FRONT DEMOCRATIQUE
FEDERATION DE MAYOTTE
DZAOUDZI, le 07 octobre 2005
COMMUNIQUE
Incroyable! Un maire réputé modéré, ancien « serrez la main » de surcroît, qui
perd toute retenue au point de prendre la tête d’une manifestation xénophobe,
mégaphone au poing et criant des slogans lepénistes à l’adresse des «
étrangers » ; un conseiller général qui semble avoir perdu la mémoire au point
d’oublier ce que cela fait d’être chassé de chez soi ; bref ! Des responsables
politiques de tous bords qui, avec une belle unanimité, crient au scandale et
ne comprennent pas que des étrangers, « clandestins » par-dessus le marché,
osent manifester sur la voie publique pour réclamer qu’on les traite comme des
êtres humains. Non mais ! Depuis quand les clandestins ont-ils des droits ?
Nos édiles se disent profondément choqués et offensés par ce qu’ils
considèrent comme une atteinte à leur dignité et à leur souveraineté. Tout
naturellement, mais avec un peu moins d’unanimité ils ont appelé les Maorais à
riposter.D’où le rassemblement xénophobe du 03 octobre 2005 à MAMOUDZOU à
l’appel de l’UMP. » Des milliers et des milliers de personnes » avaient fait
le déplacement selon RFO-MAYOTTE (voir JT de 19H30) ; quelques centaines de
personnes selon « Le Mahorais » du 04 octobre, ce qui paraît plus conforme à
la réalité, au vu des images diffusées par RFO dans son JT. Il est vrai que la
station du Rond Point a pour habitude de caresser les responsables
départementalistes dans le sens du poil. Les mauvaises langues racontent
d’ailleurs que l’ancien Rédacteur en chef a été viré à cause de son
indépendantisme larvé. La seule fausse note fut le témoignage poignant de cet
homme handicapé qui suppliait pour qu’on n’expulse pas son épouse anjouanaise.
D’autres rassemblements ont eu lieu dans les différentes mairies, sauf à
KOUNGOU dont le maire a refusé de rejoindre la meute. Dans l’ensemble la
mobilisation a été assez modeste, mais partout les minorités agissantes ont
imposé leur loi. Contrairement aux affirmations de Bacar Ali Boto et Ahmed
Attoumane, des incidents graves sont à déplorer, notamment à LABATTOIR et
PAMANDZI : échoppes saccagées, marchandises détruites, passages à tabac,
intimidation, la routine en somme ; les dégâts collatéraux comme dirait George
W. BUSH.L’essentiel pour nos vaillants élus est ailleurs ; les Maorais ont
fait leur devoir, aux autorités françaises maintenant d’accomplir leur part de
besogne, selon un scénario désormais classique à Mayotte : aux uns de faire
monter la pression par des propos racistes et xénophobes, propices à inciter à
la haine entre les communautés, aux autres d’arrêter et d’expulser tous ces
indésirables. Rappelons quelques dates pour mémoire : le 16 novembre 1988 à
travers MAMOUDZOU et KAWENI, le 4 juillet 1993 à Labattoir, le 30 mai 1999,…
et la veille de chaque évènement politique important,comme ce 19 février 1993
, à un mois des législatives. Ce qui s’était passé ce jour là était autrement
plus grave que le « saccage » de la permanence du député UMP de Mayotte. Les
principaux acteurs de ces évènements étaient maorais, parmi eux de nombreux
syndicalistes ; Marcel HENRY n’en avait pas moins attribué la responsabilité «
aux indépendantistes et aux immigrés comoriens » en ajoutant que certains
responsables syndicaux « ont été visiblement manipulés avant d’être débordés
et que leurs revendications ont, en réalité, servi de prétexte à l’émeute ».HJB,
ancien député de Mayotte , avait cru déceler à travers ces évènements « …une
entreprise de déstabilisation économique, sociale et politique de
Mayotte,dirigée de l’extérieur et relayée, sur place, par des éléments du
Front Démocratique… » (Voir JDM N°469 du 26 février 1993). A l’époque les
instigateurs de cette machination avaient eu recours, comme ceux des derniers
évènements, aux injures, à la délation, à l’intimidation et à la provocation.
