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Politique
Notre intégration s'est dégradée
                         

Fougères
lundi 12 avril 2004
« Notre intégration s'est dégradée »
La communauté mahoraise fougeraise souhaite s'ouvrir davantage

Implantée à Fougères dans les années 80, la communauté mahoraise (Mayotte, archipel des Comores) compte aujourd'hui près de 70 personnes. Afin d'améliorer son intégration auprès de la population locale, laquelle tend à se dégrader, elle souhaite s'appuyer sur sa nouvelle association Les enfants des îles pour promouvoir son identité culturelle et, du même coup, se faire mieux accepter...

« Pourquoi êtes-vous venu vous installer à Fougères ? ». Cette question (trop) souvent entendue dans nombre d'administrations fougeraises finit par irriter Said Ahmed, dont la couleur de peau trahit ses origines africaines. « Mais je suis Français comme vous rétorque t-il, un brin agacé. Chez moi à Mayotte, nos côtoyons plusieurs personnes à la peau blanche et cela ne nous pose aucun problème. Pourquoi cela devrait-il en poser ici ? ». Marre aussi que, par exemple, le changement de sa carte d'identité périmée à la sous-préfecture nécessite délais et lourdeurs administratives à n'en plus finir.

Comme environ 70 de ses compatriotes, Said fait en effet partie de la communauté mahoraise de Fougères. Une implantation locale dont l'origine remonte aux années 1984-1985, date à laquelle Mohamed Ali Marie, frère d'un militaire de la Lande d'Ouée, avait posé son sac en ville. Peu à peu son entourage et ses amis l'avaient rejoint, grossissant les rangs du groupe ethnique, issu du Territoire d'Outre-mer au sud de l'Afrique (à côté de Madagascar). En venant en Métropole, les Mahorais recherchent surtout de meilleures formations scolaires et universitaires ainsi que du travail. Ils sont en général francophones mais parlent souvent leur dialecte entre eux.

Du plomb dans l'aile...

Said et ses amis sentent bien que leur intégration locale a pris un peu de plomb dans l'aile. À une époque pas si lointaine, leur reconnaissance était nettement meilleure. « Dans les années 90, il y avait l'association « Vision sur Mayotte » et un groupe musical qui participaient de près à la vie locale. Nous avions même défilé aux Angevines et collaboré au Téléthon. À l'époque les démarches administratives, par exemple pour trouver un logement auprès de l'office HLM, et même les recherches d'emploi s'en trouvaient facilitées ». Mais la vie étant ce qu'elle est, certains Mahorais sont retournés au pays, le groupe musical s'est peu à peu éteint vers 1993-1994 et le local prêté par la ville a été mis à la disposition d'une autre association. Seule l'équipe de football mahoraise a su maintenir un lien vers l'extérieur, la communauté ayant un peu tendance à se replier sur elle-même, suscitant un rejet non pas flagrant mais insidieux de la population locale. « Nous avons donc décidé de réagir explique Said. Une nouvelle association : « Les enfants des Iles » est née, il y a trois ans. Sa vocation est de promouvoir nos danses traditionnelles mais aussi la culture mahoraise et des îles Comores. Toutes les personnes intéressées pour nous rejoindre, y compris celles venant de la Métropole, sont les bienvenues (1) ». Les Enfants des ïles compte aujourd'hui une quarantaine d'adhérents et tend à multiplier ses contacts vers l'extérieur. La fête et les danses de samedi, salle de la Forairie, s'inscrivaient dans cette résolution d'ouverture...

(1) Contact : « Les enfants des Iles », Said Ahmed au 06 20 04 84 93.

J-L.G.

© Ouest-France Multimédia