|
|
|
Politique |
Proposition pour tenter de résoudre un
conflit qui dure depuis plus de 30 ans
mise à jour 08/01/2006 |
Ce document est issu d'une contribution de
Ben Salim ABOUBACAR, publiée dans notre forum HABARI
le 10/10/2005
Bonjour à
tous et à toutes,
Voici une proposition pour tenter de résoudre un conflit qui dure depuis plus
de 30 ans. Cette modeste contribution a pour objectif de susciter un débat
pour rapprocher les positions des uns et des autres. Bonne réception.
PS: Qui pourrait me donner par retour du courrier, les numéros de Fax des
Présidents comoriens, de l'Elysée, des ministres des affaires étrangères
français et comorien, des partis politiques comoriens et du ministre des
DOM-TOM? Ben Salim ABOUBACAR. PLAIDOYER POUR UNE RECONCILIATION TRIPARTITE
Le constat : Après plus de trois ans d’observation de l’évolution de la
situation socio-politico-économique mahoraise, il m’est venu à l’esprit de
publier cette modeste contribution pour une solution durable et satisfaisante
pour les parties concernées. J’ai pris cette décision au mois de juin 2005
mais je prenais le temps de mûrir mes idées.
Mon devoir de citoyen m’oblige hélas à « surfer » sur l’actualité. L’évolution
rapide de la croissance démographique à Mayotte amène tout esprit cartésien à
conclure que cette île ne peut pas accueillir toutes les personnes des autres
îles de l’archipel, qui souhaitent, pour une raison ou une autre, s’y établir.
Les efforts de chaque partie : La France : Le renforcement des moyens de
sécurité et de répression et le saupoudrage de la coopération régionale à
l’état embryonnaire ne règleront pas le problème. Et il serait dangereux de
laisser la situation pourrir.
Il faudra une politique audacieuse et volontariste qui attaquera ce problème
en amont. C’est la raison pour laquelle je suggère que la France prenne
entièrement à charge deux secteurs vitaux dans le reste de l’archipel, à
savoir l’éducation et la santé. Utopie me rétorqueront certains ! Inimaginable
crieront d’autres : les Comores sont indépendantes alors qu’ils se
débrouillent. Je vous rappelle que la défense extérieure de ce pays est
entièrement aux mains de la France. A-t-elle été efficace ? Je n’en sais rien
ou je préfère ne pas entrer dans ce débat. Je pense que si le Président du
conseil de gouvernement des Comores, Monsieur Ahmed Abdallah n’avait pas
proclamé unilatéralement l’indépendance des Comores, le 6 juillet 1975, on se
serait certainement acheminé vers des négociations qui auraient aboutis à une
prise en charge par la France d’un certain nombre de secteurs clés.
L’évolution de la situation politique en Nouvelle Calédonie nous apprendra
sans doute beaucoup de choses à ce sujet. Pour ma part, je me dis que si les
Comores sont parmi les derniers pays décolonisés par la France c’est qu’il y a
bien une raison. Et ce n’est pas la d valuation limitée du franc comorien par
rapport au franc français (seulement 25% alors qu’elle a été de 50% dans les
autres pays utilisant le franc CFA) qui me donnera tort. Les Comores : Il me
semble que :
· les Comores ne pourront pas prendre Mayotte à la France par la force. Qu’on
me prouve le contraire si je me trompe.
· La France ne cédera pas volontairement Mayotte aux Comores malgré les
protestations des gouvernements comoriens successifs, à l’ONU et les beaux
discours qu’on peut lire ici ou là. Dans ce combat de David contre Goliath,
malgré le droit international, je crois que David a perdu ; à moins qu on me
prouve le contraire. Ne me parlez surtout pas de l’exemple chinois ; cela ne
serait pas réaliste.
· Les Mahorais dans leur grande majorité, bien que reconnaissant que nous
sommes de la « même famille », ne veulent pas que leur île réintègre
l’ensemble comorien. J’en ai la ferme conviction.
A moins de vouloir se mentir à soi-même, il est grand temps que les Comores
entérinent ces faits indiscutables et adoptent une position réaliste et
constructive en :
- respectant le choix des Mahorais et en acceptant que l’île comorienne de
Mayotte reste dans le giron français,
- s’engageant à aider à la régulation, de manière très efficace, de
l’émigration vers Mayotte,
- développant une coopération bilatérale avec l’île sœur,
- se démocratisant et en se concentrant sur des secteurs clés que la France ne
prendra pas en charge,
- respectant les spécificités et les aspirations de chaque île.
