Mr AHMED Abdallah M'chindra
E-mail: aifas@hotmail.com
Nous a communiqué cet article pour publication dans nos colonnes
Ecrit
par A. Ahmed, décembre 2005
A propos de la situation politique et socio-économique
Dans l’île comorienne de Mayotte
Les propos tenus au Figaro Magazine de septembre 2005 par le ministre français
de l’outre mer monsieur François Baroin sur la remise en cause du droit du sol
concernant certains territoires notamment la Guyane et Mayotte, ont provoqué
un tollé dans la classe politique surtout par les partis de l’opposition de la
gauche métropolitaine. Afin de lutter efficacement contre l’immigration
clandestine, le ministre disait : « Remettre en cause le droit au sol, ne doit
plus être, un tabou ».
A l’exception des élus UMP de Mayotte qui ont applaudi bruyamment « leur»
ministre, nombreuses furent les réactions d’indignation des élus des
départements et territoires d’outre-mer mais également de la diaspora
comorienne. Madame Christine Taubira, élue de gauche de la Guyane a qualifié
ces propos de « chasse à l’homme reconnaissable au faciès et à la pauvreté....
». Plusieurs manifestations de la diaspora comorienne ont eu lieu dans
plusieurs agglomérations françaises notamment à Paris et à Marseille dénonçant
la politique impérialiste de la France dans l’archipel avec la complaisance
coupable des potentats locaux. Le droit du sol et le droit du sang font
partis, depuis des siècles, des fondements des institutions républicaines
conférant à l’individu une appartenance identitaire et citoyenne. Remettre en
cause ces deux principes pour certains territoires et pas pour d’autres, c’est
continuer à stigmatiser ces territoires qui ont déjà beaucoup de mal à se
situer au sein d’une entité nationale.
En tenant de tels propos le ministre de l’outre-mer vient souffler sur des
braises incandescentes sachant que des tensions persistantes se développent à
Mayotte s’agissant des arrivées massives de ressortissants venant des autres
îles des Comores mais aussi de Madagascar. Ces nouveaux arrivants sont
qualifiés de « sans papiers », de « clandestins » par les uns, de « voleurs »
de « usurpateurs de boulots » pour les autres; en fait ils représentent de
parfaits boucs émissaires pour tous. Il règne à Mayotte un climat délétère
avec un ostracisme anti- comorien (surtout anjouanais) s’amplifiant de jour en
jour.
Ce qui se passe à Mayotte risque de tourner au drame si l’administration
territoriale, les services de l’Etat français mais aussi les dirigeants de
l’Union des Comores continuent à fermer les yeux, à encourager voire à attiser
les rancoeurs, à mener une politique haineuse et discriminante entre les
communautés.
En effet lorsque au niveau national un ministre de tout premier plan parle de
« racailles » ou de karcheriser certains quartiers, lorsque J.m. Le Pen
finaliste au présidentiel 2002 tient des propos ouvertement racistes en
évoquant ( entre autres inepties) la préférence nationale, la parole semble
être libérée pour que certains s’égosillent impunément en tenant des propos
ostensiblement racistes et xénophobes.
Certains élus mahorais ne sont pas de reste . Le député UMP de Mayotte,
Mansour Kamardine ou ses sbires, certains maires se croient obligés de
surenchérir en multipliant les propos anti-comoriens. Les écrits publiés par
certains journaux locaux (Mayotte hebdo, entre autres), les tracts nauséeux
incitant à la haine raciale, des écrits et des propos racistes et publics qui
seraient sévèrement punis en France métropolitaine font légion à Mayotte. Le
président de l’association des maires de l’île ne cesse de clamer ouvertement
qu ‘il ne faut pas inscrire les enfants des « clandestins » dans les écoles et
des enseignants prétextant qu’il n’y aurait plus de places dans les écoles
publiques, pratiquent la préférence nationale en inscrivant en priorité ou
exclusivement tes originaires de Mayotte, écartant de fait les enfants de
familles « étrangères» venues généralement des îles Comores au mépris de la
loi française.
Au mépris de la loi, les hôpitaux , les dispensaires refusent de soigner "les
clandestins". Les maternités ont reçu pour consignes de ne pas enregistrer les
naissances des « bébés clandestins », les mairies ne doivent plus fournir de
certificats de naissance pour des enfants des « sans papiers» au nom de la
lutte contre l’immigration clandestine.
