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Politique
Plaidoyer pour une Rue des Comores à Paris mise à jour le 19/08/2005

Lettre Ouverte

                                                                                                                          Le 21 janvier 2005
Charif Hachim
yedje@hotmail.com
                                                                                                                          M. Bertrand Delanoë
                                                                                                                          Maire de Paris
                                                                                                                          Hôtel de Ville
                                                                                                                          75196 Paris RP
                                                                                                                          France

Monsieur le Maire,

A la fin du mois de décembre dernier, j’ai passé quelques jours de vacances dans votre ville. Comme d’habitude, Paris était splendide et rayonnante, faisant la joie des enfants et des nombreux touristes venus des quatre coins du monde.

C’est justement en tant qu’un de ces nombreux touristes étrangers amoureux de Paris, mais aussi et surtout en tant que Comorien que je vous adresse cette lettre ouverte pour attirer votre attention sur un fait qui pour certains Parisiens peut paraître banal mais qui à mon avis revêt une importance morale et historique, surtout pour nous autres, issues des anciennes colonies françaises d’Afrique.

Comme je le fais toujours lorsque j’ai l’occasion de visiter Paris, je me suis baladé à pied dans plusieurs quartiers de la capitale, visitant ici et là quelques lieux touristiques, tels que le Centre Georges Pompidou, la Cathédrale Notre Dame de Paris, la Tour Eiffel, sans évidemment oublier la célèbre Avenue des Champs Elysees, éblouissante et illuminée, surtout en cette période des fêtes de fin d’année. Sans aucun doute votre ville a bien mérité son surnom de “ville des lumières”.

Cependant, durant mes promenades dans Paris lors de mon dernier voyage, je ne pouvais pas m’empêcher de penser qu’il y avait quelque chose qui manquait dans le décor. Je ne pouvais pas m’empêcher de penser qu’à ce jour il n’existait pas une rue des Comores dans votre ville.

Mais pourquoi honorer ce pays demanderont certains, surtout les jeunes de la génération née après les années 60? Après tout, les Comores ne sont-elles pas ces îles lointaines de l’Océan Indien qui détiennent le record mondial de coups d’états militaires? N’est ce pas ce même petit pays qui en se déclarant unilatéralement indépendant en 1975, osa défier et par la même occasion humilier la 5eme puissance mondiale?

Certes, nous connaissons bien les réponses à ces deux dernières questions, et d’ailleurs il est tout à fait naturel qu’elles soient posées. Cependant, il me semble qu’il faudrait surtout éviter de tomber dans une sorte de piège et de se retrouver dans ce que les Américains appellent “tunnel vision”, cette espèce de blocage de l’esprit qui empêche l’individu de penser en quelque sorte plus loin que le bout de son nez, en limitant strictement sa pensée à un seul et unique fait, oubliant tous les autres faits dans son environnent.

Aux personnes sceptiques ou atteintes de “tunnel vision” il faudrait qu’elles sachent que, outre le coté sensationnel relaté dans les journaux (coups d’états à répétition, assassinats politiques, exiles des uns et des autres), il existe un autre coté des Comores que malheureusement beaucoup de Français en général et de Parisiens en particulier ne semblent pas connaître, cela d’autant plus que les livres d’histoire oublient parfois d’en faire mention.

Je crois donc qu’il n’est pas inutile que nous rappelions à vos compatriotes de temps à autres que les îles comoriennes (Anjouan, Mohéli, Grande-Comore et Mayotte) ont été intégrées dans la République Française vers la fin du 19eme siècle.

L’île comorienne de Mayotte, fut la première à se rattacher à la France dès 1843, soit presque deux décennies avant la Savoie, soit encore un siècle avant la création de l’état d’Israël. Je note cependant que la Savoie et Israël ont leurs rues à Paris, alors que ni Mayotte, laquelle il faut le souligner est restée sous administration française jusqu'à ce jour, ni aucune des autres îles des Comores n’a encore eu l’honneur de figurer sur la liste des rues de la capitale française. Même la Palestine, un pays transformé en territoires occupés et qui ne figure pas formellement en tant que pays souverain sur la plupart des cartes géographiques a sa rue à Paris.

Afin que les choses soient claires, je tiens à souligner que je ne critique pas Paris de vouloir célébrer Israël et la Palestine. Je critique Paris parce qu’elle ne célèbre pas les Comores.

Il est d’autant plus étonnant de ne pas voir les Comores sur la liste des noms de la capitale française qu’on y trouve de nombreux autres pays n’ayant pas nécessairement des liens historiques avec la France. Avec tout le respect et toute l’admiration que j’éprouve envers des pays comme le Guatemala, la Bolivie, le Paraguay ou le Costa Rica, je ne pense pas qu’ils aient eu des liens culturels et économiques aussi anciens et aussi solides avec votre pays, contrairement aux Comores. Je note cependant que le Guatemala, la Bolivie, le Paraguay, le Costa Rica ont leurs rues à Paris, mais pas les Comores, ce pays qui a décidé de nommer une des plus belles place de Moroni, sa capitale, “Place de France”.

