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Anjouan : une manifestation des Djawula dispersée
mise à jour27/08/2004

Anjouan : une manifestation des Djawula dispersée
Source journal Al Watwan n°844 du 27/8/04

Une cinquantaine de religieux de la tendance Djawula  a été arrêtée et enfermée pendant soixante douze  heures  à Hombo, après que la gendarmerie ait dispersé  le rassemblement qu'ils avaient organisé, le vendredi dernier, à Bambao Mtsanga.

Le dernier contingent des prisonniers a quitté le port de Mutsamudu, le mardi matin  à destination de Moroni.  Ce sont surtout des comoriens de la Grande Comore, de Mohéli et d'Anjouan qui avaient regagné l'île du Sultan Abdallah la semaine dernière pour prêcher la bonne parole. Il y avait parmi eux deux réunionnais. Au total ils étaient 51 personnes appréhendées le vendredi 20 août dans la mosquée de Vendredi  de Bambao M'Tsanga, situé à une trentaine de kilomètres de Mutsamudu.
Lorsque les gendarmes ont fait irruption, au milieu de la matinée, aux alentours de la mosquée, ils avaient  demandé aux centaines d'Anjouanais, présents sur les lieux, de rentrer chez eux. Les autres, les en ont-ils informés, seront gardés en attendant le bateau qui devait les ramener dans leur île natale.

La raison avancée, c'est que  les organisateurs de ce  rassemblement n'avaient pas demandé d'autorisation. En conséquence, la manifestation ne pouvait se tenir. La décision d'empêcher ce rassemblement est venue, effectivement,  du procureur de l'île d'Anjouan, qui estime que  l'infiltration de ces barbus enturbannés dans l'île perturbe le calme légendaire dans nos mosquées. "  Parce qu'ils cherchent à imposer leur manière de voir, s'insurge le procureur Houmadi Djaha, ces Djawula troublent l'ordre public religieux ". D'après lui, ces attroupements sont illicites. Les Comoriens étant de madh' hab Chafit, il est inconcevable de permettre à des individus de venir nous enseigner d'autres préceptes religieux différents du chafiisme. Nous avons notre façon de nous habiller et de prier ; bref de nous comporter. " Pour le procureur les identités de ces personnes arrêtées seront envoyées dans les services concernés pour supplément d'informations.

Un des prisonniers que nous avons rencontrés, se déclare surpris par la position des autorités judiciaires de l'île. Des rassemblements de ce genre ont été déjà organisés dans les autres îles de l'archipel. De même qu'à Anjouan, ce n'est pas la première fois qu'ils organisent ce genre de rassemblement. Récusant le nom de Djawula, notre interlocuteur  préfère plutôt l'appellation de Djamaanti Tabligh (la Communauté pour la propagation de l'Islam)  qui se démarque des autres groupes religieux, très actifs dans l'île comme Answar Al Islam ou le Djabha. Le Tabligh, explique notre interlocuteur,  se garde toujours de se mêler du débat politique, il  ne se prononce jamais sur des sujets comme la tradition et la coutume, la jurisprudence et sur les autres religions monothéistes.

La dispersion de cette manifestation est une action de plus des autorités de l'île de mener la vie dure à ces barbus enturbannés. Il y a deux semaines à l'issue d'une mésentente à Koni Djodjo entre des religieux, cinq d'entre eux ont été arrêtés et enfermés à la Compagnie de gendarmerie de Hombo à Mutsamudu. Au terme de leur détention, ils sont sortis la barbe rasée.

Des religieux comme Ayatollah  ont vivement dénoncé cet acte dans une lettre ouverte adressée au président de l'île autonome d'Anjouan. Pour lui il s'agit d'une humiliation  qui demande réparation.

Il est indéniable que l'islamisme gagne du terrain dans l'île. Il puise ses adeptes dans toutes les couches sociales mais c'est surtout dans  les couches défavorisées qu'il recrute. En guerre contre les confréries musulmanes et autres pratiques qu'ils jugent illicites, les nouveaux islamistes rencontrent effectivement la résistance des cheiks et autres dignitaires religieux.

Entre temps, dans une île où la situation économique et sociale reste précaire, cette nouvelle donne religieuse mérite une réflexion particulière.

AL WATWAN