ILE AUTONOME D'ANJOUAN
Allocution du Ministre de l'Intérieur, de la
Décentralisation Chargé des Relations avec le Parlement et les Institutions de
l'Union des Comores prononcée le dimanche 11 Mai 2003 à Ngandzalé à l'occasion
de la Journée Internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge
Messieurs les Ministres ;
Mesdames et Messieurs ;
Honorable assistance.
C'est un grand plaisir, mais aussi un immense honneur que de me retrouver avec
vous dans cette localité de N'gandzalé, pour une cause aussi noble que la
sensibilisation de deux principaux fléaux qui menacent notre population, je
veux parler du SIDA et du paludisme.
Ce travail remarquable, il faut bien le reconnaître est parfaitement mené par
le Croissant Rouge et un hommage particulier doit être rendu au Comité
Régional de N'dzuwani.
Plus de vingt ans après l'apparition du SIDA, les pays
en voie de développement sont submergés par l'ampleur de l'épidémie. Certains
pays africains ont décidé de prendre le problème à bras le corps pour
notamment sauver les enfants du continent.
Deux spécialistes de renom, le Professeur français Luc MONTAGNIER et le
scientifique américain Rolland GALLO, enfin réconciliés après la polémique les
ayant opposés sur la paternité de la découverte du virus du SIDA, accompagnent
les chercheurs Africains dans la lutte contre le fléau.
Mesdames et Messieurs
Distingués Invités.
L'année passée, les Professeurs Luc Montagnier et Rolland Gallo ont inauguré
un centre de Prévention et de Recherche commun à Yaoundé au Cameroun.
Selon le Professeur MONTAGNIER l'un des principaux axes de recherche sera la
mise au point d'un vaccin pédiatrique, capable de réduire presque totalement
la transmission du virus de la mère à son enfant par allaitement, une des plus
fortes voies d'infection sur l'Afrique selon toujours le Professeur
MONTAGNIER.
Le transfert des connaissances est aussi une priorité absolue, le découvreur
du virus du SIDA souhaite pouvoir doter les pays Africains des compétences et
des technologies appropriées pour lutter contre le SIDA.
Mesdames, Messieurs
Le rapport de l'Organisation ONUSIDA indique que 55 millions de personnes
mourront à cause du SIDA d'ici 2020 en Afrique où l'espérance de vie est passé
de 62 à 47 ans.
En 2001, le SIDA à tué 2,2 millions d'africains et les 3,5 millions de
nouvelles infections de l'année passée pour arriver à 28,5 millions le nombre
d'africains vivant avec le virus.
La plupart sont sans traitement et ne survivront pas à la prochaine décennie
prédit le Directeur de ONUSIDA Peter PIOT en rappelant que 30.000 Africains
seulement pouvaient bénéficier d'un traitement sérieux.
En 1987, au Cameroun, la séropositivité ne concernait que 0,5% des habitants
contre 12% en 2003. Avec 150.000 orphelins du SIDA, le Cameroun est un de tout
premier pays africain à avoir conscience du danger.
Ainsi dès 1986 il s'est doté d'un Comité de Lutte Contre le SIDA.
Malheureusement, ce volontarisme n'a pas été suivi de résultats satisfaisants.
On se félicite néanmoins des efforts louables consentis par le Cameroun pour
le traitement car l'on pratique les prix les plus bas d'Afrique à environ 670
euros par malade et par mois.
Il y a quelques années, le prix des antiviraux et le traitement des infections
opportunistes telles que la tuberculose oscille maintenant entre 43 et 23
euros.
La situation des Comores est inquiétante, en effet une
étude récente faite aux Comores a donné des résultats alarmants. Sur 300
lycéens dépistés à Mohéli 3 sont avérés positifs, les résultats d'Anjouan
doivent nous parvenir dans les meilleurs délais.
Le cas spécifique d'Anjouan doit interpeller les organismes internationaux
ainsi que les ONG car depuis la crise séparatiste nos structures sanitaires
sont dépourvues de tous moyens de dépistage.
Ainsi je m'adresse à vous Mesdames et Messieurs les
Volontaires et les dirigeants du Croissant Rouge sous l'impulsion du Comité
Régional d'Anjouan et de l'Ordre des Médecins, d'envisager dans les délais les
meilleurs à la mise en place d'un Comité de Lutte Contre le SIDA à Anjouan. Ce
comité doit avoir comme rôle principal la sensibilisation de la population
notamment des jeunes qui restent un groupe vulnérable à toutes les infections
sexuellement transmissibles.
Le Président Mohamed Bacar, pionnier de cette idée
noble m'a personnellement chargé de vous confier l'étude de cette opportunité
pour Anjouan, afin d'assurer un bon encadrement, un meilleur suivi et un
traitement des plus adéquats aux séropositives.
Mesdames, Messieurs
Le paludisme est l'un des thèmes retenus à cette journée phare du Croissant
Rouge à N'gandzalé.
Le paludisme est une maladie parasitaire produite par un protozoaire parasite
du sang, le plasmodium ou chematozoaire de LAVERAN et transmise par un
moustique des régions chaudes et marécageuses, l'anophèle hier malaria
aujourd'hui.
