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Qui a créé “l’immigration clandestine” à
Mayotte ? mise à jour 06/01/2006 |
Qui a créé “l’immigration
clandestine” à Mayotte ?
Publié dans TEMOIGNAGES édition du mardi 20 septembre 2005
http://www.temoignages.re/article.php3?id_article=10944
Le débat lancé sur le droit du sol outre-mer n’est-il pas déjà en train de
déraper ? C’est un débat complexe, dans lequel il faut chercher à poser de
vraies questions : sur ce que sont les objectifs ministériels, et le résultat
recherché réellement.
DROITS HUMAINS
IL ne suffit pas de dire vouloir "lever un tabou" pour avoir nécessairement
raison. Les sociétés humaines reposent sur toutes sortes de tabous, parfois
nécessaires à leur cohésion. S’agissant de questions de droit, on ne voit pas
bien pourquoi il faudrait leur donner une entrée en matière aussi
provocatrice. Et aussi instable... Car après avoir parlé de "tabou", le
ministre Baroin, dans l’interview au “Figaro Magazine”, observe que la remise
en cause du droit du sol "ne provoque pas pas les mêmes réticences outre-mer
qu’en Métropole", selon lui. Alors il faudrait savoir : tabou, pas tabou ? Le
problème n’est pas là. Pour "ouvrir le débat", le ministre cite par exemple le
cas de Mayotte où, dit-il "plus de 30% de la population est d’origine
clandestine", une autre façon de dire "comorien" à la rue Oudinot. Et cette
vilaine manière de langage va tendre à se généraliser dans la région, vu la
façon dont le gouvernement envisage de traiter les Comoriens de Mayotte et de
La Réunion. Ce jeune ministre a-t-il une mémoire ? Ou a-t-il oublié les
boutres sur lesquels, en octobre 1975, les séparatistes mahorais du MPM
(Mouvement populaire mahorais) ont renvoyé vers les Comores quelques 2.000
partisans - la plupart, Mahorais - de l’unité de l’archipel ? C’était peu
après la déclaration d’indépendance unilatérale prononcée le 6 juillet par
Ahmed Abdallah, porté au pouvoir 2 ans plus tôt par une coalition qui voulait
négocier avec la France une "accession à l’indépendance dans l’amitié et la
coopération". La France a si bien manœuvré, si bien attisé les peurs des uns,
les colères des autres ; le président comorien s’est montré si peu habile et
conciliant qu’en moins de 3 ans (1974-76), un divorce total était consommé
entre Mayotte et le reste de l’archipel. Ceci, malgré le référendum - un des
référendums organisés pendant cette période -, celui du 22 décembre 1974, qui
a donné 95% de suffrages favorables à l’indépendance dans l’ensemble des 4
îles prises globalement - comme le prévoyait d’ailleurs une clause des
Nations-Unies. La France privilégia un décompte séparé, qui permit de faire
apparaître un vote majoritaire des Mahorais contre l’Indépendance. La voie
choisie par la France est à l’origine d’un conflit de droit international, qui
nous amène à penser d’une part que la situation de Mayotte aujourd’hui n’est
pas comparable à celle de la Guyane et de ses 3.000 km de frontière avec des
États avec lesquels il n’existe pas de contentieux.
Situation prévisible
D’autre part, la situation actuelle était prévisible il y a 30 ans, comme en
témoigne le rapport de Louis de Guiringaud, représentant de la France aux
Nations-Unies. Ce texte de 1975 intitulé “Les Comores, Mayotte et la France”
concluait ainsi : "Qu’adviendrait-il au surplus si Mayotte se voyait reconnu
le statut de DOM ou de TOM ? L’île deviendrait moins pauvre que les autres et
à la longue nous créerions un “centre de jalousie” aussi irritant pour
Madagascar que pour le reste de l’archipel, dans une région qui a une
homogénéité évidente, une grande difficulté à se développer et à laquelle
s’intéressent de puissants États avides d’influence...". Vis à vis de ce
problème qu’il a créé de toutes pièces il y a 30 ans, si le gouvernement
français voulait réellement faire reculer l’immigration clandestine des
Comoriens vers Mayotte, il dispose de bien d’autres moyens. Les Comoriennes
iraient-elles accoucher à Mayotte si l’aide économique de la France permettait
de doter les îles d’Anjouan et de la Grande Comore d’hôpitaux modernes ? Avec
un niveau de vie plus élevé, les Comoriens seraient certainement moins tentés
par une traversée périlleuse. Si l’on veut ouvrir le débat, pourquoi ne pas
reposer la question du co-développement de nos îles, des aides concrètes que
nous pouvons nous apporter mutuellement ?
Et puisque l’on veut "lever des tabous", reposons la question d’un processus
de dialogue historique pour l’unification de l’archipel, sur une base de
coopération économique, dans le respect des identités et des besoins de chaque
île. C’est la seule façon humaine d’en finir avec l’immigration clandestine,
mangeuse de centaines de vies dont personne ne se soucie.
P. David
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