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SOUS LES DECOMBRES DU SEISME PORNOGRAPHIQUE,
LA CONSCIENCE COMORIENNE REVENDIQUE LA PAROLE.

SOUS LES DECOMBRES DU SEISME PORNOGRAPHIQUE,
LA CONSCIENCE COMORIENNE REVENDIQUE LA PAROLE.

L’insidieuse  présence du porno aux Comores est une affaire sensiblement choquante, originale à nos mœurs et aux rapports que l’on a de la  sexualité.  Tellement  méprisant et humiliant quand les femmes se donnent, s’offrent en toute passivité totale. Elles échangent leur corps loin des mystères, des secrets et de l’intimité, en passant par des photos obscènes, dégradantes, et qui  détrônent la femme de ses valeurs, la poussant jusqu’au sadisme, voire en s’exposant aux métaphores économiques.

Cette femme si désirée est aujourd’hui devenue  la proie du libéralisme à outrance. Son corps est devenu objet, une chair assimilée à un canon qui ne fait qu’entrer et sortir par tous les orifices.. Un bien nouveau  au cœur de l’industrie du sexe. Et le marketing trouve sa place.

Vivre ce déferlement des réalités show qui, en toute humiliation de l’image de l’homme car il n’y a pas que la femme, la conscience morale et humaine reste paralysée. Nous nous y croyions protégées par les valeurs, tout à l’abri, nous avons eu tort, le phénomène n’est pas seulement occidental : Clients, consommateurs, et travailleurs de sexe sont partout  et ne fait qu’accroître la demande la demande. L’offre  y suit la cadence et l’industrie de sexe  s’enrichissent et se mondialisent.

Aujourd’hui le constant est alarmant, la globalisation n’est pas seulement celle des marchés économiques, elle est aussi, on le voit, celle de toute perversion  mêmes les plus intolérables aux autres civilisations.

Plus choquant encore, lorsque ce déchirement des principes et  de nos valeurs est véhiculé par des canaux, eux mêmes, rappelons- nous, ont dénoncé, il y a peu la barbarie… n’est ce pas dangereux et barbare que de vouloir dénuder tout un peuple de ses valeurs ? Telle approche ne traduit pas le choc des civilisations déjà annoncé par Samuel Huntington ? 

Evidemment, l’industrie du sexe se délocalise et recrute tous les âges dans toutes les cultures et les civilisations même les plus respectueuses aux valeurs que l’on supposait ancestrales. La frappe est très chirurgicale. Elle est bien dessinée. La douleur est si grande. Aujourd’hui, ce ne sont plus les petits enfants de Thaïlande, d’Amérique latine… victimes de toutes sortes d’exploitation qui préoccupent les esprits, c’est l’âme, la conscience de tout un peuple qui en est mise en mal. 

Aux Comores alors que les siennes, les plus jeunes tant lycéennes que bachelières, sont prises en tenaille, l’industrie du sexe ruine sur son passage les plus démunies, une populace dépourvue de tout moyen, et , qu’au lieu de lui porter assistance, on l’humilie, la détournant de sa seule richesse : la dignité, le droit d’être un Etre avant d’être un objet de marchandage . Que devons nous blâmer ? Certains condamnent sans jugement ces jeunes qui humilient ou humiliées, par des peines sévèrement répressives et on ne peut que les comprendre. D’autres s’interrogent et essaient de savoir d’où émerge ce mal qui ronge tout un peuple, toute une nation. Nous nous inscrivons ainsi  dans cette lignée pour essayer de s’interroger sur le processus et son aboutissement. Bien sûr, il ne s’agit donc pas ici de faire l’apologie du porno, loin s’en faut. Ni de rester sur le confort du principe républicain, de l’imputabilité de la faute au seul individu responsable de ses actes, ni d’admettre non plus, le principe sociologique de Rousseau, qui de fait, « nul mal humain ne vient de l’Homme, il vient de la société qu’il faut absolument changer ». Une théorie qui déresponsabilise l’individu et accuse la société.

