ETUDE DE MISE AU POINT D'UN SYSTEME DE PROTECTION SOCIALE CONTRE LA MALADIE

 

Justificatif

La mise en place aux Comores d'un système de protection sociale destiné à couvrir tout ou partie des frais engendrés par les soins, l'hospitalisation et éventuellement l'évacuation sanitaire des malades sous-entend l'organisation à l'échelon national d'un système de mutualisation et d'assurance maladie. Ce système devra tenir grand compte des particularités de la société comorienne, très attentive aux règles de la solidarité familiale et communautaire, et déjà fortement engagée dans le développement d'activités participatives locales déterminantes dans les domaines de la santé, du développement local, de la protection de l'environnement et plus généralement de la vie sociale. L'importance de ces contributions pour le bon fonctionnement des structures délivrant des soins de santé impose la recherche d'un système original de protection sociale, respectant la demande de participation active et de contrôle communautaire sur le fonctionnement du dispositif et sur son financement. Mais ce système devra en outre garantir sa viabilité économique et financière face à des risques divers dont certains seront parfois trop lourds à supporter pour une collectivité locale isolée.

 

Contexte

L'enjeu est important pour les raisons suivantes :

1 - Le pays vient d'instaurer une nouvelle réforme du système de santé transformant les hôpitaux en établissements publics autonomes et les Centres de santé en établissements privés avec mission de service public (autonomie administrative et financière) par convention avec une association gestionnaire locale.

2 - Les établissements publics hospitaliers et les établissements privés avec mission de service public pratiquent le recouvrement des coûts pour financer leurs activités. l'État assure le paiement des personnels relevant de la fonction publique et affectés par les cadres organiques à chacun des établissements. En outre il verse, dans les limites du budget national, une subvention annuelle en espèces ou en nature pour permettre aux établissements d'équilibrer leurs budgets.

3 - Le pays dispose d'une structure nationale appropriée (la PNAC) et d'un réseau de distribution, capables d'assurer l'approvisionnement des pharmacies dépendant des établissements en médicaments essentiels sur la base d'une liste nationale élaborée en 1991 et révisée régulièrement.

4 - La population participe au recouvrement des coûts par le biais de la tarification des actes et par l'achat des médicaments. Cette participation constitue les ressources propres de chaque établissement et vient en complément de la subvention théoriquement versée annuellement par l'État. L'expérience de ces dernières années a montré que cette participation peut représenter une partie essentielle des liquidités d'un établissement.

5 - Le développement progressif d'un système de soins privé, s'il est encore bien souvent anarchique, devrait constituer une alternative raisonnable au système public mis en place. D'un coût nettement plus élevé, son accessibilité sera limité par les capacités de financement du patient ou de sa famille.

6 - La pérennisation du système de recouvrement des coûts dans un pays où la grande majorité' de la population n'est pas salariée et exerce une activité non marchande à caractère plus ou moins épisodique ou saisonnier, pose des problèmes spécifiques de couverture des risques et de protection sociale continue. La croissance négative du PIB depuis une dizaine d'années voit augmenter les différentes formes de pauvreté et d'indigence, risquant de réduire encore l'accessibilité aux soins même les plus élémentaires à une partie grandissante de la population.

7 - Le gouvernement comorien a inscrit l'étude expérimentale des systèmes d'assurance et des mutuelles parmi les axes de sa politique de santé. Dans le cadre du projet COI/95/CO1, le Fonds d'Equipement des Nations Unies et le Gouvernement comorien ont décidé de réaliser une étude pilote sur le district de Mitsoudjé-Hambou pour la création de caisses mutuelles autogérées dans le cadre d'un système local de pré-paiement. Ce projet devrait être mis en route sous la responsabilité du Ministère de la Santé publique et de la Population au cours du second semestre 1997 (voir note sur le projet COI/95/CO1/FENU en annexe).

8 - Le projet FENU s'attache essentiellement à élargir l'accès aux soins fournis par les services de santé du district et à assurer ainsi la pérennité de ces services. Il n'apporte pas explicitement de solution pour la prise en charge des risques lourds.

A la lumière de ces informations, il s'avère indispensable de mettre à l'étude la généralisation d'un système éprouvé de prépaiement des coûts de la santé permettant à terme à chaque citoyen cotisant au système, de bénéficier de soins médicaux en cas de nécessité.