Ironie de l’histoire, ceux qui se trouvaient en tête des cortèges ou
occupaient les antennes des médias lundi étaient dans le camp des victimes
en1993, aux côtés « des factieux du Front Démocratique », des « artistes
séditieux » et des journalistes traducteurs récalcitrants. Visiblement ils ont
changé de camp et complotent à leur tour contre la liberté et la démocratie à
Mayotte.
Ces évènements d’une extrême gravité n’eurent jamais de suites judiciaires ;
le dossier fut clos à la hâte par le procureur de la République. Mais deux ans
plus tard le visa Balladur fut instauré.
A ce tarif certains peuvent être tenté, douze ans plus tard, de renouer avec
la stratégie du complot pour essayer de reprendre la main, sans doute parce
qu’ils étaient en perte de vitesse à cause des bourdes accumulées ces derniers
temps.
Après tout ce ne sont pas les boucs émissaires qui manquent. Quoi de plus
simple en effet que de détourner la colère des gens, victimes du mal vivre,
sur » l’immigration clandestine », « cette invasion insupportable ». Selon
Mansour KAMARDINE « nous assistons ici à une action concertée des Comores pour
recoloniser notre île ». Pas moins ! Alors on en appelle au civisme et à la
mobilisation des Maorais ; il est demandé à chacun de se débarrasser de « son
clandestin », comme d’un chien galeux. Au gouvernement français on demande des
mesures d’exception, à caractère vichyste. Pas question d’appliquer le droit
commun français dans ce domaine. L’hystérie est à son comble.
Relax, Monsieur le député !
Si les Maorais se sentent de moins en moins chez eux, s’ils s’exilent en masse
vers la Réunion et la France, ce n’est sûrement pas à cause des « clandestins
» ; non ; c’est surtout parce que nous sommes un pays colonisé ; le
colonisateur nous impose ses normes et ses choix. Lentement, mais sûrement une
société d’apartheid s’installe à Mayotte. Notre île est bel et bien devenue
une colonie de peuplement, étant probablement le dernier territoire tropical
encore sous domination et où un pays développé peut faire émigrer ses
ressortissants. La France ne croit d’ailleurs pas à un réveil nationaliste des
Maorais dans un avenir prévisible. A terme l’immigration massive de citoyens
français métropolitains devrait permettre d’écarter définitivement ce danger,
à condition bien sûr de chasser tous ces « clandestins »porteurs de tous les
germes, y compris indépendantistes, car ils pourraient le cas échéant devenir
les alliés objectifs d’une revendication nationaliste des autochtones. Ce
d’autant plus que la France sait que sa présence à Mayotte est illégal, que
ces prétendus clandestins sont en réalité chez eux, au regard du droit
international.
Non aux rafles et aux expéditions punitives ;
Non aux lois vichystes ;
Liberté d’aller et venir pour tous.
YOUSSOUF Moussa
FRONT DEMOCRATIQUE DES COMORES
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DECLARATIONSUR LA SITUATION ACTUELLE A MAORE
07/10/2005
Dans l’île comorienne Maoré, on parle ces derniers temps de « sans-papiers ».
C’est la qualification attribuée aux ressortissants des autres îles sœurs
Ndzuani, Ngazidja et Mwali auxquels l’administration coloniale française ne
reconnaît pas le droit de résider à Maoré. L’on apprend à travers les médias
que depuis quelques semaines, les prétendus « sans-papiers » ont exprimé leur
révolte contre les traitements inhumains et les humiliations dont ils sont
victimes de la part des forces d’occupation françaises et leurs affidés
maorais. Le samedi 17 septembre a eu lieu, à Mamudzu, un rassemblement au
cours duquel la volonté de résistance a été réaffirmée. Le dimanche 25 a eu
lieu une première manifestation pacifique qui s’est terminée sans incident. Le
mercredi 28, une deuxième manifestation d’une plus grande mobilisation a
dégénéré suite à des actes de provocation destinés à créer de toute pièce des
mobiles pour casser au moyen de la répression cet élan de résistance. Ironie
du sort, ces « sans-papiers » ne manifestaient pas pour rester à Maoré, mais
pour demander qu’on leur permette de retourner dans leur île d’origine.
Autre cas de « sans-papiers », ce sont les pêcheurs de Domoni à Ndzuani qui
ont l’habitude de travailler au large entre Ndzuani et Maoré. Ils subissent à
leur tour les vexations de la gendarmerie marine de l’Administration coloniale
française. Le samedi 27 août dernier, deux pêcheurs avaient été arraisonnés à
bord de leur embarcation de pêche et conduits jusqu’à Maoré.