Toutefois, donner uniquement  des sanctions répressives à ces jeunes désœuvrées au nom du principe républicain, c’est réserver les germes de l’ordre à venir, un malaise. Inversement, accuser la société pour les innocenter, c’est désinstitutionnaliser l’individu. De fait, l’un ne peut pas être sans l’autre. Et toutes les interrogations sont légitimes. Il est donc nécessaire de comprendre les liens qui unissent l’individu à la Société et la Société à l’individu. N’y a t-il pas un espace vide des droits ? Nous laissons la question aux juristes, seuls habilités à fournir une réponse. Nous nous interrogeons sur le pourquoi et les motivations. Il ne serait pas anodin de se demander comment une nation a pu être frappée, humiliée dans sa chair, sa dignité ? Etions-nous aveuglés au point de ne pas voir venir l’ennemi ? La blessure est grave et l’ennemi n’est pas seul. Le putsch n’est plus militaire mais culturel. Le mercenaire n’est plus Bob Denard mais une idéologie, un marché sans état d’âme. La victime n’est pas le président mais tout un peuple. Devons nous  nous achever pour ne pas être habité par ce mal ?Toutes les questions méritent d’être pensées, car aujourd’hui les armes  se sont tûes. La conscience comorienne a pour une fois la parole. Elle se doit d’être entendue dans toutes les grandes instances. Est ce que la répression peut elle jouer seule le contrepoint de la cultures des réalités show ? Nous  -nous refusons le fait de résoudre le mal par le « mal ». Car nous sommes tous victimes, et nous ne devrions pas plaider coupables.  Et surtout nous n’avons pas à nous pendre.

 Nous ne sommes pas des juges mais simplement citoyens d’une nation blessée, dont l’âme pleure, saigne le sang des quatre étoiles. Nous ne sommes qu’une espèce amoureuse des comores. Nous implorons la logique déontologique et non pas une logique conséquentielle qui laissera la fleur du mal. Prévenons les causes, les conséquences sont là, c’est écrit par la main Unique.

Nul n’ignore que le porno nuit, viole et bafoue l’image  de vos enfants, de nos sœurs, de la femme et cela est contraire à nos valeurs et surtout atypique au fondement du féminisme comorien.

Notre pays , en dépit de son attachement à ses valeurs, à une éthique, vit en toute démission, un malaise sexuel. Et il est urgent de promouvoir et d’élargir un espace de débat. Non pas de s’arrêter sur cet événement mais d’aller au bout des menaces qui brouillent les esprits et les repères :

-l’homosexualité atteint toutes les couches sociales, les jeunes et les adultes, dans tous les quartiers, les villages et les villes. Et les villes sensiblement !Trop souvent !

Dans les salles de cinémas, rare le week-end,  que les programmes ne proposent les films X .

-Dans les night-club de la Falène au Club des Amis, jusqu’aux bidonvilles de Moroni Ambassadeur, Mangani, Bouzini et bien de meilleurs, les jeunes filles « d’ailleurs se prostituent et se vendent. Des pratiques dégradantes telles que les tournantes, les partouzes, organisés l’échangisme caché, voire le pire de l’inceste sont considérés comme étant des jeux de séduction. Les jeunes gens sont exploités, essayés… ce sont les enfants d’un tel : pour faire allusion aux homosexuels… ». Et dans toute indifférence totale, personne n’en parle.

La déréglementation des divorces, la polygamie mal contractée, tout cela dépossède de la femme son indépendance.

De ce tableau sombre et triste, l’opinion publique vit malgré tout dans le silence et la passivité. C’est pourquoi nous nous demandons si toutes les complicités, les oppressions dont la femme subit ne constituent pas certains des motifs qui ont favorisé cette effervescence pornographique? N’est ce pas là une des raisons qui interpelle notre conscience afin d’ouvrir le débat sur le statut de la femme comorienne? Et non pas un statut qui, déconnecté d’avec la société mais celui proche d’un féminisme qui s’enracine et s’approfondit selon les aspirations et les besoins du peuple pour que la pensé de la femme évolue et mûrisse.

Certes, l’on ne peut pas négliger la responsabilité, la lâcheté, la naïveté des ces jeunes inculpées selon le principe républicain, mais nous appelons à nous détraditionnaliser de nos démissions, de nos paresses, et de notre passivité, un maigre et triste héritage que l’on léguera à nos enfants.

Il ne faut surtout pas focaliser notre assurance sur la seule formulation d’un principe, ou d’une adhésion à une foi pour ne pas faire le contraire, mais il fait éduquer pour respecter les principes.

M’SA ALI Ddjamal
Et
SAID Abou-Bacar

Etudiants à Paris X et Aix- Marseille II