 

Problématique de l'étude

La mise en place d'un système national de protection sociale en matière d'assurance-maladie implique que soient effectués au préalable, un certain nombre de choix qui permettront ensuite de délimiter le cadre du système à adopter:

1" choix : dispositif d'assurance individuelle basée sur le versement d'une cotisation calculée en fonction des risques couverts et pouvant faire l'objet d'une capitalisation versus dispositif de mutualisation fondé sur le versement d'une cotisation en fonction des ressources et des risques couverts pour l'ensemble des cotisants (système par répartition solidaire). Les pratiques sociales comoriennes plaident en faveur de la mutualisation, mais la décision relève de la politique nationale du pays. Le problème majeur lors de la mise en place d'un dispositif de protection sociale contre la maladie est de choisir entre un système personnalisé dont seront nécessairement exclues, des catégories à trop grands risques (personnes âgées, handicapés, malades chroniques déjà reconnus, etc.), et un système solidaire de type mutualiste permettant d'atténuer les effets négatifs de l'âge, des ressources ou de l'état de santé.

2" choix: la nature des risques couverts. Le projet de mutuelles autogérées financées par le FENU sur le district de Hambou se préoccupe de la couverture des frais de santé au niveau du centre de santé du district et vise plutôt le petit risque ou le risque moyen. Or les observations faites au niveau des CHR montrent que les réelles difficultés de paiement concernent surtout les frais d'hospitalisation. De même, certaines situations graves requièrent une évacuation soit inter-îles, soit hors du pays, éventuellement avec accompagnement médicalisé. La mise au point d'un système national implique nécessairement que soient pris en compte les risques lourds, et ceci d'autant plus que le développement des moyens de soins actuellement en cours facilitera désormais rapidement l'accès à des soins de meilleure qualité. Il s'agit d'un impératif de santé publique en termes de prise en charge des affections graves dont la prévention et le traitement sont considérés comme prioritaires.

3" choix: l'organisation du système . La mise en place d'un système national de protection sociale contre la maladie peut se comprendre soit comme un dispositif étatique ou para-étatique, à caractère pyramidal, garantissant théoriquement une bonne égalité d'accès et une prise en charge plus facile des soins lourds, soit un dispositif fédérateur de centres de décision et de gestion périphériques, conçus sur une base mutualiste et autogérés.

Des expériences regrettables ont été vécues dans les deux cas. Dans le cas de l'adoption du dispositif fédérateur, il semble donc nécessaire que soit strictement établi le cahier des charges d'un tel système, obligation de caution, création de fonds de garantie, système national de compensation, nécessité de souscription à un réseau de réassurances, etc.

4" choix : cotisation volontaire ou cotisation obligatoire . La disposition adoptée, d'ordre législatif et réglementaire, conditionne la viabilité du système dans la mesure où elle détermine la masse des cotisants et par là même, l'effet de protection. La solution pour les Comores semble pouvoir associer l'obligation de cotisation associée à une relative liberté de choix de la caisse d'adhésion. La tradition comorienne des Sanduk devrait permettre la mise au point d'une solution acceptable socialement et culturellement.

 

Caractéristiques générales du volet "Mise au point d'un système de protection sociale contre la maladie"

Au cours du projet Santé (1998-2002), le volet "Mise au point d'un système de protection sociale" de la composante "Renforcement institutionnel" s'attachera à expérimenter et à promouvoir un système général de protection sociale pertinent au regard des problèmes de santé publique, des ressources de la population et des pratiques sociales et culturelles comoriennes fortement marquées par des solidarités familiales et communautaires.

Objectif : Mettre à la disposition des autorités comoriennes un modèle éprouvé de protection sociale contre la maladie, permettant aux bénéficiaires d'accéder au système de soins dans des conditions financièrement acceptables, quel que soit leur niveau de ressources et leur état de santé.

Principales dispositions : Le projet a été conçu pour la réalisation d'un ensemble d'activités selon deux directions de travail:

ÉLÉMENT 1 - Etude préliminaire de faisabilité et mise au point d'un modèle expérimental.

