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Politique
La Question Française

Ce document est issu d'une contribution de Mondoha MWEPVA, publiée dans notre forum HABARI le 22/02/2004 - Il reprend un article de provenance non déterminée par Swalihi Bwana publié le 23/01/04

Libre opinion : La question française

Lorsque dans le cadre de la résolution de la crise séparatiste une mission de médiation relative à la sécurité des Comores est confiée à l'ambassadeur de France et que cela semble "aller de soi", c'est que quelque chose ne tourne pas rond . Car la France qui maintient une île comorienne sous son administration est partie prenante quand il est question de l'intégrité territoriale des Comores. La question française réside dans ce paradoxe qui veut que la France se pose en ami désintéressé qui soutient les Comores dans sa lutte pour sauvegarder son intégrité territoriale sans tenir compte de l'avis des Comores.

Un regard sur le processus historique mérite donc de retenir l'attention.

Ahmed Abdallah, malgré ses accointances avec la France s'était insurgé contre "le couteau" (la France) qui dépeçait la "viande" (les Comores). C'était en 1975, au moment de l'indépendance quand la France "séparait" Mayotte de ses îles sœurs. La France le punit, ce fut le coup d'état d'août 1975. Revenu au pouvoir dans les bagages de Bob Denard en 1978, Ahmed Abdallah n'en continua pas moins de protester contre la politique française sur Mayotte, de réclamer la "quatrième patte du bœuf" Comores. Il mena tant bien que mal, sa "guerre de salive".

Pour sa part Ali Swalih, "l'homme de main" d'août 1975, lorsqu'il compris fin 1975 que la France s'était jouée de lui sur la question de Mayotte, il se révolta fièrement et brava la "puissance française". Parti avec armes et bagages, la France croyait étouffer les Comores qui se trouvèrent du jour au lendemain sans coopérants, sans administration, sans ressources humaines ni financières, sans budget et qui de plus ne disposait d'aucune expérience de gestion d'un Etat. Eh bien ces deux ans là, sans la France, furent les plus prospères au plan économique de toute notre histoire, un Etat comorien original fut mis en chantier. La répression forcenée de cette période ne peut pas et ne doit pas cacher cette démonstration qui honore notre pays.

Malheureusement la fin tragique d'Ali Swalih, l'instabilité chronique maintenue par les affreux de Denard convainquirent rapidement les hommes politiques comoriens "pragmatiques", "crédibles", que pour exister il fallait un soutien français. Un "voyage à Paris", un soutien d'un politique français fut-il obscur, était brandi et l'est toujours par certains, comme un gage de sérieux et une promesse de réussite, etc.

La revendication de l'île comorienne Mayotte se fit sourde. Les politiciens "réalistes" sont pris dans un étau : d'un coté le risque de "se faire descendre" en réclamant Mayotte et de l'autre le sentiment national sur une question aussi sensible qu'une occupation territoriale. Même lorsqu'ils capitulent complètement, ces derniers se trouvent obligés d'inventer des subterfuges pour "sauver la face" et se mentir à eux-mêmes. On en a vu une bonne illustration lorsque les représentants de l'Union des Comores ont accepté que l'île comorienne Mayotte soit intégrée dans une prétendue "France de l'Océan Indien". Une démagogie doublée d'une forte agressivité pour cacher leur impuissance et leur capitulation.

C'est ce phénomène de démission nationale déguisée qui explique qu'aucun gouvernement n'a mené une politique systématique pour le retour de Mayotte dans l'Etat comorien, les maorais qui se battent pour l'unité des Comores, à l'instar de Monsieur Youssouf Moussa, sont abandonnés à leur sort de paria. La descente aux enfers des Comores s'en suit tout naturellement. Car il est de plus en plus clair que la question de Mayotte est décisive, qu'elle conditionne la stabilité dans l'Archipel et donc la possibilité de mettre en œuvre une politique d'édification économique et sociale. Pourquoi Maurice et même les Seychelles seraient-elles si loin devant nous en matière économique ? Pourquoi l'armée seychelloise a pu triomphé d'une expédition des affreux de Bob Denard et pas la comorienne ? En talent, en courage, etc. les comoriens valent bien les autres. Tout ce qui nous arrive est incontestablement le résultat d'une politique systématique de déstabilisation menée de main de maître par une puissance disposant de moyens énormes.

Il est urgent de poser "la question française" car la situation se dégrade.

Du coté français, la politique sur la question de l'île comorienne Mayotte se raidit : visa Balladur, expulsions massives de "comoriens", expéditions punitives contre les "comoriens" comme à Hamouro en décembre dernier, etc. D'autre part voulant consacrer le fait accompli, la France mène une politique volontariste d'assimilation des maorais.

Alors que du coté comorien, on plie l'échine, au lieu de protester contre les exactions et les provocations on chante de plus en plus fort l'amitié franco-comorienne, on en arrive même à créer nous mêmes des brèches sur les deniers remparts qui restaient : les débats à l'ONU sur Mayotte, les jeux de l'Océan Indien… Ces derniers temps, on a vu émerger des jeunes aux dents longs, prétendants au trône, oser reconnaître la sécession de Mayotte comme un fait acquis alors que des "vieux chevaux" sombrent dans le défaitisme sur Mayotte voire même sur Anjouan.

En cette période d'effervescence politique, la "question française" mérite une place de choix dans le débat électoral. L'on ne peut nier l'appartenance de Mayotte à l'Union des Comores et se prétendre neutre sur la question du séparatisme et encore moins l'ami des Comores. L'expérience historique (Allemagne, Vietnam, Corée, Chine, etc.) témoigne si besoin était que les questions nationales, l'occupation de territoire d'autrui ne peuvent être réglées par la force ou par une simple politique de division des uns et d'assimilation des autres.

Au total la situation actuelle ne peut que conduire les uns et les autres à l'impasse. Alors osons poser ensemble "la question française" qui incontestablement occupe une position centrale dans les destinées comoriennes.

La France doit commencer par reconnaître officiellement que Mayotte est comorienne et qu'elle intégrera au final l'Etat comorien.

Swalihi Bwana
23/1/04