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Politique
MPA - Mouvement Populaire Anjouanais mise à jour 27/11/2005

Vous trouverez ci-dessous la déclaration de Monsieur ABDALLAH Mohamed, Président du MPA (Mouvement Populaire Anjouanais) en date de ce jour suite aux arrestations intervenues récemment à ANJOUAN.
Bonne lecture.


Le 24 mai 2005

Mohamed Bacar a trompé les Anjouanais

Les Anjouanaises et les Anjouanais se souviennent, sans doute, de cette journée du 09 août 2001 où un jeune commandant de gendarmerie avait renversé le régime politique en place, accusant le Président déchu de corruption, de détournements et de s’être placé au-dessus de la loi. Il justifiait aussi son action par sa volonté de : : « mettre fin à une dictature pour rétablir la démocratie et l’Etat de droit ».

Le jeune Commandant faisait alors figure de sauveur, de celui qui venait mettre de l’ordre, enfin, dans les affaires de l’île. Nombreux sont les Anjouanais qui voyaient déjà en lui, un apôtre de la bonne gouvernance à laquelle la population de l’île aspirait tant.

Il n’a pas eu de difficultés à rallier les incrédules qui refusent encore de croire qu’un militaire au Pouvoir pouvait se prêter au jeu démocratique, à la suite d’un discours prononcé à la chambre des députés de l’île, le 24 novembre de la même année, quand il affirma sous les acclamations générales : « Nous sommes opposés à toute forme de dictature et nous croyons fermement aux vertus de la démocratie et de l’Etat de droit. ».

C’est donc sans surprise qu’il fut brillamment élu quand il se présenta aux élections présidentielles organisées quelques mois plus tard.

Vous l’avez sans doute deviné, ce jeune Commandant de gendarmerie s’appelait et s’appelle toujours Mohamed Bacar, l’actuel Président de l’île autonome d’Anjouan, élevé au rang de Colonel par la population pour son engagement en faveur de la bonne gouvernance.

Mais, à la surprise générale, à peine élu que Mohamed Bacar a perdu la foi et peut être même regrettait-il déjà, ses déclarations antérieures.

En effet, il bascula de nouveau l’île dans une dictature plus répressive que celle dont il avait reproché à son prédécesseur sans autre programme de gouvernement que le pillage des ressources de l’île et la répression impitoyable de toute forme d’opposition politique ou de contestation sociale, aux seules fins d’offrir à l’extérieur une fausse image de stabilité intérieure.

A son tour, Mohamed Bacar s’est manifestement placé au-dessus des lois. Reléguant la démocratie et l’Etat de droit aux oubliettes, il s’est arrogé tous les pouvoirs et se mit à commettre des abus : assassinats politiques, tortures, arrestations et emprisonnements arbitraires, suppression de toutes les libertés, violations répétées de la Constitution, destruction de l’appareil administratif de l’île, etc.

La fraude, les menaces et les intimidations sont utilisées à chacune de ses mascarades électorales afin de neutraliser tout éventuel vote sanction des électeurs déçus par sa trahison et d’assurer la victoire à ses fidèles partisans.

Une fois élus conseillers municipaux, maires ou députés, ceux-ci sont chargés de la tache ingrate de constituer les délégations de notables reçus, régulièrement, par le dictateur pour lui exprimer le soutien de la population à sa politique. Inutile de préciser que la majorité de ces notables ignorent cette politique.

Ce spectacle insupportable qui frise au ridicule, tant il est démenti par la réalité politique de l’île, est largement médiatisé par la radio et la télévision officielles, à dessein.

A son tour Mohamed Bacar a érigé la corruption et les détournements des fonds publics en système de gouvernement. Tout se monnaye : L’octroi des marchés publics ou des bourses d’études, les recrutements à la fonction publique, la réussite aux examens et concours et même les verdicts des procès de justice, etc.