Face à cette situation, les autorités centrales de l’Union des Comores restent
muettes. Cela n’est d’ailleurs pas étonnant lorsque l’on sait que la ligne
désormais officielle sur le différend comoro-français consiste à ne rien faire
qui puisse heurter la susceptibilité de la diplomatie française. Au mois de
septembre dernier, lors de l’Assemblée générale de l’ONU, le chef de la
diplomatie comorienne a bien fait de condamner le séparatisme taïwanais. Mais
pourquoi ne l’a-t-il pas fait pour le séparatisme maorais ? Pire, dans son
allocution il tient des propos visant à tenir la communauté internationale, en
général, et l’ONU, en particulier, à distance du problème maorais pour créer
autour de ce conflit, un face à face Comores/France forcément à l’avantage de
la puissance coloniale puisque la seule attitude que connaissent les autorités
actuelles de l’Union des Comores quant au problème maorais est précisément
l’immobilisme et l’indifférence. Selon Abdou Soefou, une « nouvelle dynamique
est initiée. Elle consiste à favoriser le dialogue direct entre les deux
parties », et « le gouvernement comorien […] pense pouvoir faire confiance à
la République Française pour sa disponibilité d’œuvrer à la recherche d’une
solution concertée et honorable à cette question ». Tout porte à croire que le
régime actuel est entrain de sacrifier le formidable capital de solidarité
internationale accumulé par les régimes successifs que le pays a connu depuis
juillet 1975 jusqu’au mois d’avril 1999.
Les patriotes et les démocrates de ce pays ne doivent pas laisser ce régime
sacrifier les intérêts de la nation comorienne. Pour sa part, le Front
Démocratique :
- Condamne les exactions perpétrées par les forces d’occupation et
l’administration coloniale à Maoré
- S’indigne de l’instrumentalisation outrancière de béni-oui-oui, des « peaux
noires, masques blancs » d’un autre âge qui n’ont aucune honte à renier leur
identité, tel le député comorien à l’Assemblée Nationale Française, Mansour
Kamardine, contre leurs propres compatriotes des îles sœurs
- Exprime sa solidarité envers les prétendus « sans-papiers » et les pêcheurs
de Domoni
- Demande l’adoption par l’Assemblée de l’Union des Comores et les Assemblées
des Iles Autonomes d’une motion de condamnation de la politique de trahison
nationale actuellement conduite par le régime sur la question de Maoré
- Appelle l’Union Africaine, l’ONU et l’ensemble de la Communauté
internationale à continuer d’œuvrer activement pour mettre fin à la
colonisation et permettre la réintégration de Maoré dans l’ensemble comorien
Fait à Moroni, le 07 octobre 2005
Le Bureau Exécutif National
FRONT DEMOCRATIQUE DES COMORES
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DECLARATION
SUR LA CRISE EN COURS
30/09/2005
Une semaine s'est écoulée depuis l'annonce par les autorités de l'Union des
mesures de hausse des prix des produits des hydrocarbures (Essence, gasoil,
pétrole lampant). Le pays poursuit sa descente aux enfers. A Ngazidja, où a eu
lieu l'explosion de colère populaire, les habitants ne peuvent pas satisfaire
leurs besoins élémentaires. Ils vivent dans l'inquiétude à l'approche du mois
sacré du ramadan. Il se trouve que ces mesures sont venues renforcer les
mécontentements des enseignants, des personnels de la santé et autres agents
et fonctionnaires de l'Etat suite au non-respect des échéances salariales et
aux mesures administratives décrétées par le chef de l'Etat remettant en cause
les acquis de leur carrière et leur pouvoir d'achat. Les marches pacifiques de
protestation organisées en août et septembre à l'appel de la Confédération des
Travailleurs des Comores (C.T.C) n'avaient eu pour réponse que du mépris : "
Ils peuvent toujours manifester au besoin de Mbéni à Foumbouni " avait lancé
le chef de l'Etat ! La saine colère des forces vives du pays consécutive aux
dernières mesures de hausse sur les produits des hydrocarbures a, quant à
elle, rencontré une réponse autrement plus dramatique et cynique.
