Vous vous êtes déplacés bien plus nombreux que je ne
pouvais l’espérer, pour cette réunion qui est le point de départ d’un test
grandeur nature de notre mécontentement et aussi, de notre capacité à
l’exprimer.
Oui, je vous remercie pour cette forte mobilisation. Je m’en voudrais très
sincèrement si vous pensiez que je n’ai pas trouvé les mots adéquats, pour
remercier très chaleureusement votre présence, présence qui honore la prise de
conscience de toute une communauté, sur la situation catastrophique qui
prévaut actuellement dans notre pays.
Plus que jamais, nous avons besoin de nous unir pour la circonstance, car
comme l’affirme le proverbe, « l’union fait la force » - et dieu sait combien
on en a besoin, tant pour dénoncer l’immobilisme auquel nous a conduit le
régime du Colonel AZALI, que pour construire une vision de l’avenir .
Je ne suis pas ici présent aujourd’hui, pour calomnier ou injurier quelque
autorité en place, mais simplement pour un bilan objectif sur la crise
extrêmement profonde qui traverse notre pays et, avec votre concours à vous
tous, trouver une solution à cette impasse.
A l’heure où aucune lueur d’espoir ne pointe à l’horizon du pays, du fait de
l’irresponsabilité d’un homme et de son machiavélisme, la diaspora Comorienne
en France se doit de prendre ses responsabilités historiques. Il est temps de
clamer haut et fort notre opposition résolue aux coups de théâtre du Colonel
AZALI.
Faut-il rappeler qu’il est l’homme qui, à la faveur de son coup d’état du 30
avril 1999 a passé à pertes et profits le processus de réconciliation
Nationale, scellé lors de la conférence historique d’ANTANANARIVO ?
Le Colonel AZALI et ses alter ego, après avoir hypothéqué le plan de salut
public esquissé par cette conférence, n’ont lésiné sur aucun moyen, pour faire
croire qu’il serait l’homme providentiel capable de rétablir, par l’effet
d’une baguette magique, l’Unité Nationale et l’intégralité Territoriale.
Nombreux sont les membres de la Communauté Internationale, qui ont pris pour
argent comptant ces professions de foi, au point de croire qu’AZALI serait le
Président le plus intègre de l’histoire Comorienne.
Cinq années après son coup d’état, force est de constater que la montagne n’a
accouché que d’une souris.
Malgré l’engagement sans précèdent de la Communauté internationale en vue du
règlement de la crise politique Comorienne, le processus de réconciliation n’a
pas avancé d’un iota :
- ANJOUAN continue à faire cavalier seul et hisse son propre drapeau !
- Le contrôle de l’île de NGAZIDJA échappe à AZALI !
- MOHELI ne lui obéit plus !
La constitution portant sur l’Union des îles Comores
sur les fonts baptismaux est devenue lettre morte, avant même la moindre
application. Une fois de plus, force est de constater qu’après un an
d’élection des exécutifs des îles, le processus démocratique reste bloqué,
chose qui constitue un obstacle majeur au développement économique et social.
Ayant pris goût à l’exercice solitaire du pouvoir, AZALI n’entend le partager
avec qui que ce soit, nonobstant les dispositions constitutionnelles prévoyant
la répartition équilibrée des pouvoirs de l’Etat entre l’Union et les
gouvernants des îles.
C’est là l’explication de la guerre permanente qui oppose le Président des
îles le Colonel AZALI, et ceux des îles ELBAK, Mohamed BACAR et FAZUL,
impliquant une politique faite d’entraves, de mécontentements et
d’incertitudes pour l’avenir de la population dont l’aspiration est la
quiétude, la santé, l’éducation, le droit au travail, la justice pour tous, le
respect de la démocratie et des droits de l’homme.
Or, à l’instant présent, qui d’entre vous peut affirmer que sa famille, ses
amis ou ses proches peuvent revendiquer l’application de ces bases
fondamentales ?
Qui d’entre vous ici présents peut se lever et attester devant cette assemblée
l’application d’une de ces aspirations ?
Si à quelque chose malheur est bon, la Communauté
Internationale, en général, et la France en particulier, devraient tirer de
cette nouvelle trahison du pouvoir AZALI, la conclusion qu’il n’a pas le sens
de l’Etat et que pour lui, tout moyen est bon pour se maintenir au pouvoir :
- coup d’état ;
- trucage des élections ;
- passage en force dans ses rapports avec les gouvernants des îles, plus rien
ne lui pose le moindre problème de conscience.
Tout compte fait, la philosophie du Colonel AZALI est
d’instaurer un système de « coup d’état permanent », propice à l’instabilité
et au désordre, seul contexte qui puisse arranger ses manœuvres de division et
son diktat.
Certes, dans ce jeu, il a les coudées franches du fait de l’inertie et du
silence du personnel politique Comorien. Car où est l’opposition au Colonel
AZALI ? Notre classe politique, y compris moi-même, doit se considérer
comptable de l’impasse où nous nous trouvons, tant notre silence et notre
désunion sont profonds.
Notre responsabilité est d’autant plus lourde que les
uns et les autres ont participé depuis l’indépendance dans la gestion des
affaires de l’Etat et, de ce fait, sont depuis pour quelque chose dans le
purgatoire auquel nous a condamné le pouvoir militaire d’ AZALI.
Pour faire notre mea-culpa et prouver notre conversion à une culture politique
moderne, les responsables politiques Comoriens devraient se montrer déterminés
et unis dans la lutte contre le système AZALI.
Pour ma part, j’entends désormais démontrer ma métamorphose.
C’est là le point de départ du salut de la nation car, avant d’engager le
débat souhaitable des idées et des méthodes susceptibles de sortir les Comores
du gouffre, il y a lieu de mettre un terme au régime actuel.
