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Politique
La fin justifie les moyens mise à jour 28/06/2005

La fin justifie les moyens

Certes, il n’y a pas de bon ni de mauvais coup d’état, toute prise de pouvoir par la force est condamnable. Cependant, le coup de force qui a installé Mohamed Bacar au pouvoir le 9Aout 2001, à Anjouan avait suscité une adhésion générale voire de l’admiration pour trois raisons essentielles :

-         D’abord, parce que, Mohamed Bacar avait motivé son action par sa volonté de mettre fin à une dictature pour rétablir la démocratie et l’Etat de droit.
-         Ensuite, parce qu’il avait exprimé sa volonté de gérer une transition qui serait la plus courte possible puis de remettre le pouvoir à des autorités civiles démocratiquement élues.
-         Enfin, le coup d’Etat avait réussi sans qu’aucun coup de feu n’ait été tiré.

Mais la joie de la population de l’île fut de courte durée car, une fois au pouvoir, Mohamed Bacar a mis en place une dictature plus répressive que celle dont il avait reproché à son prédécesseur. Nous l’avons démontré dans notre article  du 24 mai 2005 sous le titre de « Mohamed Bacar a trompé les Anjouanais ».

Qu’en est il de sa promesse de remettre rapidement le pouvoir ?

Aussitôt après le putsch, à l’issue de longues discussions internes, l’armée avait décidé de ne  pas conserver le pouvoir. C’est ainsi qu’en s’adressant à la population, Mohamed Bacar affirmait ne pas vouloir s’éterniser au pouvoir, du moins c’est ce qu’il prétendait au départ. Comme il le clamera plus tard, sa vocation n’est pas la politique, il est militaire et aime l’armée.

Il multipliait ainsi les déclarations rassurantes, invitant même les politiciens locaux à s’organiser pour prendre le relais afin que l’armée puisse regagner les casernes aussi vite que possible.

Dans un discours radiodiffusé du 21 novembre 2001, il s’est ainsi exprimé : « notre détermination à respecter les échéances prévues (…) participe d’une volonté de l’armée à remettre le pouvoir à des autorités élues dès que le processus arrivera  à son terme. Tout bouleversement du calendrier des échéances, tout retard enregistré signifierait que l’armée devrait rester plus longtemps au pouvoir. Or, tel n’est pas notre souhait. Nous voudrions  remettre le pouvoir à des autorités civiles démocratiquement élues, très rapidement et regagner les casernes où nous serons plus utiles  au pays. »

Durant la transition à la tête de l’île, Mohamed Bacar s’est forcé  de recréer l’espoir et la population commençait à y croire. Le rétablissement de la chambre des députés dans ses fonctions, la régularité du versement des salaires aux fonctionnaires et la construction de quelques ouvrages publics sont autant d’actions qui ont renforcé sa popularité. A l’invitation des autorités militaires, les chefs d’entreprise des îles de la région se bousculaient à Anjouan pour des visites de prospection. Certains s’y installaient déjà.

Entre temps, Mohamed Bacar Multipliait les apparitions publiques pour se rapprocher de la population, que ce soit à l’occasion de funérailles, de célébrations de mariages ou d’inaugurations des multiples réalisations  des fonds d’aide de la coopération internationale dont les crédits destinés à l’île étaient débloqués après la signature de l’Accord- cadre du 17 février 2001.

D’aucuns ne comprenaient pas que Mohamed Bacar sillonnait l’île pour inaugurer des micros – réalisations alors qu’il aurait pu charger des membres de son gouvernement de l’y représenter. L’explication ne tardera pas. A la surprise générale, il comptabilisera ces micros réalisations dans son bilan de l’année écoulée  dans son message de vœux à la population, sans se soucier de l’indignation générale suscitée par sa malhonnêteté  flagrante.

Mohamed Bacar a continué son bonhomme de chemin pour mettre en place les institutions  prévues par le processus de réconciliation : vote de la constitution de l’île etc.

Mais quand il a fallu passer à l’élection des exécutifs îles, les choses prirent une autre tournure.

Déjà les rumeurs circulaient sur ses intentions de se porter candidat aux élections présidentielles de l’île. Cependant ni l’armée ni la classe politique ne pouvaient leur accorder de crédit, eu égard aux engagements qu’il avait pris publiquement. Et pourtant, elles étaient fondées..

Mohamed Bacar avait goutté aux délices du pouvoir et n’était pas prêt à y renoncer. Il était décidé à se maintenir au pouvoir sans que cela apparaisse comme un manquement à ses engagements ; d’où le scénario mis au point pour placer tout le monde sous le fait accompli.

En effet, à la veille d’un congrès de sa famille politique qui devait choisir le candidat aux élections présidentielles, il ordonna à tous ses ministres de lui ramener, chacun, une vingtaine de notables de leurs régions respectives à la présidence ou se tint un mini congrès soi-disant représentatif de l’île. La consigne était donnée, le forum devait lui demander officiellement d’être le candidat de «  tous les anjouanais » aux présidentielles de l’île. Allez savoir ce que regroupe ce vocable.

L’objectif recherché était de forcer la main à sa famille politique qui, dans son congrès du lendemain, n’aurait d’autre alternative que d’entériner sa candidature, mais  aussi de ne pas être accusé par les militaires d’avoir violé l’engagement pris par l’armée de remettre le pouvoir aux civils. En réalité personne n’a été dupe même si on ne la pas crié sur les toits.

