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Politique
A PROPOS DE LA SITUATUON POLITIQUE ET SOCIOECONOMIQUE DANS L'ILE COMORIENNE DE MAYOTTE mise à jour 16/02/2006

Mr AHMED Abdallah M'chindra
E-mail:
aifas@hotmail.com
Nous a communiqué cet article pour publication dans nos colonnes

Ecrit par A. Ahmed, décembre 2005

A propos de la situation politique et socio-économique
Dans l’île comorienne de Mayotte

Les propos tenus au Figaro Magazine de septembre 2005 par le ministre français de l’outre mer monsieur François Baroin sur la remise en cause du droit du sol concernant certains territoires notamment la Guyane et Mayotte, ont provoqué un tollé dans la classe politique surtout par les partis de l’opposition de la gauche métropolitaine. Afin de lutter efficacement contre l’immigration clandestine, le ministre disait : « Remettre en cause le droit au sol, ne doit plus être, un tabou ».

A l’exception des élus UMP de Mayotte qui ont applaudi bruyamment « leur» ministre, nombreuses furent les réactions d’indignation des élus des départements et territoires d’outre-mer mais également de la diaspora comorienne. Madame Christine Taubira, élue de gauche de la Guyane a qualifié ces propos de « chasse à l’homme reconnaissable au faciès et à la pauvreté.... ». Plusieurs manifestations de la diaspora comorienne ont eu lieu dans plusieurs agglomérations françaises notamment à Paris et à Marseille dénonçant la politique impérialiste de la France dans l’archipel avec la complaisance coupable des potentats locaux. Le droit du sol et le droit du sang font partis, depuis des siècles, des fondements des institutions républicaines conférant à l’individu une appartenance identitaire et citoyenne. Remettre en cause ces deux principes pour certains territoires et pas pour d’autres, c’est continuer à stigmatiser ces territoires qui ont déjà beaucoup de mal à se situer au sein d’une entité nationale.

En tenant de tels propos le ministre de l’outre-mer vient souffler sur des braises incandescentes sachant que des tensions persistantes se développent à Mayotte s’agissant des arrivées massives de ressortissants venant des autres îles des Comores mais aussi de Madagascar. Ces nouveaux arrivants sont qualifiés de « sans papiers », de « clandestins » par les uns, de « voleurs » de « usurpateurs de boulots » pour les autres; en fait ils représentent de parfaits boucs émissaires pour tous. Il règne à Mayotte un climat délétère avec un ostracisme anti- comorien (surtout anjouanais) s’amplifiant de jour en jour.

Ce qui se passe à Mayotte risque de tourner au drame si l’administration territoriale, les services de l’Etat français mais aussi les dirigeants de l’Union des Comores continuent à fermer les yeux, à encourager voire à attiser les rancoeurs, à mener une politique haineuse et discriminante entre les communautés.

En effet lorsque au niveau national un ministre de tout premier plan parle de « racailles » ou de karcheriser certains quartiers, lorsque J.m. Le Pen finaliste au présidentiel 2002 tient des propos ouvertement racistes en évoquant ( entre autres inepties) la préférence nationale, la parole semble être libérée pour que certains s’égosillent impunément en tenant des propos ostensiblement racistes et xénophobes.

Certains élus mahorais ne sont pas de reste . Le député UMP de Mayotte, Mansour Kamardine ou ses sbires, certains maires se croient obligés de surenchérir en multipliant les propos anti-comoriens. Les écrits publiés par certains journaux locaux (Mayotte hebdo, entre autres), les tracts nauséeux incitant à la haine raciale, des écrits et des propos racistes et publics qui seraient sévèrement punis en France métropolitaine font légion à Mayotte. Le président de l’association des maires de l’île ne cesse de clamer ouvertement qu ‘il ne faut pas inscrire les enfants des « clandestins » dans les écoles et des enseignants prétextant qu’il n’y aurait plus de places dans les écoles publiques, pratiquent la préférence nationale en inscrivant en priorité ou exclusivement tes originaires de Mayotte, écartant de fait les enfants de familles « étrangères» venues généralement des îles Comores au mépris de la loi française.

Au mépris de la loi, les hôpitaux , les dispensaires refusent de soigner "les clandestins". Les maternités ont reçu pour consignes de ne pas enregistrer les naissances des « bébés clandestins », les mairies ne doivent plus fournir de certificats de naissance pour des enfants des « sans papiers» au nom de la lutte contre l’immigration clandestine.

