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La paix au Proche-Orient
sur la feuille de route Après la première guerre du Golfe, la Maison Blanche veut montrer au monde entier qu’il n’y a plus deux poids et deux mesures dans l’ordre international. Qu’après avoir fait une « guerre juste » au Proche-Orient, les Etats-Unis doivent y conduire à la paix. Nous sommes le 10 septembre 1993. Les accords d’Oslo, précisant le chemin vers la paix, vont être considérés comme tellement fabuleux, relevant presque des contes de fées, comme si la réalité du terrain depuis la conférence de Madrid ( les violences subies par les habitants du sud de Liban…), ne pouvait pas étouffer ni reculer l’application. Les traitements médiatiques de ces accords patronnés par le président Clinton ont donné l’impression que le vieux conflit du monde a pris fin sur tous les écrans de télévision de la planète. La paix télévisuelle renforce la conviction générale. « Miracle de la paix », titre en couverture de son numéro du 20 septembre le grand hebdomadaire américain Time. « Le Proche-Orient pouvait être doté d’une banque du développement », titre en premières pages du Monde le premier novembre. Oui, renchérit Shimon Pérès. Parce que « les bâtisseurs de la paix » ont comme idée centrale, que « seul le développement économique doit être l’ingrédient majeur de la paix et de la sécurité », rajoute-t-il. C’est pourquoi la composante économique des documents d’Oslo est d’autant plus développée que ne l’est la composante politique et militaire. Dans son ouvrage, Le temps de la paix, il affirme que « la paix ne se réalise pas par l’accord sur les questions de base ( la souveraineté, le retour des réfugiés, la création d’un Etat national palestinien indépendant, les terres, Jérusalem…) permettant par la suite le développement pacifique des relations de coopération entre les peuples en conflit, elle résulte d’abord de la mise en place des mécanismes économiques ». Une logique inversée, déconnectée de la réalité des problèmes de fond. Une erreur fatale. En dépit du progrès de la paix et de l’amélioration des relations des pays arabes avec Israël, les tensions sur les terrains deviennent de plus en plus explosives. La paix d’Oslo semble se dérouler sur une autre planète. En conséquence, Itzhak Rabin est assassiné le 4 novembre 1995 par un étudiant israélien qui lui reproche d’abandonner la « Terre promise ». Un coup très dur aux processus de la paix. Un échec certain. Après, l’attention américaine se distrait du Proche-Orient, submergée autant par les affaires de Monica Lewinsky que par la crise économique des pays du Sud-Est Asiatique. Et le cauchemar continue, presque comme à l’habitude. 2003. Nous sommes le 29 avril. C’est l’investiture du gouvernement palestinien de M. Mahmoud Abas. Deux mois presque, après la deuxième guerre du Golf. Celle-ci n’est plus « une guerre juste » comme en 1991, elle est une « guerre de libération ». Et encore une fois, la Maison Blanche veut montrer au monde entier qu’il n’y a plus deux poids et deux mesures dans l’ordre international. Qu’après avoir fait une « guerre de libération » au Proche-Orient, les Etats-Unis doivent y conduire à la paix. En Irak et surtout en Palestine. Et aujourd’hui, le processus de la paix ne sera plus comme celui d’Oslo. Car si les deux héros de la première guerre du Golf, George Bush père et James Baker, n’ont pas été les patrons des accords d’Oslo pour faire la paix, cette fois- ci les deux héros de la deuxième guerre du Golf, George Bush junior et Tony Blair, veulent la construire eux-mêmes. « La feuille de route » en est l’exemple. Et le président américain « fera tout pour encourager le processus de paix » rapporte, Ari Fleischer, porte-parole du gouvernement. Tony Blair a confié à ses principaux conseillers que Bush l’avait « regardé dans les yeux en jurant qu’il voulait y arriver ». Car les dispositifs de « la feuille de route » seront différents de ceux des accords d’Oslo. Si ceux-ci ont misé, d’un côté, sur