Mohamed Bacar se doutait que le manquement à ses engagements   laisserait sans doute des traces et que l’armée ou la classe politique chercheraient à le faire payer.

L’armée demeurait à ses yeux la seule menace sérieuse à son pouvoir.

Paradoxalement, malgré son élection au suffrage universel, il continua à faire semblant de s’appuyer  sur elle pour diriger l’île, comme pendant les mois qui avaient suivi le coup d’Etat.

Par le biais du cabinet militaire, les hauts officiers étaient systématiquement  consultés à la prise de grandes décisions politiques. Certains observateurs s’interrogeaient sur l’opportunité de tenir des conseils des ministres d’un gouvernement qui ne décidait de rien  et qui faisait figure de simple décor alors que le véritable pouvoir était entre les mains des militaires. Peu à peu, l’attention portée aux militaires se révéla être une ruse pour les mettre en confiance afin de mieux les surveiller et les neutraliser.

En effet, Mohamed Bacar voulait avoir des yeux et des oreilles partout au sein de l’armée, au sein de la Gendarmerie et au sein de la Police pour repérer facilement qui des militaires ou des policiers marchait avec lui et qui était contre lui. Or ses amis de confiance sur qu’il pouvait compter étaient concentrés à la Gendarmerie, son corps d’origine. Pour faciliter cette tache, il décidera de fusionner les trois corps en un corps unique qu’il baptisera Forces de Gendarmeries Anjouanaise (FGA) et en profita pour placer ses fidèles à tous les postes de commandement intermédiaires (camps, brigades etc.)

Bien entendu, cette reforme suscita des critiques au sein de l’armée. On parlera d’hégémonie de la Gendarmerie sur l’armée et la police. Mais peu importe, le chien aboie, la caravane passe. Les militaires et les policiers mécontents furent mis à la retraite, sans sommation, avec la promesse des pécules jamais versés  à ce jour.

Une fois les trois corps unifiés en un corps unique, Mohamed Bacar s’est occupé des hauts officiers militaires avec la détermination de les isoler des troupes afin de rendre impossible toute conspiration contre lui.

Aussi, tous les membres du cabinet militaire reçurent –ils chacun un titre de conseiller du Président chargé de telle ou telle matière avec des avantages faramineux. Aveugle par l’apparente importance de leur rôle, avec l’illusion que c’était leur régime à eux, ils ont montré de l’excès de zèle pour ne pas décevoir le Président et se sont désintéressés complètement de l’armée. Assumer des fonctions politiques leur semblait tellement plus important, plus valorisant et plus avantageux qu’aucun haut officier ne voulut rendosser l’uniforme militaire ni regagner les casernes. Il semblerait même qu’il y aurait des hauts officiers anjouanais en lisse pour briguer la présidence de l’union avec la tournante.

Décidément les temps où Mohamed Bacar appelait la classe politique à s’organiser pour prendre le relais et permettre aux militaires de regagner les casernes où  ils seront plus utiles à l’île, sont bien révolus. On le voit, Mohamed Bacar, s’est arrangé de sorte qu’il ne soit pas seul indexé d’avoir détruit l’armée. L’histoire retiendra en effet que cette responsabilité est partagée avec tous les hauts officiers militaires de la place.

Désormais, la voie était ouverte pour nommer son frère cadet au commandement général des FGA, normal puisque aucun haut officier n’en voulait. Mohamed Bacar à la magistrature suprême de l’île son frère cadet au commandement des FGA c’était surtout une victoire de la famille qui allait se la couler douce pendant des années. Le comble est que le frère cadet en question n’est même pas militaire de carrière, c’est un médecin militaire donc inapte au commandement. Aussi, la nomination fut elle présentée d’abord comme provisoire.

Sous le commandement du frère cadet de Mohamed Bacar, les FGA sont détournées de leur mission originelle pour servir les intérêts de la famille ou comme instrument de règlement de comptes personnels avec les opposants politiques. Placées en état d’alerte permanente, elles commettent les pires exactions contre la population et instaurent une terreur  aveugle sur l’île : arrestations arbitraires, tortures, violations de domicile etc.

Les soldats eux-mêmes ne sont pas à l’abri de ces exactions. La moindre suspicion de relations avec des opposants politiques est sanctionnée au pire par des retenus sur les salaires déjà très bas, des mutations vers des camps ou des brigades éloignées de la capitale, au mieux par des avertissements. Les FGA sont mal habillées, mal nourries alors que des crédits sont octroyés par les budgets pour leur entretien.

Aucun camp, aucune brigade  ne détient de stock  d’armes. tout l’arsenal des FGA est stocké à la résidence privée de Mohamed Bacar dans son village de BARAKANI situé sur les hauteurs de OUANI, au nord de l’île. Les FGA ne subissent aucun stage, n’organisent aucun exercice  de manœuvre militaire ; ce qui a conduit certains humoristes à les comparer à un mouvement scout.

Peu importe, l’objectif recherché par Mohamed Bacar est atteint. En éliminant toute menace de conspiration contre lui par la neutralisation de l’armée et en nommant son frère cadet commandant en chef de cette même armée, il devient désormais le seul maître à bord et peut s’adonner aux détournements des fonds publics (sa passion favorite) et se placer au-dessus des lois en toute impunité.

Le 28 juin 2005
Abdallah Mohamed
Leader de l’Opposition
Anjouan.