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Politique
Les Comores à la recherche d'un modèle

Les Comores à la recherche d’un modèle.
Par MSA ALI Djamal - Octobre 2003

La remarque nous parait légitime, et peut être nécessaire, du moment où les cadres étatiques sont fragmentés, affaiblis par la désintégration nationale sans fin. Mais où l’on  situe ce processus de la recherche du modèle ?

            Tout abord, avant 1975, l’indépendance apparaît aux yeux de tous les Comoriens comme une réponse globale aux problèmes globaux. Il n’y a, il ne peut y avoir, des problèmes dans l’ordre du nouvel Etat indépendant à construire que la persistance d’un injuste et irrationnel d’un système colonial qui maintient dans son sillage, les formes d’oppressions et  de domination. Et les Comoriens, conscients du sens qu’ils donnent au combat de libération nationale, se sont unis contre la « menace impériale ». Le 6 juillet 1975, l’indépendance est déclarée. La République est née, et  avec elle, la vocation de l’unité.

Depuis, les Comores devenues maîtres de leur destin, sont à la marche de la construction de leur Histoire, et à la quête d’un modèle : La République fédérale semblait donner sens à ce modèle du nouvel Etat. Or Ahmed Abdallah, qui semblait incarner à lui seul, l’indépendance, se  voyait aussi pour l’unité. La République doit veiller à l’unité, pensait- t-il. Tel l’esprit d’un parti unique, l’expression de la consolidation d’elle. On contrôle les libertés par le Policier au nom de la République. On « consolide » l'uniformité en étouffant la diversité. On encourage l’ « unité » au détriment de la pluralité. Car si l’une stabilise, l’autre désagrège. Car si le« Zi’ib », le loup, attaque les partisans de celle-ci dans la diversité au sens de dispersion, sa menace ne vient jamais à bout aux adeptes de celle-là. Ainsi, pour contenir ses opposants, ennemis potentiels contre l’unité sacrée, le père de l’indépendance achète le silence à des prix exorbitants, à des postes de captation, à des privilèges d’allégeance communautaire, et contre la volonté du peuple quand il n’emprisonne ou n’assassine toutes les personnes qui se refusent à s’incliner, il centralise tous les pouvoirs pour sauver, dit-on, l’unité. Delà, loin que la République serve à rassembler la nation, à œuvrer pour l’unité autour du pourvoir de légitimité qui l’exprime, elle affecte celui-ci par le contraste entre le désir de l’unité et la restriction des libertés politiques, entre les droits qu’elle ouvre et les privilèges qu’elle offre, entre la liberté qu’elle autorise et la critique qu’elle interdit.

Mais que vaut cette fameuse République si elle ne laisse pas entendre la voix du peuple qui l’a fait roi ? N’est-elle pas un leurre dès lors qu’elle n’arrive pas à satisfaire les conditions de la nombreuse majorité du peuple exclu, alors que la minorité est privilégiée ? Quelle légitimité tient-elle alors que le désir du peuple ne se traduit pas comme manifestation de l’intérêt général ? « La République part du peuple, elle revient à lui ». Révèlent les révolutionnaires. Il faut alors renverser cette République qui viole ce qu’elle défend, qui affecte la légitimité du peuple qu l’assoit, quitte par les armes. Car si Abdallah est « élu » par les représentants du peuple, il n’en demeure pas moins un despote. Donner le pouvoir aux jeunes, au peuple, seul, à même de construire son Histoire reflète à l’idée qu’on se fait de l’Etat. La légitimité n’est plus dans l’ancienneté des choses, ni dans la tradition, ni dans les particularismes, ni dans un ordre extérieur à l’homme, elle est en l’homme, sujet de son histoire, citoyen de sa nation et non pas membre de sa région ou de son île. Ebranler les traditions, rompre avec les préjugés, donner l’autonomie à la femme comme à l’homme, construire un modèle révolutionnaire populaire, tel est le projet d’Ali soilihi, artisan du modèle révolutionnaire laïcisant. Avec ce quoi advient un monde où on déloge le pouvoir du religieux, du traditionnel pour le situer à l’homme du temps moderne qui transcende sa petitesse natale et villageoise, qui élargit son pré carré et occupe un espace plus rationnel, plus civilisé, plus citoyen parce que  national plutôt que villageois ou insulaire. Affranchis de tout lignage, dégagés de tous particularismes, les citoyens du modèle révolutionnaire n’avaient à s’excuser ni à rougir à tout mal qu’ils semblent exercer contre qui clame sa petitesse natale ou la hiérarchie des ordres. Ils n’avaient pas à se plaindre de leur appartenance nouvellement construite : leur nom plus qu’un nom, devient  l’emblème de la nation, leur territoire plus qu’un  village ou une île, il est réduit à l’archipel. Etre comorien c’est mieux qu’être mayottais, mohéliens, grand-comoriens ou Anjounais. De ce modèle, des femmes et des hommes se battent contre vent et marées, avec parfois, une férocité redoublée. Et dans leur route, on peut lire les traces des promesses d’un lendemain enchanté, des cohérences idéologiques, et des épiphanies d’antan d’Adoulatuf Msafumou symbole d’un Juste souffrant pour sa nation. Avec ce modèle apparaît un Etat où l’on ne parle plus du villageois ou de l’insulaire, mais du national sans et contre le langage du « maître, la France », chassé de son emprise (et qui est allé envahir l’île Mayotte).

