfants disent : "Regarde cet Anjouanais", et
le gamin en face s'énerve. Il crie : "Mais moi je ne suis pas un Anjouanais !"
Il veut à tout prix prouver qu'il est d'ici." Face à cette situation,
Attoumani se dit désemparé : "Pour un instit, c'est dur à gérer. J'essaie
d'inculquer le respect. Pour dédramatiser, je leur dis que moi aussi je suis
né à Moroni, mes parents sont de Mayotte mais je suis né là-bas. Quand je dis
ça, j'en vois qui sourient, ils sont soulagés, ils se disent : "Toi aussi t'es
de Moroni !" Ils ne se sentent plus seuls. " Pourtant, selon Attoumani, "la
moitié des enfants de ma classe ne sont pas Français".
"On va jusqu'à se renier pour un papier"
Sans cesse confronté à cette xénophobie rampante, l'instituteur a pris le
temps de réfléchir. Pourquoi ? Comment ? Il porte ainsi un regard très dur sur
la situation. "On n'a pas pris conscience du calvaire qu'on fait subir aux
autres. Quand ça nous arrive à nous, nous le crions fort, mais sans nous
mettre à la place de ceux à qui nous faisons les mêmes choses. Je pense à la
Réunion, où les Mahorais subissent les mêmes choses que ce que nous faisons
subir nous aux Comoriens. Là-bas, Mahorais ou Comoriens, on est tous mis dans
le même sac, ils ne peuvent pas nous distinguer. " Selon lui, "c'est
inconscient" : "Un Mahorais peut épouser une Anjouanaise, mais après il peut
être pris en train de critiquer les Anjouanais et d'insulter les Anjouanais.
On ne se maîtrise pas, on ne se rend compte de rien. " La faute, entre autres,
à un déni du passé, qui rendrait une partie des Mahorais amnésiques, donc
perdus : "On est paumés ! Nous ne nous reconnaissons plus nous-mêmes car nous
renions nos origines. Nous allons contre le courant de notre Histoire. Les
Comoriens sont nos voisins, qui ont toujours vécu ici. Et aujourd'hui, on ne
veut plus en entendre parler ! Nous vivons dans un mensonge, nous sommes
ridicules !" Et d'en vouloir tout particulièrement aux élus, à
l'administration, "qui ont toujours alimenté ce sentiment. C'est à dire que
même ceux qui devraient avoir du recul pour y remédier jouent le jeu, ce sont
même les premiers. Les élus ne diront jamais le contraire de peur de ne pas se
faire élire. Comment veux-tu que les gens de la rue réfléchissent autrement ?"
"Je ne renie pas le combat de ceux qui ont tout fait pour que Mayotte reste
française", affirme-t-il, "au contraire. Mais est-ce que ça doit expliquer ce
reniement ? On s'engouffre dans une situation qu'on ne maîtrise pas. L'être
humain ne peut pas vivre en se reniant. "
Sur les propos du préfet, tenus sur RFO jeudi dernier, Attoumani a également
un sentiment désabusé. "Si le préfet sentait que les Mahorais voulaient se
rapprocher des Comoriens, il n'aurait pas dit ça. Mais là il se le permet
parce qu'il sait que ça fait plaisir, c'est pour conforter les Mahorais. Nous
avons toujours essayé de montrer qu'on n'est pas comme eux. En ce moment on
leur met tout sur le dos, or ils ne sont pas la cause de tous nos problèmes :
les bandes organisées de vols, ce sont des Mahorais... "
Chaque société a besoin d'un bouc émissaire. Dans l'Europe du 19ème siècle,
c'étaient les Juifs ; au Rwanda les Hutus ; en France actuellement les
Maghrébins ; et à Mayotte les Comoriens, ces frères : "On rejette toujours la
faute sur les autres." Et de s'en prendre à "ce morceau de papier". "Le fait
même d'avoir ce morceau de papier français nous fait tout rejeter. On va
jusqu'à se renier pour un papier. Mais on peut très bien rester Français tout
en leur tendant la main !" Le problème, explique-t-il, c'est que "parler de
coopération, c'est tabou, ça fait peur. C'est plus facile de faire venir une
équipe de foot de Madagascar que des Comores." Et pour cause : "On peut parler
de ses origines malgaches, mais pas comoriennes. "
II y a quelques jours, lors du séminaire destiné aux nouveaux arrivants de
l'Education nationale, M. Soibahaddine, un éminent spécialiste de la société
mahoraise, a fait un très bel exposé de la situation et de l'Histoire. Mais il
a plus parlé des origines malgaches que des frères comoriens. Il aura fallu
une question d'un enseignant pour qu'il aborde enfin le sujet et les liens
bien plus forts entre les Comores et Mayotte qu'entre Mada et Mayotte... Tout
un symbole. "On refuse tout. On n'accepte que Madagascar. Juste pour prouver
qu'on est des bons Français", continue Attoumani. "De l'extérieur, la
situation est ridicule, mais de l'intérieur on ne s'en rend pas compte. Les
Comores, c'est à quelques kilomètres seulement, ils parlent mieux français que
nous, et si on veut aller plus loin, certains sont plus clairs de peau !"
