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Politique
Discours de M Omar TAMOU 28/06/2003

Monsieur Omar TAMOU Président du RNDC
Discours du 28 Juin 2003, MARSEILLE


Chers compatriotes, Honorables invités, Mesdames et Messieurs,

Vous vous êtes déplacés bien plus nombreux que je ne pouvais l’espérer, pour cette réunion qui est le point de départ d’un test grandeur nature de notre mécontentement et aussi, de notre capacité à l’exprimer.
Oui, je vous remercie pour cette forte mobilisation. Je m’en voudrais très sincèrement si vous pensiez que je n’ai pas trouvé les mots adéquats, pour remercier très chaleureusement votre présence, présence qui honore la prise de conscience de toute une communauté, sur la situation catastrophique qui prévaut actuellement dans notre pays.
Plus que jamais, nous avons besoin de nous unir pour la circonstance, car comme l’affirme le proverbe, « l’union fait la force » - et dieu sait combien on en a besoin, tant pour dénoncer l’immobilisme auquel nous a conduit le régime du Colonel AZALI, que pour construire une vision de l’avenir .
Je ne suis pas ici présent aujourd’hui, pour calomnier ou injurier quelque autorité en place, mais simplement pour un bilan objectif sur la crise extrêmement profonde qui traverse notre pays et, avec votre concours à vous tous, trouver une solution à cette impasse.
A l’heure où aucune lueur d’espoir ne pointe à l’horizon du pays, du fait de l’irresponsabilité d’un homme et de son machiavélisme, la diaspora Comorienne en France se doit de prendre ses responsabilités historiques. Il est temps de clamer haut et fort notre opposition résolue aux coups de théâtre du Colonel AZALI.
Faut-il rappeler qu’il est l’homme qui, à la faveur de son coup d’état du 30 avril 1999 a passé à pertes et profits le processus de réconciliation Nationale, scellé lors de la conférence historique d’ANTANANARIVO ?
Le Colonel AZALI et ses alter ego, après avoir hypothéqué le plan de salut public esquissé par cette conférence, n’ont lésiné sur aucun moyen, pour faire croire qu’il serait l’homme providentiel capable de rétablir, par l’effet d’une baguette magique, l’Unité Nationale et l’intégralité Territoriale.

Nombreux sont les membres de la Communauté Internationale, qui ont pris pour argent comptant ces professions de foi, au point de croire qu’AZALI serait le Président le plus intègre de l’histoire Comorienne.
Cinq années après son coup d’état, force est de constater que la montagne n’a accouché que d’une souris.
Malgré l’engagement sans précèdent de la Communauté internationale en vue du règlement de la crise politique Comorienne, le processus de réconciliation n’a pas avancé d’un iota :
- ANJOUAN continue à faire cavalier seul et hisse son propre drapeau !
- Le contrôle de l’île de NGAZIDJA échappe à AZALI !
- MOHELI ne lui obéit plus !

La constitution portant sur l’Union des îles Comores sur les fonts baptismaux est devenue lettre morte, avant même la moindre application. Une fois de plus, force est de constater qu’après un an d’élection des exécutifs des îles, le processus démocratique reste bloqué, chose qui constitue un obstacle majeur au développement économique et social.
Ayant pris goût à l’exercice solitaire du pouvoir, AZALI n’entend le partager avec qui que ce soit, nonobstant les dispositions constitutionnelles prévoyant la répartition équilibrée des pouvoirs de l’Etat entre l’Union et les gouvernants des îles.
C’est là l’explication de la guerre permanente qui oppose le Président des îles le Colonel AZALI, et ceux des îles ELBAK, Mohamed BACAR et FAZUL, impliquant une politique faite d’entraves, de mécontentements et d’incertitudes pour l’avenir de la population dont l’aspiration est la quiétude, la santé, l’éducation, le droit au travail, la justice pour tous, le respect de la démocratie et des droits de l’homme.
Or, à l’instant présent, qui d’entre vous peut affirmer que sa famille, ses amis ou ses proches peuvent revendiquer l’application de ces bases fondamentales ?
Qui d’entre vous ici présents peut se lever et attester devant cette assemblée l’application d’une de ces aspirations ?

Si à quelque chose malheur est bon, la Communauté Internationale, en général, et la France en particulier, devraient tirer de cette nouvelle trahison du pouvoir AZALI, la conclusion qu’il n’a pas le sens de l’Etat et que pour lui, tout moyen est bon pour se maintenir au pouvoir :
- coup d’état ;
- trucage des élections ;
- passage en force dans ses rapports avec les gouvernants des îles, plus rien ne lui pose le moindre problème de conscience.

Tout compte fait, la philosophie du Colonel AZALI est d’instaurer un système de « coup d’état permanent », propice à l’instabilité et au désordre, seul contexte qui puisse arranger ses manœuvres de division et son diktat.
Certes, dans ce jeu, il a les coudées franches du fait de l’inertie et du silence du personnel politique Comorien. Car où est l’opposition au Colonel AZALI ? Notre classe politique, y compris moi-même, doit se considérer comptable de l’impasse où nous nous trouvons, tant notre silence et notre désunion sont profonds.

Notre responsabilité est d’autant plus lourde que les uns et les autres ont participé depuis l’indépendance dans la gestion des affaires de l’Etat et, de ce fait, sont depuis pour quelque chose dans le purgatoire auquel nous a condamné le pouvoir militaire d’ AZALI.
Pour faire notre mea-culpa et prouver notre conversion à une culture politique moderne, les responsables politiques Comoriens devraient se montrer déterminés et unis dans la lutte contre le système AZALI.
Pour ma part, j’entends désormais démontrer ma métamorphose.
C’est là le point de départ du salut de la nation car, avant d’engager le débat souhaitable des idées et des méthodes susceptibles de sortir les Comores du gouffre, il y a lieu de mettre un terme au régime actuel.