Et monsieur Baroin de passage dans l’île a encouragé ses "petits soldats" en
leur promenant la carotte s’ils continuent, impunément à commettre leurs sales
besognes au nom de la lutte contre l’immigration "Je ferai en sorte que ceux
qui s’impliquent le plus dans cette politique soient récompensés..." On
connaît le résultat. Un des fondements de la politique coloniale de la France
consiste â récompenser grassement certaines « marionnettes» locales, à visage
humain, en leur dotant de pouvoirs politiques et, ou économique sans avoir
préalablement la formation ou les compétences requises.
Mayotte est une île formant une entité historiquement , géographiquement,
culturellement commune avec l’archipel des Comores même langue, même religion,
même origine ethnique, mêmes coutumes... Depuis des siècles, le brassage inter
11es est une réalité. Il n’y a pas une personne â Mayotte qui n’a pas un
parent qui habite ou qui a des racines dans les autres îles soeurs.
Vouloir dresser des murs pour empêcher que des peuples se côtoient, se
visitent ( au nom de la lutte contre l’immigration « clandestine ») comme cela
se passe en Israël, en Corée du Nord, à la frontière entre les États-unis et
le Mexique, aux enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla. . est un non-sens,
une hérésie.
Les anjouanais qui se rendent à l’île comorienne de Mayotte ne se considèrent
pas comme des étrangers. Comment peut-on se vivre comme « clandestin» dans son
propre pays? Pour eux, ils ne sont pas des étrangers et ils ne vont pas à
Mayotte pour avoir « une porte d’entrée pour l’Europe» comme a pu l’écrire M.
Benoît Hopquin dans le quotidien « le Monde » du 21 octobre 2005 qui titrait «
Maytte, porte dérobée de l’Europe ». Pour les Comoriens, Mayotte est une
région comorienne où le développement économique est plus prospère par rapport
â leur région d’origine. Ce cas de figure est comparable à ce qui s’est passé
en France au cours des années 1950 à 1980 (les trente glorieuses) où des
centaines de familles du monde rural ont déserté les campagnes pour aller
s’agglutiner dans les périphéries urbaines, là où ils espéraient trouver du
travail, là où les conditions de survie leur semblaient plus favorables, moins
pénibles.
Dans l’archipel des Comores comme en France hexagonale, les pouvoirs
politiques et économiques ont créé un déséquilibre régional poussant les
populations à quitter leur région afin d’essayer de gagner leur pitance hors
de leur territoire d’origine. Mayotte ,comme le sont ou l’ont été il n’y a pas
si longtemps certains espaces urbains et peri-urbains en métropole, est
devenue un pôle régional attirant une main d’oeuvre famélique, peu formée,
corvéable à merci, cherchant une issue favorable.
Dans les villages anjouanais des régions de Gnoumakélé ou de Bambao là où
surpeuplement rime avec pauvreté, les indigènes n’ont pas besoin d’antennes ou
de paraboles pour capter les radios ou la télévision mahoraise, autant
d’appeaux qui le soir venu hypnotisent . En effet les lumières scintillantes
et les échos d’une île où la réussite serait à portée de main, images
trompeuses et réputation fallacieuse qui continuent à vampiriser un grand
nombre des habitants de ces villages. Avec des embarcations de fortunes
beaucoup d’entre eux ont perdu la vie en tentant d’accéder à l’eldorado tant
convoitée.
Certes l’immigration massive fait peser indéniablement un poids considérable
sur l’organisation des services administratifs et sociaux de l’île comorienne
de Mayotte. Cependant il serait vain et réducteur de vouloir traiter la
question de l’immigration à Mayotte en minorant le déséquilibre socio-
économique régional. Tout autant il serait illusoire de vouloir ériger des
murs pour empêcher les populations d’aller chercher de quoi survivre parfois
au péril de leur vie. La stabilité de cet archipel, tant au niveau politique
qu’économique ne peut se faire que si la France et les dirigeants de l’Union
des Comores se décident enfin à mettre fin au drame qui se déroule depuis
trente ans dans ces îles de l’océan indien. La France en tant qu’ancien et
actuelle puissance coloniale, continue à jouer sans vergogne, les
trouble-fêtes dans la région avec la complicité de ses suppôts représentés
aujourd’hui par M. Azali Assoumani président en exercice de la République de
l’Union des Comores. Les drames qui sévissent avec les milliers de personnes
qui périssent en mer entre Anjouan et Mayotte; l’ostracisme et les
manifestations discriminantes ; le racisme et la xénophobie ; les applications
illégales pour une préférence nationale dans les écoles et les hôpitaux
mahorais sont une honte pour un Etat démocratique et républicain Le citoyen
français a le droit d’être informé pour ne pas se dire un jour « Je ne savais
pas»
Soumoulou 22/ 12/2005