A mon sens, il est impossible d’engager notre pays sur
les rails du développement de l’Etat de droit et de la démocratie tant que les
leviers de commande de notre pays demeurent entre les mains d’hommes sans foi
ni loi, et d’un gouvernement illégitime.
Mes chers compatriotes, où que vous soyez, sachez que votre engagement,
l’engagement de tout un chacun, constitue le meilleur tremplin envisageable
pour l’avenir de notre pays.
Notre horizon n’est plus cette ligne vagabonde fixée par les imberbes qui nous
gouvernent, mais la conviction que les Comores doivent devenir un pays où l’on
peut gagner sa vie et vivre heureux.
C’est en tout cas, la foi qui m’anime dans ce combat.
Mais comme un arbre, cette foi peut mourir ou grandir jusqu’à ce qu’elle donne
une moisson de fruits.
Etes-vous prêts, chers compatriotes, à fortifier cet arbre, sachant que toute
œuvre demande un investissement et de la persévérance ? C’est seulement ainsi
que nous pourrons chasser le régime corrompu du Colonel AZALI du pouvoir, et
poser les jalons de notre avenir.
La perversité de ce régime n’est pas seulement caractérisée par la corruption
généralisée et le népotisme organisé par certaines personnalités et dont je
tais les noms par scrupules, mais aussi par l’illégitimité d’un pouvoir
conquis par la force des armes !.
Quand bien même un processus électoral a tenté en 2002 de redonner au Colonel
AZALI un semblant de légitimité qu’il s’avère que ces élections dont les dés
étaient pipés à l’avance, furent marquées par l’absence de liberté, d’égalité
et par un trucage massif tant du point de vue forme que sur le fond…
Comme pour couronner son échec et en guise de solution de rechange à la
décision de la France et de l’Union Européenne relative au gèle de l’aide à l’Etat
Comorien, AZALI se voit contraint de recourir à des sources de financements
peu orthodoxes et aux origines difficiles à comprendre.
…… Je ferais un aparté sur cette sombre histoire
largement médiatisée cette semaine, compromettante pour tout un peuple, d’un
navire arborant pavillon comorien et transportant plus de 600 tonnes
d’explosif dont la destination serait douteuse…. Peut-être doit-on faire le
rajout du mot « à louer » sur notre tout naissant drapeau déjà bafoué ? …….
Scandale !
Franchement, n’avons-nous pas chers compatriotes d’autres ambitions que
d’entretenir l’assistanat comme solution à la crise ?
N’avons-nous pas d’autres ambitions que d’importer plutôt que de produire ? De
démolir plutôt que de construire ?
Avant de toujours quêter, si nous tous, prouvions notre réelle volonté de
bâtir, ne pensez-vous pas que ces preuves apportées renforceraient
l’appréciation de la Communauté Internationale ?
Il faut redonner la volonté et l’envie à toute une population abusée de
démagogie, de développer, de cultiver, de pêcher, d’investir et de favoriser
une réelle coopération génératrice d’emplois et de prospérité.
Si tel est notre objectif, agissez alors en conséquence et faites-vous
entendre !
Faites comprendre à ce gouvernement irresponsable que vous êtes 80 000 à
Marseille, 50 000 à Paris, 10 000 à Dunkerque, sans compter Nice, Lyon,
Bordeaux, que sais-je encore et 750 000 aux îles Comores !
Etes-vous ici, juste pour travailler afin d’aider votre famille au pays, pour
leur apporter pendant la période des vacances vos devises ?
Sans avoir le droit à la parole, sans avoir, vous Comoriens, le droit d’élire
démocratiquement par procuration consulaire vos représentants du peuple ?
Eh bien NON ! Dites NON une bonne fois pour toute !
Non au laxisme de ces pseudo autorités !
Non à l’image que l’on donne de votre pays chez vous et à l’étranger ! OUI ! à
une réelle volonté de promouvoir le développement économique et social ! OUI !
à une réelle volonté de bâtir un Etat de droit durable, laissant une trace
positive et exemplaire pour nos enfants…
Je suis par ailleurs profondément attristé et garde le verbe haut, en
affirmant que l’avenir de notre pays n’est pas dans les querelles
d’irresponsables, mais dans la prise de conscience de tout un chacun et non de
créditer l’application d’une constitution taillée sur mesure pour certain et
ingérable pour tous.
Face à une telle situation d’échec généralisé, il convient de relever ce
colossal défi et de bâtir un Etat comorien fort, digne et responsable basé sur
la clarté et la transparence, combattre la corruption, redonner vie à une
nation qui s’éteint sous le poids de la dette et de la non-compétence.
Je tiens que vous sachiez, chers compatriotes, Auguste
assemblée, que j’ai toujours été présent à vos côtés et je le demeurerai, que
mes démarches ont toujours été dans l’intérêt de notre patrie qui ne peut
avoir d’avenir si une constitution telle, celle de 1978, évidemment remaniée
sous quelques aspects, n’est pas remise en place afin de reconduire les
Comores vers un avenir meilleur dont vos aspirations légitimes seront
exaucées, où les arriérés de salaires des fonctionnaires pourront être
entièrement réglés … et j’en passe…
La chose n’est pas simple certes, le travail est rude, mais je m’engage
solennellement à vous conduire vers cet avenir où les Comoriennes et Comoriens
auront une véritable identité et une réelle volonté au regard de la scène
Internationale, faisant abstraction du passé, afin de redonner à notre
Archipel son identité et l’image de marque qu’il mérite.
Vive les Comores libres et démocratiques
Monsieur Omar TAMOU
Président du RNDC
Discours du 28 Juin 2003, MARSEILLE