A mon sens, il est impossible d’engager notre pays sur les rails du développement de l’Etat de droit et de la démocratie tant que les leviers de commande de notre pays demeurent entre les mains d’hommes sans foi ni loi, et d’un gouvernement illégitime.
Mes chers compatriotes, où que vous soyez, sachez que votre engagement, l’engagement de tout un chacun, constitue le meilleur tremplin envisageable pour l’avenir de notre pays.
Notre horizon n’est plus cette ligne vagabonde fixée par les imberbes qui nous gouvernent, mais la conviction que les Comores doivent devenir un pays où l’on peut gagner sa vie et vivre heureux.

C’est en tout cas, la foi qui m’anime dans ce combat.
Mais comme un arbre, cette foi peut mourir ou grandir jusqu’à ce qu’elle donne une moisson de fruits.
Etes-vous prêts, chers compatriotes, à fortifier cet arbre, sachant que toute œuvre demande un investissement et de la persévérance ? C’est seulement ainsi que nous pourrons chasser le régime corrompu du Colonel AZALI du pouvoir, et poser les jalons de notre avenir.
La perversité de ce régime n’est pas seulement caractérisée par la corruption généralisée et le népotisme organisé par certaines personnalités et dont je tais les noms par scrupules, mais aussi par l’illégitimité d’un pouvoir conquis par la force des armes !.
Quand bien même un processus électoral a tenté en 2002 de redonner au Colonel AZALI un semblant de légitimité qu’il s’avère que ces élections dont les dés étaient pipés à l’avance, furent marquées par l’absence de liberté, d’égalité et par un trucage massif tant du point de vue forme que sur le fond…
Comme pour couronner son échec et en guise de solution de rechange à la décision de la France et de l’Union Européenne relative au gèle de l’aide à l’Etat Comorien, AZALI se voit contraint de recourir à des sources de financements peu orthodoxes et aux origines difficiles à comprendre.

…… Je ferais un aparté sur cette sombre histoire largement médiatisée cette semaine, compromettante pour tout un peuple, d’un navire arborant pavillon comorien et transportant plus de 600 tonnes d’explosif dont la destination serait douteuse…. Peut-être doit-on faire le rajout du mot « à louer » sur notre tout naissant drapeau déjà bafoué ? ……. Scandale !
Franchement, n’avons-nous pas chers compatriotes d’autres ambitions que d’entretenir l’assistanat comme solution à la crise ?
N’avons-nous pas d’autres ambitions que d’importer plutôt que de produire ? De démolir plutôt que de construire ?
Avant de toujours quêter, si nous tous, prouvions notre réelle volonté de bâtir, ne pensez-vous pas que ces preuves apportées renforceraient l’appréciation de la Communauté Internationale ?
Il faut redonner la volonté et l’envie à toute une population abusée de démagogie, de développer, de cultiver, de pêcher, d’investir et de favoriser une réelle coopération génératrice d’emplois et de prospérité.
Si tel est notre objectif, agissez alors en conséquence et faites-vous entendre !
Faites comprendre à ce gouvernement irresponsable que vous êtes 80 000 à Marseille, 50 000 à Paris, 10 000 à Dunkerque, sans compter Nice, Lyon, Bordeaux, que sais-je encore et 750 000 aux îles Comores !
Etes-vous ici, juste pour travailler afin d’aider votre famille au pays, pour leur apporter pendant la période des vacances vos devises ?
Sans avoir le droit à la parole, sans avoir, vous Comoriens, le droit d’élire démocratiquement par procuration consulaire vos représentants du peuple ?

Eh bien NON ! Dites NON une bonne fois pour toute !
Non au laxisme de ces pseudo autorités !
Non à l’image que l’on donne de votre pays chez vous et à l’étranger ! OUI ! à une réelle volonté de promouvoir le développement économique et social ! OUI ! à une réelle volonté de bâtir un Etat de droit durable, laissant une trace positive et exemplaire pour nos enfants…
Je suis par ailleurs profondément attristé et garde le verbe haut, en affirmant que l’avenir de notre pays n’est pas dans les querelles d’irresponsables, mais dans la prise de conscience de tout un chacun et non de créditer l’application d’une constitution taillée sur mesure pour certain et ingérable pour tous.
Face à une telle situation d’échec généralisé, il convient de relever ce colossal défi et de bâtir un Etat comorien fort, digne et responsable basé sur la clarté et la transparence, combattre la corruption, redonner vie à une nation qui s’éteint sous le poids de la dette et de la non-compétence.

Je tiens que vous sachiez, chers compatriotes, Auguste assemblée, que j’ai toujours été présent à vos côtés et je le demeurerai, que mes démarches ont toujours été dans l’intérêt de notre patrie qui ne peut avoir d’avenir si une constitution telle, celle de 1978, évidemment remaniée sous quelques aspects, n’est pas remise en place afin de reconduire les Comores vers un avenir meilleur dont vos aspirations légitimes seront exaucées, où les arriérés de salaires des fonctionnaires pourront être entièrement réglés … et j’en passe…
La chose n’est pas simple certes, le travail est rude, mais je m’engage solennellement à vous conduire vers cet avenir où les Comoriennes et Comoriens auront une véritable identité et une réelle volonté au regard de la scène Internationale, faisant abstraction du passé, afin de redonner à notre Archipel son identité et l’image de marque qu’il mérite.

Vive les Comores libres et démocratiques

Monsieur Omar TAMOU
Président du RNDC
Discours du 28 Juin 2003, MARSEILLE