Sur une période de 2 mois, une mission d'experts nationaux et internationaux effectuera une étude préliminaire de faisabilité sur la base des informations et des données concernant les systèmes de protection sociale et d'assurance existant aux Comores et conduira une enquête sur le terrain au niveau des trois îles de l'archipel, dans le but d'éclairer les autorités comoriennes sur les choix à effectuer et sur la capacité réelle de préfinancement de la population et plus spécialement à ANJOUAN et à MOHELI Cette enquête aura à identifier les sites et les correspondants associatifs et communautaires susceptibles de prendre en charge la mise en place des caisses mutuelles villageoises. La mission proposera un modèle d'organisation nationale de type fédéral, soumis à l'approbation des autorités de tutelle et des collectivités. Elle conduira son travail en étroite collaboration avec l'équipe chargé de l'exécution du projet FENU sur Mitsoudjé-Hambou (janvier - juin 1998).

ÉLÉMENT 2 - Analyse des résultats obtenus (y compris projet FENU) et mise au point d'un modèle national de protection sociale, ultérieurement -généralisable.

Dans un délai de 2 ans, une deuxième période de 4 mois concernera la mise au point du modèle national de protection sociale. Les activités correspondantes viseront à exploiter l'ensemble des données recueillies durant les deux premières années, en particulier dans le cadre du projet FENU, afin de mettre au point l'ensemble des dispositions législatives et réglementaires requises pour la mise en place du système. Elles s'attacheront à établir le calendrier de réalisation des tâches et activités requises et à promouvoir l'information et la concertation nationales nécessaires à la réussite de l'opération.

Une partie de ces activités s'attachera à identifier les préalables financiers et les outils comptables (gestion de fonds, actuariat, garantie, réassurances internationales), une autre partie s'attachera à la mise au point des outils de gestion des caisses primaires autogérées et au suivi médicalisé des dépenses de santé prises en charge par le système.

 

Les différentes activités du projet se répartissent entre les deux éléments 1 et 2 précités :

Activités de l'élément 1 :

Étude préliminaire de faisabilité et mise au point d'un modèle expérimental à valider La mission confiée à des experts nationaux et internationaux comportera les activités suivantes :

Activité 1. Collecte et analyse des données sur les systèmes de mutualisation et d'assurance maladie existant aux Comores, notamment au niveau des sociétés d'État et dans l'armée.

Activité 2. Réalisation d'une enquête terrain au niveau des trois îles de l'archipel. Prenant appui sur les études préliminaires financées par le FENU pour la formulation du projet Hambou-Mitsoudjé, cette enquête identifiera:

--> les revenus des différentes catégories de la population,

--> les montants déboursés pour des soins par personne ou par ménage,

--> les besoins de soins ressentis, satisfaits et non-satisfaits,

--> la perception de la population consultée par rapport au paiement d'une mutuelle ou d'une assurance maladie,

--> les conditions d'acceptabilité d'un système de protection sociale par la population aux modalités possibles de fonctionnement d'un tel système de mutualisation ou d'assurance maladie.

Activité 3. Mise au point d'un modèle expérimental d'organisation nationale fédérant les activités des caisses visées par le projet et celles du projet FENU avec des objectifs de couverture des risques lourds, de constitution d'un fonds de garantie et d'un dispositif de compensation, et d'un mécanisme de réassurance.

Activités de l'élément 2 :

Analyse des résultats obtenus (y compris projet FENU ) et mise au point d'un modèle national de protection sociale, généralisable à la fin du projet.

Activité 1. Collecte et analyse des données en provenance des caisses mutuelles existantes et en particulier celles développées dans le cadre du projet FENU. Elaboration des données de l'analyse de faisabilité, en collaboration avec le projet FENU.

Activité 2. Collecte et analyse des données concernant le fonctionnement de la coordination nationale et élaboration de conclusions sur les conditions de viabilité du dispositif national de compensation et de couverture des risques lourds.

Activité 3. Organisation de la concertation nationale et détermination des éléments cadres du système comorien de protection sociale contre la maladie.

Activité 4. Rédaction et diffusion d'un livre blanc sur le système comorien de protection sociale contre la maladie. Préparation des textes législatifs et réglementaires.

Activité 5. Organisation d'une campagne nationale d'information, d'explication et de sensibilisation à destination de la population comorienne.

 

COUT DE L'ELEMENT (SUR 4 MOIS)

Fonctionnement de la cellule nationale                                                                                           7 000 USD

Organisation d'une campagne nationale d'information                                                              17 000 USD

Assistance technique (4 mois)

- 2 assistants nationaux (8 mois/h)                                                                                   8 000 USD

- assistance technique internationale permanente (4 mois/h)                                    20 000 USD

- missions d'appui méthodologique et technique (1 mission 15 j )                            15 000 USD

Total de l'élément :                                                                                                                            67 000 USD