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Archipel des Comores :
l’origine de la tragédie des kwassas-kwassas
mise à jour
21/08/2007 |

Archipel des Comores : l’origine de la tragédie des kwassas-kwassas
Article paru dans Témoignages le vendredi 17 août 2007 (page 4)
URL :
http://www.temoignages.re/article.php3?id_article=24123
"L’AVENTURE COMORIENNE" D’UN GOUVERNEMENT FRANÇAIS :
LES REFERENDUMS A MAYOTTE
Archipel des Comores :
l’origine de la tragédie des kwassas-kwassas
C’est sur la base de deux
référendums illégaux sur le plan du droit international que Mayotte a été
séparé de l’État comorien. De plus, les conditions dans lesquelles se sont
tenues ces deux scrutins étaient loin d’être sereines et amènent à douter de
la sincérité des résultats. Le prix payé aujourd’hui par ces manœuvres
néocoloniales d’hier est le drame quotidien qui se joue dans les 70 kilomètres
d’océan qui séparent Mayotte d’Anjouan. Le prix est aussi la montée de la
violence entre les Mahorais et les autres habitants de l’archipel qui
souhaitent séjourner dans l’île aux Parfums.
Manuel MARCHAL

2 juillet 1975 "Témoignages" tire les enseignements de la décision du
gouvernement d’imposer une nouvelle consultation
île par île dans l’Archipel des Comores et apporte un éclairage réunionnais
sur cette situation inédite.
Le 22 décembre 1974, 93% de la population du Territoire d’Outre-mer des
Comores se prononce pour l’indépendance. Le TOM composé de la Grande-Comore,
de Mohéli, d’Anjouan et de Mayotte va donc devenir une République
indépendante.
Le 27 juin 1975, à Paris, la majorité parlementaire et le gouvernement
giscardien changent les règles : puisque dans une des 4 îles, le résultat du
scrutin d’autodétermination était différent, un nouveau référendum sera
organisé dans les 4 îles, avec une prise en compte des résultats île par île.
Le 22 décembre 1974, 35% des électeurs de Mayotte avaient voté pour
l’indépendance. Il faut rappeler qu’à cette époque, Mayotte avait une
population de 40.000 habitants, alors que le TOM des Comores auquel l’île
était intégrée comptait 300.000 personnes.

Le référendum du 8 février 1976 à Mayotte fermement condamné par la communauté
internationale.
Dans "Témoignages" du 2 juillet 1975 ; le Comité Réunionnais pour la Paix voit
dans cette décision du gouvernement la volonté « de porter
atteinte à l’intégrité territoriale de l’archipel et à l’unité nationale en
détachant Mayotte des autres îles, créant ainsi les conditions d’une tension
venant justifier une intervention militaire et l’installation d’une base. Ce
serait ainsi la troisième base militaire française de l’Océan Indien après
Djibouti et La Réunion. Déjà, les prises de position du gouvernement
territorial et de l’Assemblée territoriale comorienne ainsi que des
manifestations populaires ont démontré que le peuple comorien se rassemblait
pour obtenir l’indépendance de l’archipel tout entier et arrêter l’engrenage
de la dislocation, de la sécession et de l’agression militaire ».
Ce rassemblement comorien se traduit par la déclaration d’indépendance du 6
juillet 1975. Acte confirmé par la proclamation du 24 septembre 1976, c’est ce
que reconnaît le droit international.

"Témoignages" rappelle le contexte dans lequel s’est tenu ce scrutin où le
résultat donna 99,4% de “non”
à l’indépendance dans le cadre de la République des Comores.
Le 8 février 1976, le référendum décidé par Paris a lieu à Mayotte où
entre-temps, 2.000 opposants au gouvernement français ont été expulsés. Un an
avant, 63% des Mahorais avait voté contre l’indépendance, ce score a gonflé
pour atteindre 99%. Un scrutin condamné par l’OUA, et dont le résultat a été
obtenu de manière contestable, écrit "Témoignages" du 10 février 1976 :
« Ils n’étaient que 64% en décembre 1974. Par la grâce de
Michel Debré et d’Olivier Stirn, le tableau a pris des couleurs mirobolantes.
D’incroyables et d’invraisemblables couleurs. Comme au bon vieux temps des
miracles coloniaux. Comme aux pires périodes des triomphes électoraux arrangés
par le pouvoir colonial ».