Quatre espèces de plasmodium provoquent le paludisme qui se manifeste par des
excès de fièvre intermittente suivant un rythme caractéristique (fièvre tierce
ou fièvre quarté avec anémie et altération de l'état général)
Une seule espèce (plasmodium falciparum) est responsable des formes mortelles.
Le traitement fait appel au sel de quinine et à des dérivés synthétiques.
La prophylaxie repose sur la lutte contre les moustiques, la culture du
plasmodium réalisé en 1976 ouvre la voie à la fabrication d'un vaccin.
Le paludisme reste à Anjouan la première cause de mortalité et morbidité
juvéno - infantile et occupe une place importante dans les causes des
avortements précoces.
Chez les adultes le paludisme représente une des causes principales
d'absentéisme dans les milieux professionnels
Cet absentéisme répété constitue un fardeau économique pour un jeune état
appelé à faire valoir ses potentiels intellectuels.
La prise en charge thérapeutique revient chère aux ménages dans un pays où le
traitement est assuré par les patients.
L'OMS, a initié la politique de lutte contre le paludisme appelé Rall Back
Malaria qui veut dire faire reculer le paludisme.
Anjouan applique strictement cette politique dans le cadre de la prise en
charge intégrée de l'enfant.
Son Excellence le Président Mohamed Bacar qui a fait du bien être familial une
de ses priorités veille personnellement sur l'application de cette politique
de l'OMS.
Aux Comores, la pratique généralisée des moustiquaires imprégnées dans les
ménages reste le moyen le plus adapté sinon efficace et le moins onéreux pour
combattre le fléau du paludisme.
Ces moustiquaires imprégnées sont disponibles à Anjouan grâce au Projet Santé
III de la Banque Mondiale.
Toutefois toute politique de lutte du paludisme passe avant tout par
l'assainissement du milieu familial. Je lance par conséquent un appel solennel
aux membres du Croissant Rouge pour inscrire dans leur programme de
développement une stratégie d'avoir un milieu sain.
Permettez-moi Mesdames, Messieurs de rappeler le rôle
combien louable du Croissant Rouge en matière de médecine scolaire. En effet
le Croissant Rouge est le premier organisme à initier à Anjouan une politique
de médecine scolaire.
Cette médecine consiste actuellement à déparasiter systématiquement les
enfants en age scolaire et à dépister toutes infections cutanées.
Cette médecine scolaire sera bientôt élargie à la santé bucco-dentaire et au
contrôle des carnets de vaccination.
Le gouvernement de l'Ile Autonome d'Anjouan prend l'engagement d'accompagner
le Croissant Rouge dans cette politique.
Mesdames, Messieurs
Le rôle du Croissant Rouge n'est pas à démontrer. Il est connu de tous face
aux différentes catastrophes naturelles, humaines, telles les guerres,
endémiques telles les épidémies...
Le Croissant Rouge est une organisation à vocation humanitaire fondée par
Henri DUNANT à Genève en 1863.
Henri DUNANT, lui-même genevois né le 8 mai 1828.
A cette date commémorative, choisie en son honneur pour la Journée
Internationale de la Croix-Rouge et du Croissant Rouge pour venir en aide aux
blessés et aux victimes de la guerre.
En temps de paix, elle participe à un grand nombre d'actions humanitaires.
Déjà en 1859, Henri DUNANT halluciné par la bataille de Solferino en Italie
opta pour l'humanité à la place du commerce.
Au regard des images chaotiques de la guerre et de la cohorte de ses morts et
blessés sans assistance, Henri DUNANT entreprit ce jour le secourisme.
De retour à Genève, il publie un livre sur les souvenirs de Solferino, le
livre a eu un impact grandissant dans le monde entier car il renfermait toutes
les atrocités de la guerre.
1863 fut la création de la Croix Rouge, vieille aujourd'hui de 140 ans et plus
tard pendant la guerre Russo-turque, le Croissant Rouge voit le jour.
En 1985, le gouvernement comorien, signataire de la Convention de Genève,
reconnaissait le Croissant Rouge Comorien (CRCO), le Comité du CRCO d'Anjouan
n'a cessé depuis de travailler au cotés des pouvoirs publics pour ses missions
de volontariat et de bénévolat.
Depuis 1986, la Croix-Rouge Internationale a pour dénomination " Mouvement
international de la Croix Rouge et du Croissant- Rouge "
Il est l'auxiliaire des pouvoirs publics anjouanais et comme tous les autres
comités du Croissant rouge, il n'a jamais failli un jour à sa mission.
Des conflits internes à l'opération GORO, des catastrophes en catastrophes, de
l'embargo au choléra, des intempéries aussi, le Comité Régional du Croissant
Rouge est toujours présent et jouit des sept principes fondateurs dans leur
mission à savoir :
- Humanité
- impartialité
- Neutralité
- Indépendance
- Volontariat
- Unité et Universalité
Etant bénévole et volontaire des pouvoirs publics, le
Croissant Rouge mérite bien d'être assisté et aidé et à ce titre le Président
de l'Ile Autonome d'Anjouan, le Colonel Mohamed Bacar m'a demandé de vous
assurer de toute sa disponibilité et du soutien inconditionnel de son
Gouvernement à vous accompagner dans votre délicate mission.
Vive la coopération multi et bilatérale.
Vive l'Ile d'Anjouan dans la prospérité.
Mesdames et Messieurs je vous remercie.