Le gouvernement de l'Union a fait la sourde oreille et joué au pourrissement
de la situation. L'armée a tué sans fondement. Elle a violé des domiciles
privés et humilié des paisibles et honorables citoyens, pères et mères de
famille. Depuis quelques mois du reste, elle est progressivement ressortie de
son obligation de réserve. Elle fait irruption dans les travaux
parlementaires, sort des communiqués et tient des conférences de presse. Elle
agit comme si elle n'était plus sous tutelle ministérielle. En somme, elle
accomplit des missions tout à fait contraires à celles que lui ont confiées la
Constitution et les lois votées par l'Assemblée de l'Union. L'on se croirait
encore dans la situation de l'après 30 avril 1999, date de son coup d'Etat.
Au regard de la gravité de cette situation, les réponses finalement apportées
par le Colonel Azali lors de son discours de ce jeudi 29 septembre appellent
les observations suivantes :
- En refusant de revenir sur les hausses (sauf pour le pétrole lampant), le
Colonel Azali affiche clairement son mépris habituel envers les revendications
du peuple. Il montre son inaptitude au dialogue social constructif. Il
appartient maintenant à la population et aux différents acteurs de la vie
socio-économique du pays d'en tirer les conséquences
- Le Colonel Azali a fait l'impasse sur le conflit antérieur à celui des
produits pétroliers qui l'oppose aux fonctionnaires et agents de l'Etat
- Les mesures d'accompagnement annoncées relèvent pour la plupart de la
démagogie dans la mesure où leur impact sur la vie quotidienne de la
population reste incertain. Elles ne peuvent nullement enrayer les effets
inflationnistes des hausses de l'essence et du gasoil
- En décidant unilatéralement de toucher aux dispositions fiscales de la loi
de finance 2005 sans recourir à l'Assemblée de l'Union, le Colonel Azali et
son gouvernement affichent le peu de respect qu'ils ont envers l'institution
parlementaire et en conséquence envers les règles de fonctionnement d'un Etat
de droit
- Sans surprise le colonel a exprimé sa solidarité avec les exactions de
l'Armée. Mais alors, quelle crédibilité accorder aux condoléances et
compassions adressées aux victimes ? Considérant ce qui précède, le FD pour sa
part :
1) Salue la combativité des forces vives du pays qui se sont mobilisées ces
dernières semaines notamment à Ngazidja (les enseignants, personnels de la
santé et autres fonctionnaires et agents de l'Etat, l'Association de défense
des consommateurs, opérateurs économiques, etc.) pour refuser de faire les
frais de la gabegie du régime du Colonel Azali et des mesures anti-sociales du
FMI et de la Banque Mondiale
2) Appelle à renforcer la résistance contre les différentes mesures
arbitraires décidées sur la carrière et le pouvoir d'achat des fonctionnaires
et agents de l'Etat et sur la hausse des produits des hydrocarbures
3) Demande le retour aux prix initiaux des produits des hydrocarbures avant de
procéder aux aménagements budgétaires nécessaires de la loi de finances par la
voie législative conformément à la démarche préconisée par le Président Mzé
Abdou Soulé Elbak en commun accord avec les gouvernements respectifs des Iles
Autonomes
4) Préconise l'annulation du décret relatif au gel de la carrière des
fonctionnaires et agents de l'Etat et la mobilisation de toutes les ressources
budgétaires disponibles pour créer les conditions d'une rentrée scolaire et
universitaire normale conformément au calendrier officiel
5) Dénonce le détournement de l'Armée de ses missions constitutionnelles et
demande la mise en place d'une commission d'enquête parlementaire sur les
agissements de l'AND ayant conduit aux dégâts humains et matériels de ces
derniers jours
6) S'élève contre les appels pressants à une justice expéditive destinée à
briser la résistance à la casse sociale
7) Propose la mise en place rapide d'une agence pour le développement des
ressources énergétiques du pays dans une démarche concertée conformément aux
dispositions pertinentes de la loi relative aux modalités d'application de
l'article 9 de la Constitution de l'Union
8) Appelle à la mise en application pressante des différentes lois adoptées
par l'Assemblée de l'Union pour favoriser le parachèvement du processus de
mise en place des institutions de l'Union comme des Iles et clarifier ainsi
les compétences dévolues à chaque entité pour rendre effective l'autonomie des
Iles
A quelques jours du début du mois sacré du ramadan, le FD adresse à la
population ses meilleurs voux pour un climat social apaisé et pour de
meilleures conditions d'accès aux produits de première nécessité.
Fait à Moroni, le 30 septembre 2005
Le Bureau Exécutif National