la volonté de Yasser Arafat jadis considéré « chef des terroristes », « le Ben Laden local », et jusque là « héros de la paix », à s’engager et à appeler les Palestiniens des territoires occupés à coopérer à la « normalisation » et à rejeter « la violence et le terrorisme », au clair, à mettre fin à la « révolte de pierres » de l’Intifada ; et de l’autre côté, en oubliant d’encourager l’Israël à faire cesser les innombrables mesures vexatoires ( expulsions, dynamitages de maisons, confiscations des terres, couvres-feux, arrestations arbitraires, bouclages de territoires, …) dont sont victimes les Palestiniens, ceux là, les dispositifs de « la feuille de route », vont être très précis, étape par étape et phase par phase. Ils vont à la fois demander à Israël de démanteler les colonies établies depuis 2001, et geler les nouveaux projets d’implantation, et du côté palestinien, le nouveau gouvernement d’Abou Mazen devra prendre des mesures contre l’ensemble de groupes terroristes et mettre à terme la violence contre Israël. Si entre les deux partis des accords d’Oslo, l’une a conservé tous les moyens violents d’action, et l’autre s’en est désisté et s’est engagée à assurer de désarmer le Hamas et le Jihad islamique pour pacifier les territoires occupés pour prix de sa reconnaissance comme représentation du peuple palestinien, cette fois, les deux parties de « la feuille de route » sont toutes deux redevables, et passibles à des mesures identiques. Du côté Israélien, il doit retirer son armée des Territoires de Cisjordanie et de Gaza qu’elle occupe depuis la deuxième Intifada (septembre 2000.) Du côté Palestinien, il doit éradiquer les groupes terroristes et reconnaître le droit d’Israël à l’existence, puis se doter d’une nouvelle constitution suivie des nouvelles élections libres et démocratiques (première phase.) Dans la seconde phase, une fois la violence cessée et la paix établie, « la feuille de route » envisage une étape transitoire qui verra la création d’un Etat palestinien doté de frontières provisoires pendant une courte période de six mois de négociations sur les frontières permanentes du nouvel Etat. Quant à la troisième, La « feuille de route » définit les étapes précises permettant de parvenir, en 2005, à un accord sur les frontières permanentes du nouvel Etat palestinien. Mais comme à Oslo, les objections se manifestent : Israël exige que les actes terroristes cessent avant que soit envisagé le gel de nouvelles implantations, et le Hamas déclare qu’ « ils ne déposeront jamais les armes tant que leurs droits ne seront pas reconnus » « Nous avons beaucoup appris avec Oslo : dix ans pour zéro de résultat, c’est tout de même une expérience », ajoute Ahmed Yassine. Sharon demande à Abou Mazen de révoquer Yasser Arafat de ses fonctions touchant, au sein de l’Autorité palestinienne, à la sécurité et aux finances. En conséquence, le Hamas prévient que celui-ci, Abou Mazen, « doit savoir qu’il risque de servir leurs intérêts, et certainement pas les nôtres . » Car, renchérit le quotidien de Ramallah, « le peuple de Palestine souhaite que les dirigeants gardent leur cohésion, et que l’harmonie règne entre le président et le Premier ministre ». Qu'Israël exige que les réfugiés palestiniens renoncent à faire valoir leur « droit au retour » (garanti par l’ONU), le même droit consacré par « la loi du retour israélienne » et qui offre à tout juif, en Ukraine ou au Mexique, le droit de retourner en Israël et d’acquérir automatiquement la citoyenneté. Le Hamas n’exclut pas la possibilité d’une trêve si « Israël accepte l’évacuation des zones occupées depuis 1967,l’établissement d’un Etat palestinien sur Gaza et la Cisjordanie, avec Jérusalem comme capital ». Et il ajoute « quand nous aurons un Etat palestinien indépendant, nous serons les premiers à déposer les armes, mais pas avant ». Israël, lui, exige enfin que ce soit les Etats-Unis et non pas le Quartette, qui se chargent de superviser le processus, que l’Autorité palestinienne ne se