Le contexte politique et économique des
Comores est peu favorable au développement d'une presse libre et indépendante.
Les autorités surveillent toujours de très près le travail des
journalistes et sautent sur la moindre occasion pour interpeller et
condamner les plus critiques d'entre eux. Par ailleurs, la faiblesse du
pouvoir d'achat et la rareté des annonceurs potentiels asphyxient économiquement
les médias.
Dans une tentative de régulation de la
presse, le procureur de la République annonce, dans une note adressée
aux directeurs de journaux le 22 septembre 2001, la mise en place d'un
système de "déclaration préalable" et de dépôt légal
pour les publications, avant la mise en vente des exemplaires.
Anjouan, qui a déclaré unilatéralement
son indépendance en 1997, a connu trois coups d'Etat ou tentatives dans
l'année. Les rares médias de l'île essaient de survivre malgré un
contrôle très strict des autorités locales et des sources de
financement quasiment réduites à néant. Le 27 août, la radio
publique d'Anjouan est fermée pendant plusieurs heures lors d'une
tentative de coup d'Etat fomentée par une vingtaine de soldats de la
garde présidentielle, opposés à la sécession de l'île.
Deux journalistes incarcérés
Au 1er janvier 2002, au moins un
journaliste est incarcéré aux Comores.
Le 10 novembre 2001, Izdine Abdou Salam,
directeur de la station privée Radio Karthala, est interpellé par la
gendarmerie de Moroni. Deux jours plus tard, il est placé sous mandat
de dépôt au parquet. Izdine Abdou Salam serait accusé de
"diffamation". Son arrestation intervient après la diffusion,
sur les ondes de Radio Karthala, d'un débat contradictoire sur le
projet de Constitution soumis à un référendum le 23 décembre 2001.
Plusieurs intervenants avaient sévèrement critiqué le texte à
l'antenne. Les cassettes de l'émission ont été saisies par la
gendarmerie. Izdine Abdou Salam était déjà sous le coup d'une
condamnation pour "diffamation" envers le Premier ministre, et
le tribunal lui avait interdit de présenter des programmes politiques.
Le 14 juin 2001, Cheikh Ali Cassim,
directeur de la radio privée Tropic FM, est condamné à quatre ans de
prison, dont quatorze mois ferme pour "détention illégale
d'armes". Il est libéré le 11 octobre. Le journaliste, qui est également
un ancien député, était emprisonné à Moroni depuis le 15 août
2000. Tropic FM a continué d'émettre pendant la détention de son
directeur.
Deux journalistes interpellés
Le 2 août 2001 au matin, Allaoui Saïd
Omar, directeur de publication de La Gazette des Comores, et Omar
Badaoui, reporter de la même publication, se présentent à la
gendarmerie de Moroni, suite à une convocation. Les deux hommes sont
immédiatement placés en garde à vue et passent la nuit dans une
cellule. On leur reproche la publication d'un article intitulé
"Trafic de faux billets : des membres du cabinet du Colonel
seraient impliqués". L'article précise que "le secrétaire général
de la présidence, M. Mahamoud dit Lamartine, devrait être convoqué
incessamment à la police". Celui-ci envoie aussitôt un droit de réponse
à la rédaction dans lequel il affirme avoir déposé une plainte
contre le journal pour "diffamation". Le lendemain, les deux
journalistes sont remis en liberté provisoire en attendant le jugement.
Le 4 octobre, une première audience a lieu au tribunal de Moroni. Le président
refuse à l'avocat de la Gazette des Comores l'autorisation de plaider.
Le directeur de l'hebdomadaire décide de ne pas assister à l'audience.
Les journalistes écopent d'une peine de six mois de prison avec sursis
et doivent s'acquitter d'une amende de 50 000 francs comoriens (environ
100 euros). Allaoui Saïd Omar est également l'un des membres
fondateurs de l'Association comorienne des droits de l'homme (ACDH).
Pressions et entraves
Le 15 mars 2001, lors de la première
audience d'un procès opposant Allaoui Saïd Omar, directeur de
publication de La Gazette des Comores, au président du parti Shawiri
(proche du parti au pouvoir), Mahamoud Mradabi, l'avocat réunionnais du
journaliste, Me Saïd Larifou, est expulsé de la salle et placé en
garde à vue à la gendarmerie de la capitale. "Le président a
refusé ma constitution dans une affaire de délit de presse (…) Suite
à mon insistance, il a ordonné mon évacuation", raconte,
quelques jours plus tard, Me Larifou dans une lettre au bâtonnier de
Saint-Pierre de la Réunion. L'avocat est libéré en fin de journée
sans aucune explication. Allaoui Saïd Omar est poursuivi en justice
devant le tribunal de première instance de Moroni par Mahamoud Mradabi,
qui exige 10 millions de francs comoriens (environ 20 000 euros) de
dommages et intérêts. Le journaliste avait publié, le 8 mars, un
communiqué de l'Union de l'opposition comorienne à Paris. Ce texte
demandait que M. Mradabi soit "déféré devant les
juridictions compétentes" pour son implication dans des détournements
de fonds et des malversations supposés. Le communiqué ajoutait également :
"Allié aux mercenaires, Mradabi est aussi séparatiste : lors
de la manifestation du 9 mars 1999 (…), il a montré son véritable
dessein qui se résume en ces mots : violence, haine, racisme et défense
d'intérêts personnels." Le 19 avril, la plainte est retirée,
suite à un accord négocié par les avocats des deux parties. Le 5
septembre, le ministre délégué chargé de la Communication annonce le
licenciement d'Ahmed Ali Amir, journaliste de l'hebdomadaire
gouvernemental Al-Watwan. Ce dernier est accusé de sympathies pour
l'opposition. Le journaliste avait écrit, quelques jours auparavant, un
article sur "l'état du processus de réconciliation" aux
Comores qui avait particulièrement déplu aux autorités militaires.