Entrevoit-il une solution à ce rejet du passé ? Non, pas vraiment. "On peut
virer tout le monde ! Allons-y clairement ! Mais si on fait ça, il y aura un
déséquilibre flagrant. On sera malheureux, tout le monde a des clandestins
chez lui, et on les exploite !" Et d'ajouter: "Et puis, comment veux-tu que ça
change si personne ne va aux Comores. Personne n'y va ! Pourtant ces gens ont
une culture, une identité. Eux au moins ont le mérite d'être authentiques.
Nous, on est bien habillés, mais on est malades... Et on veut pas se soigner.
"
Propos recueillis par R.C.
P 9 N'208 - VENDREDI 24 SEPTEMBRE 2004
"Je ne suis pas Comorienne"
Roukia (1), treize ans, élève de 5e au collège de Dembéni, dirait n'importe
quoi pour qu'on ne la "traite" pas de Comorienne. Dialogue de tous les jours
avec une petite fille ordinaire.
- Je suis Française, c'est tout ! Je ne suis pas Comorienne.
- Tu as des papiers français, c'est vrai, mais tes origines sont comoriennes.
- Non, c'est pas vrai !
- Pourquoi tu ne veux pas être Comorienne ? C'est honteux d'être Comorien ?
- Non, je ne suis pas Comorienne, c'est tout.
- Pourtant depuis que tu es née, ta mère te parle en comorien, non ? Tu es
allée à l'école coranique comme les Anjouanais et les Grand Comoriens de ton
âge, et à Mayotte, les gens s'habillent comme aux Comores....
- Je ne parle pas comorien, je parle shimaoré.
- C'est la même langue, avec de petites différences. Si un Anjouanais parle,
tu le comprends, et lui comprend le shimaoré.
- Non, je ne comprends pas l'Anjouanais.
- Tu es née dans l'archipel des Comores, même si Mayotte n'appartient pas au
même pays que les trois autres îles, elle fait partie des Comores..
- Et alors ? Je suis Française.
- Française et Comorienne.
- M'lawé !
- Tu es Française, d'accord, mais tu vois bien que tu ressembles plus à une
Comorienne qu'à une Française. D'ailleurs, quand tu parles des Français de
métropole, tu dis "les m'zungus"... Exactement comme le disent les
Grand-Comoriens, les Anjouanais et les Mohéliens.
- Non, non, non !
- Et tes parents ?
- Ils sont Français !
- Oui, mais quand ils sont nés, c'étaient des Comoriens dont la France avait
colonisé le pays. Comme tous les Comoriens.
- Non, mes parents n'ont jamais été Comoriens !
.... Et ainsi de suite. Questions : Comment un individu peut-il se construire
en reniant dès l'enfance son identité ? A quoi ressemblera la société bâtie
par de tels individus ?
LLG.
(1) Prénom d'emprunt
P 9 N'208 - VENDREDI 24 SEPTEMBRE 2004
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