Mayotte :
Je ne chercherai pas à nier les différences qu’il peut y avoir entre les îles,
mais il me semble qu’il y a des dérives sémantiques, volontaires ou non, qui
induisent en erreur aussi bien le jeune Mahorais que le «mzoungou »
fraîchement arrivé ou installé depuis un certain temps. J’ai cité les jeunes
car les anciens savent qu’il y a un patrimoine culturel commun dans les quatre
îles de l’archipel des Comores. L’usage excessif des termes tels que :
traditions mahoraises, masques mahorais, maisons mahoraises, cuisines
mahoraises…etc ou l’affirmation de l’existence d’une langue mahoraise d’un
côté et d’une langue comorienne de l’autre ne sont que des exemples parmi tant
d’autres pour semer la confusion. On retrouve d’ailleurs, dans une moindre
mesure, cette tendance sur une autre île. J’invite les « wa maoré, wa moili,
wa ndzouani na wa ngazidja » à mener une réflexion sur ce qui est commun et ce
qui est spécifique à chaque île. Une réflexion s’impose aussi sur la «
ghettoïsation » de Mayotte. Pour une île de Mayotte apaisée, toutes les
communautés - mahoraise, comorienne, malgache, mzoungou et autres - doivent
vivre en parfaite harmonie.
L’île de Mayotte doit-elle exclure ou intégrer les ressortissants des autres
îles qui y vivent? En tant républicain convaincu, je miserai sur
l’intégration. L’affaire des pêcheurs nous a prouvé qu’il y a des pans entiers
du secteur économique qui ne fonctionnent que grâce à la main d’œuvre venue
des îles sœurs. Il a été demandé récemment aux fonctionnaires de n’employer
que des travailleurs à domicile en situation régulière. Encore faut-il les
trouver !!
Quel est l’avenir des jeunes qu’on ne scolarise pas, faute de place ou plutôt
de politique volontariste du gouvernement, pour assurer à tous les enfants qui
sont Mayotte une meilleure éducation ? Je n’ose pas y répondre car je ne suis
pas apôtre du catastrophisme. Mais cet avenir est fortement lié à la paix
sociale mahoraise de demain. Je rappelle ici que la France s’est développée en
intégrant les ressortissants de ses voisins. Aujourd’hui encore on trouve,
pour ne citer que l’exemple de l’éducation nationale, un nombre non
négligeable de fonctionnaires d’origine africaine, notamment dans les
disciplines scientifiques. Aux Etats-Unis, le pourcentage de cadres et
ingénieurs venus d’Asie m’incite à penser que un Anjouanais qui aura reçu une
formation apportera plus à Mayotte que celui qui sera livré à lui-même. Il
faudra également réfléchir par deux fois sur les problèmes de santé publique
(en ce moment par exemple, la rougeole ne choisit pas entre les sans papiers
et les autres) que l’avènement de la sécurité sociale à Mayotte- qui est une
bonne chose soit dit en passant- a amené dans ses bagages des dommages
collatéraux. Quand le ministère de l’éducation nationale et celui de la santé
se font l’écho du ministère de l’intérieur, on n’est plus dans un Etat de
droit et c’est dangereux pour la République.
Conclusion :
· Mayotte doit accepter qu’il existe bien un patrimoine culturel commun et
intégrer les ressortissants des autres îles vivants sur son sol.
· Les Comores doivent accepter le destin que les Mahorais ont choisi et
s’engager à réguler le flux migratoire vers Mayotte.
· La France doit s’engager à prendre entièrement en charge l’éducation et la
santé dans les trois autres îles.
Voila, je ne voulais pas quitter Mayotte au bout de mon séjour de quatre
années sans avoir livré le fond de ma réflexion. Je ne suis missionné par
aucune des parties. Mon objectif étant bien entendu d’ouvrir un débat pour une
solution définitive du conflit entre la France et les Comores et d’apaiser la
situation à Mayotte. Je suis conscient que ma proposition peut susciter de
l’incompréhension chez une partie de mes amis mahorais, un sentiment de
trahison chez mes anciens camarades de lutte comoriens et beaucoup
d’interrogations chez mes collègues mzoungous. Je suis à la disposition de
tout le monde pour en débattre.
Ben Salim ABOUBACAR,
Citoyen français, natif de Mohéli.
|