D’autre part, nonobstant l’accord signé dans le cadre de la réconciliation inter comorienne obligeant les îles à verser leurs recettes dans un compte commun à la banque centrale, une partie des recettes provenant du Trésor public, des douanes, des impôts, des sociétés d’Etat, du domaine offshore etc. sans parler de la pratique des fausses factures qui est monnaie courante. Il tire aussi d’autres revenus du trafic des clandestins vers Mayotte ou du trafic des stupéfiants, (deux gardes de sa sécurité rapprochée impliqués dans une affaire de drogue saisie par les douanes anjouanaises il y a un mois, continuent d’exercer leurs fonctions ; Aucun juge n’ose les inculper.).

Insatiable, il a aussi mis en faillite la société des Hydrocarbures de l’île afin de pouvoir importer, à son propre compte, le carburant dont l’île a besoin. Enfin, il s’est habilement approprié l’importation du riz ordinaire, denrée de grande consommation, en la décrétant monopole d’Etat, créant du jour au lendemain une société d’Etat fictive sans locaux ni personnel mais gérée directement par lui-même.

Une partie des fonds ainsi acquise illégalement est réinvestie dans des activités économiques ou commerciales. Une autre a servi à l’achat d’une résidence en France où il a installé sa famille et de nombreux terrains ici à Anjouan, sous des noms d’emprunt. Une autre encore est régulièrement convoyée dans des mallettes pour être déposée dans des comptes bancaires à l’extérieur, à l’occasion de ses nombreux voyages de complaisance en France aux frais de la princesse.

Ce sont là les faits que les citoyens n’ont pas le droit d’en parler, sous peine d’être accusés d’atteinte à l’image extérieure de l’île, ou tout bonnement, d’opposants acharnés au processus de réconciliation inter comorienne, chère à la communauté internationale qui, ainsi désinformée à dessein, fermera les yeux sur la répression des opposants, pour la bonne cause.

A en juger par la régression générale de l’île dans tous les secteurs, le sort de la population préoccupe peu le dictateur. Il est soucieux à :
• donner à l’extérieur une fausse image de stabilité intérieure ;
• masquer sa dictature sous l’appareil d’un régime démocratique fort d’un soutien populaire ;
• Se protéger contre une éventuelle procédure judiciaire sur ses malversations ;
• Se maintenir aussi longtemps que possible au pouvoir, clé de son enrichissement, malgré son impopularité notoire.

Il est regrettable que les principaux hauts officiers de la gendarmerie de l’île se soient découverts, subitement, une vocation de politiciens et se soient compromis dans une galère qui a porté un coup sévère au prestige et à l’intégrité de la Gendarmerie. Celle-ci est détournée de ses missions originelles pour protéger les intérêts d’un homme qui se sert d’elle, uniquement, comme bouclier dans sa course effrénée à l’enrichissement illicite.

On le voit, Mohamed Bacar a menti aux Anjouanais. Contrairement à ses déclarations d’août 2001, il n’est pas arrivé au Pouvoir pour « mettre fin à une dictature et rétablir la démocratie et l’Etat de droit », et encore moins pour promouvoir la bonne gouvernance.

Contrairement à ses prétentions, il n’a pas pacifié l’île. En aucun cas, le climat de terreur qu’il a instauré ne peut être assimilé à une stabilité sociale.

Par ses agissements, il a plutôt réussi à créer une situation qui place l’île, aujourd’hui, au bord d’une guerre civile fratricide et inacceptable.

En ruinant l’île sur le plan économique et social, il a déçu tous les espoirs que les Anjouanais avaient placés en lui. Mais, il a aussi démontré son incapacité à gérer la seule île d’Anjouan (environ 300.000 âmes), par sa persistance à confondre la gestion d’un pays à celle d’une caserne.

Lui démontrer le contraire est assimilé à de l’insubordination ou à une déclaration de guerre. Nous l’avons compris, hélas tardivement, à nos dépens.

Comment peut-il croire que les Comoriens seront assez naïfs pour lui confier la destinée des Comores ?

En tout état de cause, nous poursuivons notre lutte pour sensibiliser l’opinion nationale et internationale sur les exactions perpétrées par le régime du Colonel Mohamed Bacar et contre la dictature sous toutes ses formes jusqu’à ce que s’instaurent une véritable démocratie et la bonne gouvernance dans l’île, seule base solide pour un véritable développement politique, économique et social d’Anjouan.

Abdallah Mohamed
Leader de l’Opposition
Le 24 mai 2005