Viennent alors les restaurateurs, conservateurs et adversaires de ce modèle. Au lieu de quoi, ils répondent : « je règne, et je viens de quelque part ; par l’ébranlement de la tradition, je n’affirme pas mon autonomie, je trahis mon origine et ma famille…» Seul un décret traditionnel est en mesure de dégager la bassesse de l’homme et de l’arracher au mépris de son clan, et de garder l’harmonie des îles. Seul un compromis avec le « maître » peut sauver l’unité. Seul le retour du mythe et de la tradition peut protéger l’homme de l’angoisse de son temps et peut être ciment contre le désenchantement produit par cet « athée » Ali soilihi, disent les conservateurs. Depuis, le modèle révolutionnaire a reçu des coups durs et échoué ; les Comores souffrent d’un modèle.

 De la fédération à la confédération, les Comoriens tâtonnent à la recherche d’un modèle. Mohamed Taki a annoncé un concept de « Rehemani » comme modèle qui promettait tant qu’il a tenu si peu. Le concept de Rehemani comme mode de gouvernement, précisant le chemin vers l’union, va être considéré alors  tellement fabuleux, relevant presque  des contes de fées, comme si la réalité du terrain (hostilité du capital Moroni où il avait dit vouloir semer des bananiers… dégradation du niveau de vie… esquisse du séparatisme anjouanais) ne pouvait rien étouffer ni reculer son application. Les traitements médiatiques de ce concept révélant d’un modèle, patronnés par les tenants du « Takisme utopique » ont donné l’impression que la Cité idéale dont les Comores aspirent trace son chemin sur tous les médias de l’archipel.  Le « modèle idéal » autant médiatisé renforce la conviction générale. « Surprise divine » ! Clament les partisans de Taki. En vain, rebelle à la réalité, ce concept a été comme une coquille vide de sa substance. Sans fond ni méthode de pratique, tout a amené au séparatisme. La démultiplication des espaces politiques implose l’Etat. L’éclatement des allégeances villageoises rend beaucoup plus difficile la possibilité de fonctionnement de modes de régulations classiques. Le rapport entre l’Etat et les citoyens bascule vers le lien entre le membre et son village. La confiance entre le Comorien et l’Etat est moins que son affinité avec son village ou son île. On parle plus de l’insulaire que du national. Avec ce pays vide d’un modèle adviennent, pour la première fois aux Comores, et parce que les pourvoyeurs de sens se sont tus, laissant derrières eux les prophètes du séparatisme, du désordre, du chaos,  des femmes et des hommes pris à des campagnes de haines, et de « guerres », sans but, sans enjeux idéologiques clairs, sans mémoire qu’il devient très difficile à dire à des hommes avides d’argent et de pouvoir,  où sont le sens et les valeurs.

La tentative de Saïd Mohamed Djohar de prôner la démocratie a heurté à la réalité des réseaux mafieux, et affairistes. Le mercenariat et la corruption sont légion, et devenus comme mode de gouvernement. L’Etat est en déclin, en faillite, en ruine, et livrant les Comores dans une absence totale de modèle, et d’une entité chaotique ingouvernable. Azali, quant à lui, pensant que dans un Etat, chaque île poursuivant  « égoïstement » ( par autonomie) ses propres intérêts mettrait en place une harmonie adéquate, une union solide ; que chaque île vivant de sa propre autonomie éviterait les excès et servirait le bien commun, s’est trompé de modèle. Les résultats sont alarmants.

Parce qu’avec cela, c’est la victoire de l’insularité sur la nationalité, d’un monde qui se bat pour celle-là contre celle-ci, d’un monde où l’on a rompu avec les guerres de sens parce que de libération, et  qui se bat pour une cause de désolation radicale, de souffrance inutile, vide de sens et de ciel parce que de division et d’éclatement d’allégeance communautaire.

En tout état de cas, les Comores si elles veulent rechercher un modèle qui unit plus q’il ne divise doivent passer nécessairement au divorce des allégeances villageoises et insulaires,  pour rester dans le socle des allégeances citoyennes, voie royale pour construire un Etat de droit. C’est le défi de notre société si nous voulons promouvoir une « éthique de citoyenneté » promotrice d’un Etat phare au cœur de l’Océan indien, parce que fondé sur des valeurs à même d’amener les Comores dans l’arène du système internationale.

M’SA ALI Djamal
Etudiant à l’université de paris X
Octobre 2003