Et monsieur Baroin de passage dans l’île a encouragé ses "petits soldats" en leur promenant la carotte s’ils continuent, impunément à commettre leurs sales besognes au nom de la lutte contre l’immigration "Je ferai en sorte que ceux qui s’impliquent le plus dans cette politique soient récompensés..." On connaît le résultat. Un des fondements de la politique coloniale de la France consiste â récompenser grassement certaines « marionnettes» locales, à visage humain, en leur dotant de pouvoirs politiques et, ou économique sans avoir préalablement la formation ou les compétences requises.

Mayotte est une île formant une entité historiquement , géographiquement, culturellement commune avec l’archipel des Comores même langue, même religion, même origine ethnique, mêmes coutumes... Depuis des siècles, le brassage inter 11es est une réalité. Il n’y a pas une personne â Mayotte qui n’a pas un parent qui habite ou qui a des racines dans les autres îles soeurs.

Vouloir dresser des murs pour empêcher que des peuples se côtoient, se visitent ( au nom de la lutte contre l’immigration « clandestine ») comme cela se passe en Israël, en Corée du Nord, à la frontière entre les États-unis et le Mexique, aux enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla. . est un non-sens, une hérésie.

Les anjouanais qui se rendent à l’île comorienne de Mayotte ne se considèrent pas comme des étrangers. Comment peut-on se vivre comme « clandestin» dans son propre pays? Pour eux, ils ne sont pas des étrangers et ils ne vont pas à Mayotte pour avoir « une porte d’entrée pour l’Europe» comme a pu l’écrire M. Benoît Hopquin dans le quotidien « le Monde » du 21 octobre 2005 qui titrait « Maytte, porte dérobée de l’Europe ». Pour les Comoriens, Mayotte est une région comorienne où le développement économique est plus prospère par rapport â leur région d’origine. Ce cas de figure est comparable à ce qui s’est passé en France au cours des années 1950 à 1980 (les trente glorieuses) où des centaines de familles du monde rural ont déserté les campagnes pour aller s’agglutiner dans les périphéries urbaines, là où ils espéraient trouver du travail, là où les conditions de survie leur semblaient plus favorables, moins pénibles.

Dans l’archipel des Comores comme en France hexagonale, les pouvoirs politiques et économiques ont créé un déséquilibre régional poussant les populations à quitter leur région afin d’essayer de gagner leur pitance hors de leur territoire d’origine. Mayotte ,comme le sont ou l’ont été il n’y a pas si longtemps certains espaces urbains et peri-urbains en métropole, est devenue un pôle régional attirant une main d’oeuvre famélique, peu formée, corvéable à merci, cherchant une issue favorable.

Dans les villages anjouanais des régions de Gnoumakélé ou de Bambao là où surpeuplement rime avec pauvreté, les indigènes n’ont pas besoin d’antennes ou de paraboles pour capter les radios ou la télévision mahoraise, autant d’appeaux qui le soir venu hypnotisent . En effet les lumières scintillantes et les échos d’une île où la réussite serait à portée de main, images trompeuses et réputation fallacieuse qui continuent à vampiriser un grand nombre des habitants de ces villages. Avec des embarcations de fortunes beaucoup d’entre eux ont perdu la vie en tentant d’accéder à l’eldorado tant convoitée.

Certes l’immigration massive fait peser indéniablement un poids considérable sur l’organisation des services administratifs et sociaux de l’île comorienne de Mayotte. Cependant il serait vain et réducteur de vouloir traiter la question de l’immigration à Mayotte en minorant le déséquilibre socio- économique régional. Tout autant il serait illusoire de vouloir ériger des murs pour empêcher les populations d’aller chercher de quoi survivre parfois au péril de leur vie. La stabilité de cet archipel, tant au niveau politique qu’économique ne peut se faire que si la France et les dirigeants de l’Union des Comores se décident enfin à mettre fin au drame qui se déroule depuis trente ans dans ces îles de l’océan indien. La France en tant qu’ancien et actuelle puissance coloniale, continue à jouer sans vergogne, les trouble-fêtes dans la région avec la complicité de ses suppôts représentés aujourd’hui par M. Azali Assoumani président en exercice de la République de l’Union des Comores. Les drames qui sévissent avec les milliers de personnes qui périssent en mer entre Anjouan et Mayotte; l’ostracisme et les manifestations discriminantes ; le racisme et la xénophobie ; les applications illégales pour une préférence nationale dans les écoles et les hôpitaux mahorais sont une honte pour un Etat démocratique et républicain Le citoyen français a le droit d’être informé pour ne pas se dire un jour « Je ne savais pas»

Soumoulou 22/ 12/2005