"Témoignages" annonce qu’un troisième bulletin sera présent le 11 avril 1976
dans les bureaux de vote au lieu des deux prévus par la loi.
Comment croire dans ces conditions à un scrutin serein ?
Mais ce n’est pas tout. Le gouvernement français va organiser un troisième
référendum à Mayotte le 11 avril suivant. La question posée est simple : les
Mahorais veulent-ils rester un Territoire d’Outre-mer, oui ou non ? Mais le
résultat du vote n’allait pas du tout répondre à la question posée !
Un dirigeant de la droite ultra de Mayotte avait en effet décidé de la
présence d’un troisième bulletin dans les bureaux de vote. Celui de "oui" au
statut de département d’Outre-mer. Et c’est ce "oui" au DOM qui l’emporta à
79,6% !
Résultat, Mayotte devint alors une collectivité territoriale à caractère
départemental, puis une collectivité départementale en 2001 après un
référendum local en 2000.
Aujourd’hui, les kwassa-kwassa sont le résultat de ces manœuvres qui ont
inscrit une instabilité durable dans l’archipel des Comores.
Retour à travers quelques articles de "Témoignages" sur ces événements qui ont
plongé l’archipel dans une instabilité durable.
Manuel Marchal

Un vote qui ne résout rien : le résultat du scrutin du 11 avril ne répond même
pas à la question demandée.
C’est pourtant sur la base de ce type de consultation que voici 30 ans,
s’est mise en place la situation qui provoque le drame des kwassa-kwassa.
Djaanfar Salim Allaoui, Ministre de l’Intérieur d’Anjouan
Sur la base de la réalité historique, la France ne doit rester spectatrice
Dans une interview accordée à "Témoignages" en novembre
2005, le Ministre de l’Intérieur d’Anjouan apporte un éclairage sur
l’émigration anjouanaise à Mayotte.
« En 1974, il n’y avait que 60.000 habitants à Mayotte. On a alors encouragé
les Comoriens, et notamment les Anjouanais, traditionnellement durs à la
tâche, à venir s’installer à Mayotte. Le fait qu’ils n’aient pas de papiers
n’a posé aucun problème. Au contraire, comme il s’agissait d’une main-d’œuvre
pas chère, les Anjouanais ont été employés et continuent à être employés
clandestinement par tout le monde, y compris par les élus qui crient
aujourd’hui au "trop-plein". Je le dis et je le répète, les Anjouanais ont la
culture du travail. Ils sont agriculteurs, maçons, charpentiers, soudeurs...
Ils ont de l’ambition. Malgré les bas salaires, beaucoup d’entre eux se sont
élevés dans l’échelle sociale. Ils sont devenus un élément incontournable dans
le fonctionnement de l’économie mahoraise.
Ils ont construit des maisons, acheté des voitures, leurs enfants réussissent
leurs études et voilà brusquement qu’ils deviennent indésirables. C’est
curieux. (...)
Nous estimons que c’est à la France de trouver le cadre légal le mieux
approprié pour que nos 2 peuples puissent vivre harmonieusement. Nous ne
disons pas cela pour nous défausser - nous sommes prêts à tous les efforts -,
mais simplement parce que nous nous basons sur la réalité historique. Par son
passé et son action dans l’Histoire récente de l’archipel, la France a de
lourdes responsabilités dans la situation actuelle. De ce fait, elle ne peut
"filer à la française" et assister en spectatrice au bain de sang qui en train
de se préparer à Mayotte si on laisse les choses perdurer. Il y a un déficit
de dialogue entre Paris et nous. Nous lui renouvelons notre appel à aider
notre peuple à se fixer ici à Anjouan. Nous le faisons de manière d’autant
plus pressante que nous sommes désormais confrontés à un nouveau problème,
celui du retour massif dans l’île de notre diaspora chassée de Mayotte. Nous
ne pourrons pas faire face longtemps à cet afflux de population ».
Archipel des Comores : l’origine de la
tragédie des kwassas-kwassas
Article paru dans Témoignages le vendredi 17 août 2007 (page 4)
URL :
http://www.temoignages.re/article.php3?id_article=24123
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