contente pas de négocier, mais poursuivre en justice le Hamas, le Djihad islamique et les autres groupes terroristes. Voilà le climat tendu, couvert de contradictions, que l’homme fort de la Palestine compte affronter. Mais au-delà de « cette bataille du présent » qui brouille des espoirs, l’éditorialiste d‘ALHAYAT à Londres, Hazem Saghieh nous fait part de l’autre bataille, qui relève des mythes de l’Histoire, de la psychologie collective, qui alimente les peurs de deux camps, et les désoriente de leurs choix respectifs. « La bataille du passé » qui influe celle du présent est très tendue et menace même la fameuse « feuille de route . » Entre les deux camps, la psychologie collective est différente. Pour Hazem Saghieh, dans la psychologie collective des arabes, des palestiniens, le passé est un ami fidèle, une gamme de divertissement pour se soulager du présent. Car dans le passé se sont développés des empires, des lois, des idées d’humanisme sous l’empire abbasside et Omeyyade…alors que le présent, lui, avec la colonisation, l’impérialisme occidental, le sionisme, est tout entier négatif. Selon Saghieh, lorsque les Palestiniens parlent de paix, ils ne parlent que du passé : retour des habitants d’antan, restitutions des terres et droits confisqués. L’idée de « retour » est à la base de la réformation d’une entité palestinienne. Pour eux, parler d’avenir, c’est d’abord, partir du passé. De l’autre côté, dans la psychologie collective juive, le passé n’est qu’un désastre. Saghieh déclare qu’il suffit que les juifs aient eu à payer aux païens le prix de la création de la première religion monothéiste et qu’à la naissance de la deuxième, on les ait accusés d’avoir crucifié Dieu. La barbarie nazie et l’antisémitisme européen, tout autant de traumatisme qui brouille la mémoire collective. C’est pourquoi, les Israéliens quand ils parlent de la paix, ils ne parlent jamais du passé. Ils parlent plutôt d’avenir. L’espace, aussi, est consubstantielle à la conscience arabe. Le lieu est leur, naturellement. Quand il est menacé ou conquis, ils s’étonnent d’une telle atteinte aux lois naturelle. Au contraire, dans la conscience juive, l’Histoire lui chasse de lieux. C’est pourquoi le juif préfère l’avenir sur le passé. Le problème, poursuit Saghieh, cet avenir que les juifs aiment dans leur psychologie collective, ne les rassure pas. Et nombreux exemples renforcent ce doute des juifs vis à vis de cet avenir préféré : Ils savent que l’émancipation des juifs pour la première fois dans l’Histoire après la Révolution française n’a pas empêché nullement de fabriquer de toutes pièces l’affaire Dreyfus cent dix ans après la Révolution. Ils savent que même les Alliés qui ont mis fin à la sauvagerie nazie tentèrent de cacher l’Holocauste et retarder sa révélation aux yeux du monde. Ils savent que même les Etats-Unis ont fermé les yeux sur les nazis demeurés en Allemagne de l’Ouest au service de l’anticommunisme. Tout cela montre que parler du passé aux juifs, c’est les frapper au cœur de leur blessure; les rassurer de l’avenir n’est pas une chose simple. C’est de cela enfin que Saghieh résume que le secret du conflit du Proche-Orient se trouve sur ce paradoxe : entre l’une qui craint le passé qu’elle ne peut pas faire confiance à l’avenir, et celle qui craint l’avenir sans être rassuré du passé qu’elle aime tant. La peur est donc le dénominateur commun de ces deux « psychologies » qui souffrent d’une même conscience pessimiste. Et entre la partie qui admire le passé pour l’avenir, et l’autre qui évoque l’avenir même incertain sans le passé, il y a contradiction. Mais, toutes les deux s’accordent sur une chose : « la feuille de route » n’amènera à rien. Et George bush ! Il est confiant du processus de la paix malgré la réalité locale. Mieux encore, un diplomate américain rassure les partisans de la paix : « les véritables batailles sur le sort de la Région ne se livrent pas au Caire, à Ramallah, Jérusalem, Amman, mais à Washington ». M’SA ALI Djamal, étudiant . |