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Politique
Heurs et Malheurs de la COI mise à jour le 17/08/2005



Un article du Quotidien de La Réunion - Vendredi 21 janvier 2005 - No. 15310
Auteur : Franck CELLIER

 

CONSEIL DES MINISTRES DE LA COMMISSION DE L'OCÉAN INDIEN

Même pas libres de circuler dans nos îles

La Commission de l'océan Indien est en 'crise.' Certains conseillers ne sont pas libres de leur mouvement. Le ministre français de la Coopération, Xavier Darcos, a dû se démarquer clairement de l'idée de Nicolas Sarkozy d'établir des 'quotas d'immigration'.

Le ministre, Mohamed El-Amine Souef, déplore que les conseillers comoriens ne puissent participer aux réunions de COI.

L'anecdote est lâchée par le ministre des Relations extérieures et de la Coopération de l'Union des Comores, Mohamed El-Amine Souef : "Il arrive parfois que certains de nos conseillers ne puissent pas assister à des séminaires de la COI parce que l'ambassade de France ne leur accorde pas de visa. Même quand la réunion a lieu à Maurice, il leur arrive d'être bloqués parce qu'ils n'ont pas de visa pour les quelques heures qu'ils passeront en transit à la Réunion". Cet exemple suffirait à lui seul à résumer la crise profonde de cette Commission de l'océan Indien née il y a plus de vingt ans de la volonté de quelques pères fondateurs qui voulaient rapprocher les populations des différentes îles de la région : Madagascar, les Comores, Maurice, Seychelles et la Réunion.

A l'ouverture du 21e Conseil des ministres de la COI, le thème de "la crise" n'était pas à l'ordre du jour, un peu comme si on voulait préserver l'institution des critiques. Mais il apparaît dans les discours des uns et des autres que la COI n'a toujours pas réussi à se faire apprécier des populations concernées. Certes, on marque bien les thons pour éviter la surpêche. Certes, les stations météorologiques des différents pays communiquent entre elles. Certes, nos savants réfléchissent entre eux à la protection des coraux. Il n'empêche que les échanges commerciaux entre nos îles demeurent quantité négligeable par rapport aux flux commerciaux avec l'Europe, les Etats-Unis, l'Asie ou l'Afrique du Sud.
Comme a osé le demander Mohamed El-Amine Souef dans son discours de passage de présidence entre les Comores et la France : "Comment parler de développement des affaires ou du tourisme si la libre circulation n'est pas une réalité."

"La COI doit savoir se surpasser pour dépasser ce que la presse a appelé, peut-être à tort, la vingtaine sclérosée", a encore dit le ministre comorien. Or, en matière de politique de délivrance des visas, du seul ressort de la France, l'heure n'est visiblement pas à l'ouverture. "Je ne peux que faire une réponse classique à cette question de libre circulation des personnes, relevait dimanche, à la rupture de séance, le ministre de la Coopération, Xavier Darcos. La Réunion étant hors de l'espace Schengen, elle a son système propre en matière de délivrance de visa.
Située dans un environnement où les candidats à l'immigration sont très nombreux, il est légitime d'être vigilants. L'exemple de Mayotte, où près du quart de la population est clandestin, illustre bien cette réalité. La libre circulation des personnes est un principe honorable mais la réalité nous oblige à être vigilants. Il ne faut pas que les gens qui circulent soient des personnes en situation irrégulière."

"M. Sarkozy n'est plus au gouvernement"

L'entourage du ministre précise d'ailleurs, en ce qui concerne les Comores, que la Commission mixte franco-comorienne vient de conduire une expertise sur la question et que des décisions sont attendues lors de la prochaine réunion en février à Paris. Il est fortement question d'assouplir les formalités de délivrance de visa. Mohamed El-Amine Souef confirme d'ailleurs que depuis six mois, la relance de la coopération française aux Comores, qui tournait "au ralenti depuis dix ans", lui apporte toute satisfaction.

Mais les déclarations du président de l'UMP, Nicolas Sarkozy, qui propose d'établir des "quotas d'immigration" ne sont pas là pour rassurer les voisins de la Réunion. "On ne peut pas travailler avec un pays qui ferme ses frontières, insiste le représentant des Comores. L'établissement de quotas va à l'encontre de la libre circulation des personnes et peut être considéré comme une offense aux droits de l'Homme, donc à l'un des actes fondateurs de la Constitution de la France. D'ailleurs, le ministre de Villepin s'est dit opposé à cette proposition."

Xavier Darcos prend lui aussi le contre-pied de Nicolas Sarkozy : "M. Sarkozy n'est plus au gouvernement, il s'exprime comme chef de parti dont le rôle est d'être un laboratoire d'idées. La théorie des quotas en est une mais ce n'est, en tout cas, pas la théorie du gouvernement." Il fut beaucoup question lundi de "lisibilité" des actions de la COI qui cherche à se rapprocher des populations des îles par des actions plus concrètes. Ceux qui font la promotion des échanges entre les îles sont en quête d'une autre lisibilité, celle de la politique des visas accordés par l'administration française. De par ses équipements et ses "ressources de savoir", la Réunion se trouve de fait au coeur de la plupart des actions de la COI. Encore faut-il pouvoir y venir.

Franck CELLIER,
Le Quotidien de La Réunion


PROJETS COMMUNS

Les nouvelles orientations "stratégiques"

Les ministres de la Commission de l'océan Indien ont adopté dimanche dernier les nouvelles orientations stratégiques de l'organisation régionale. Quatre axes ont été définis : la coopération politique et diplomatique, la coopération économique et commerciale, le développement régional durable et le renforcement de l'identité culturelle régionale. 85 millions d'euros permettront de financer une vingtaine de programmes actifs en 2005 et 2006. Outre les projets en cours (coopération météorologique, marquage des thons, protection des coraux et l'éducation à la gestion de l'environnement), quatre nouveaux programmes ont été adoptés : le développement d'une autoroute maritime pour le transport des hydrocarbures,la lutte contre le sida, la gestion durable des ressources marines et côtières et la création d'un réseau d'airs marines protégées.

Par ailleurs, Madagascar accueillera les 18 et 19 mars prochains le sommet des chefs d'Etats et de gouvernement. Le thème retenu est "La valorisation de notre patrimoine commun et le renforcement de notre Solidarité pour un développement durable".