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Politique |
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LE DOUBLE PIEGE |
LE DOUBLE PIEGE
Par ABOUBACAR MCHANGAMA
Cet article a été publié par le journal lArchipel du 20/11/99.
La main tendue des partis politiques aux militaires, si elle permet de sortir de
limpasse actuelle, pourrait être fatale à Azali ou aux partis.
Pour la première fois depuis la prise du pouvoir par larmée, le 30 avril dernier,
lensemble des partis et organisations politiques se disent prêts à
« associer et à impliquer lArmée nationale de développement dans la
résolution et la transition » et « sengagent solennellement à(
)
agir ensemble jusquau règlement définitif de la crise ». Cest le
premier geste « conciliant » de la classe politique en direction du régime
militaire du colonel Azali Assoumani.
Jusquà présent les partis politiques exigeaient des militaires quils
rentrent dans leurs casernes et quils remettent purement et simplement le pouvoir
politique aux civils même si des fortes dissonances étaient perceptibles entre
eux sagissant de quels civils ce pouvoir devait revenir. Cette nouvelle attitude,
approuvée( ?) par vingt et un partis (seul le Shawiri de Mahamoud
Mradabi, qui a
pourtant participé pleinement aux travaux préparatoires na pas signé le
Manifeste) constitue non seulement un pas dans le « rapprochement » des
partis, mais surtout une concession de taille faite aux militaires pour sortir la tête
haute et permettre de trouver une issue à la crise séparatiste et politique du pays.
La main tendue des partis politiques aux militaires, si elle permet de sortir de
limpasse actuelle, pourrait être fatale à Azali ou aux partis. Pour « mettre
fin très rapidement à la crise », les auteurs du Manifeste préconisent « la
mise en place du Comité de suivi et du gouvernement consensuel de transition prévus par
lAccord dAntananarivo ». Les partis politiques signataires jouent en
effet là toute leur crédibilité. Non pas tant pour la mise en place du Comité de
Suivi, mais sur leur capacité à sentendre justement sur un gouvernement consensuel
de transition et surtout pouvoir dégager un Premier Ministre consensuel. Sils
ny parviennent pas ce dont lopinion redoute, le colonel Azali et ses
hommes pourront, et à raison justifier le coup de force du 30 avril-et pourquoi pas
décider à jouer les prolongations. Si au contraire ils y parviennent, ils pourront ainsi
démontrer lun des alibis qui a servi à justifier le putsch, à savoir « les
difficultés
de nos hommes politiques à se mettre daccord sur lintérêt
général ».
La réapparition et léclosion de petits partis qui ont vite accouru pour apposer
leurs signatures au bas du Manifeste pour ne pas être absents à la table des convives
pourrait être un facteur de blocage, sinon de nuisance manifeste.
Difficile de comprendre que des partis plus ou moins directement liés au pouvoir
militaire puissent signer le Manifeste tout en continuant le contester. Un parti comme le
Pasoco qui jusquà ces derniers jours ne jurait que par le colonel Azali et le
pouvoir militaire fait partie des signataires du document. En politique cela
sappelle garder deux fers au feu. Un jeu opportuniste pervers qui dissimule mal des
rivalités tues.
Il nen reste pas moins que les vents pour lheure semblent favorables aux
signataires du Manifeste. Une nouvelle dynamique dont il est encore difficile den
déceler la trame est engagée. Le coup denvoi de la nouvelle dynamique a été
donné depuis le deuxième voyage de lenvoyé spécial du Secrétaire Général de
lOua aux Comores, le Mozambicain Francisco Madeira José Coetano qui, à
lissue de son séjour dune semaine aux Comores, a déclaré à lAFP que
« lOua ne peut pas accepter que les Comores soient divisées » .
Dans le même temps, lAfrique du Sud, Coordinateur des efforts régionaux de
lOua sur les Comores adressait le 27 octobre dernier une diplomatique mais claire
mise en garde à ladresse de Moroni et à Mutsamudu : « La position de
lOua, des pays de la région et de lAfrique du Sud(
) est bien
connue : la direction anjouanaise est dans lobligation de respecter
lengagement pris de signer lAccord dAntananarivo ». Et
dajouter : « En outre, et sans légitimer lactuel pouvoir aux
Comores, le gouvernement sud-africain est pleinement engagé à aider au retour le plus
rapide possible de larchipel à un régime civil démocratique » ; Tout
en précisant que « toute autre initiative ne serait pas appropriée et tout retard
serait une tentative de saper le progrès constructif qui a été accompli
jusquici ».
Il est frappant de noter à quel point le Manifeste des partis politiques recoupe les
positions de lOua et surtout celles du gouvernement de Pretoria. La même
détermination à obtenir dAnjouan la signature de lAccord dAntananarivo
comme seul cadre approprié pour parvenir à une solution durable de la crise ; mais
surtout, et par souci defficacité et de pragmatisme, en acceptant dassocier
et dimpliquer le pouvoir militaire, « sans le légitimer » à la
résolution de la crise. La balle est pour linstant dans le camp dAbeid et
dAzali.
Aboubacar
MChangama...
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