Beaucoup de nos parents et grands-parents ont servi sous les couleurs de la France, et continuent d’ailleurs à servir, puisqu’un certain nombre de comoriens a opté pour la nationalité française en juillet 1975, lors de l’accession du pays à l’indépendance. Le 25 octobre 1961, alors qu’il prononçait un long discours sur la situation économique des Comores en 1ere séance à l’assemblée nationale française, le Docteur Said Mohamed Cheick, l’un des députés comoriens de l’époque au Palais Bourbon déclarait ceci : “N'oubliez pas que vous avez aux Comores une population de 400.000 habitants et nombreux sont les comoriens répartis dans le monde entier et tous sont restés français. Je ne vous en donnerai pour preuve - et je m'adresse spécialement à M. le ministre d'Etat Jacquinot - que le seul exemple suivant qui le touchera certainement. Lors de la guerre 1914-1918, le premier soldat noir entré dans le fort de Douaumont reconquis était un Comorien, mort misérablement depuis sur un lit d'hôpital, et qui avec la fierté et l'orgueil qui caractérisent la personnalité comorienne, a laissé à son fils dans son testament, la mission de garder pieusement la médaille militaire et la croix de guerre avec citation qui lui avaient été décernées pour sa bravoure, parce qu'il estimait qu'il avait fait tout son devoir comme tout bon Français”.

Que dire des nombreux autres soldats comoriens qui se sont battus pour la France pendant les deux Guerres Mondiales, en Indochine et en Algérie. Je note cependant que Verdun a sa place, Bir Hakeim son pont, l’Algérie son boulevard, l’Indochine, Saigon et la Kabylie leurs rues dans la capitale française, mais pas les Comores. Je crois que ce ne serait pas trop exagérer que de parler d’une gaffe historique, laquelle doit être corrigée le plus rapidement possible.

Je ne savais pas s’il fallait rire ou pleurer lorsqu’en feuilletant le plan atlas de Paris, j’ai constaté que même Satan avait son impasse quelque part dans le 20eme arrondissement de Paris, mais encore une fois pas les Comores, cette vielle amie et ancienne colonie de la France.

A vrai dire les Comores ne méritent pas une rue à Paris. Elles méritent une avenue ou un boulevard voir même une place non seulement à Paris, mais également dans les villes à forte immigration comorienne telles que Marseille, le Havre, Dunkerque ainsi que dans toutes les autres grandes villes françaises, en hommage à tous ces comoriens qui ont servi dans les différents corps de l’armée française ou qui ont travaillé sur un des nombreux bateaux de la marine marchande française, après la seconde Guerre Mondiale. Pour beaucoup d’entre nous, il s’agit d’un grand-père, d’un père, d’un oncle, d’un voisin ou simplement d’un comorien anonyme.

En tant que politicien, vous n’êtes pas sans savoir qu’il existe aujourd’hui à Paris une très forte communauté comorienne, estimée officieusement à près de 100.000 personnes et composée de la première, deuxième et troisième génération. Sachant que la plupart de ces comoriens ont la nationalité française, donc le droit de vote, il serait à mon avis politiquement ingénieux de nommer une rue, une avenue, un boulevard ou une place après les Comores, cela avant les prochaines élections municipales. Je peux vous garantir que si vous poursuivez cette idée, toutes les voix des franco-comoriens iront de votre coté. Cela serait d’autant plus avantageux pour vous qu’il n’existe pratiquement pas de risque politique en mettant en oeuvre cette idée. De plus, vous mettriez fin à une majeure négligence historique.

Conscient de la longue procédure qu’exige un projet de baptême pour une nouvelle artère dans votre ville, et imaginant toutes les difficultés rencontrées par la commission chargée de trier les noms de nouvelles rues, et surtout considérant le volume des demandes que Paris reçoit, j’ai choisi de vous contacter directement par lettre ouverte afin d’accélérer le “dossier Comores”.

Comme beaucoup, et même s’il a fallu attendre près de deux cents ans après sa mort, j’ai applaudi lorsque votre ville a eu le courage et la sagesse de baptiser une rue dans le 1er arrondissement, en l’honneur du chevalier de Saint-Georges, ce célèbre musicien et homme d'armes du 18eme siècle, natif de la Guadeloupe et surnommé le “Mozart Noir”. J’espère que votre ville saura encore une fois faire preuve de ce même courage et cette même sagesse pour le cas des Comores qui attendent depuis 1843. Le moment est venu pour que Paris célèbre les Comores.

Je note enfin qu’on trouve à Paris des rues portant les noms de quelques anciennes colonies: Congo, Gabon, Dahomey, Madagascar, Niger, et Sénégal. Cependant, je ne peux pas m’empêcher de finir cette lettre sans penser aux autres anciennes colonies françaises d’Afrique qui à mon avis devraient eux aussi et à juste titre, avoir leurs rues dans la capitale française, pour leur contribution politique, militaire, économique, et culturelle à votre pays en général et à votre ville en particulier. Je pense notamment au Mali, au Tchad, à la Côte d’Ivoire, la Guinée, la Mauritanie, la République Centrafricaine, le Burkina Faso, le Togo et Djibouti. Pourquoi ne pas intégrer dans le nouveau plan local d’urbanisme de Paris (PLU) un imposant monument dédié à toutes ces anciennes colonies africaines?

Pour ma part, j’espère que la prochaine fois que je visiterai Paris, ce sera pour l’inauguration de l’avenue des Comores.

Veuillez agréer Monsieur le maire l’expression de mes sentiments les plus respectueux.

Charif Hachim