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Esprit de Transhumance mise à jour 05/11/2005

ESPRIT DE TRANSHUMANCE
par Soeuf ELBADAWI d'après Saïdoune BEN ALI
Musique : Souleïmane Mze Cheikh
 
LA PIECE

Fragments d’une vie agitée
Il était une fois la légende de Bouroungou Houmadi Bongo... personnage au verbe hanté. sacrifié un soir de mauvaise lune pour avoir dit la mémoire trouée des siens. dégommé surtout pour avoir nommé la résignation des uns. et pointé du doigt la dépossession orchestrée par quelques mains ennemies sur son archipel aux quatre lunes. l'archipel des Comores. qui tangue tel un vieux boutre fatigué sur la mer indianocéane… Bouroungou se voulait poète. au service de son peuple. beaucoup l'ont cru fou. il semble pourtant avoir été seul à réclamer l'homme nouveau sur cette terre insulaire. seul à appeler à la mise à mort de l'oligarchie-bouffonerie.
Pour la petite histoire
Esprit… est un montage de textes. issus pour la plupart des Testaments de transhumance de l’écrivain Saïndoune Ben Ali. il tente de raconter le naufrage annoncé d’un peuple insulaire. avec le verbe parfois cardiaque de la schizophrénie. Esprit… évoque quelques-uns des moments forts de la vie agitée de Bouroungou Houmadi Bongo. poète décédé d’une traître balle dans la nuque. tirée dans la nuit noire des souvenirs indianocéans.
Un poète mort. le fait est presque banal. dans un monde où les objets paraissent avoir plus de sens que la vie d’un homme. inspiré ou illuminé fut-il. Bouroungou est mort. et son seul tort est d’avoir voulu mêler ses doutes à la destinée de tout un peuple… dans un pays -les Comores- qui sombre dans le chaos.
Bouroungou Houmadi Bongo était de ceux qui refusent les scénarios imposés. il disait non à l’ultime expérience de la dépossession post-coloniale, pendant que ses frères et sœurs, eux, continuent à déserter l’espérance de jour en jour. Bouroungou était de ceux qui laissent le « sang donné » remonter du sable, y compris les jours mauvais.
Bouroungou est mort. et à peine si l’on se souvient de son existence. le vieux boutre de ses angoisses continue pourtant à tanguer en haute mer. sans boussoles ni repères. et sa parole –surtout- hante encore les bangwe remplies de notables impotents sur sa terre de naissance. ce spectacle est un hommage à son « dire ».
L'AUTEUR
Soeuf ELBADAWI d'après Saïdoune BEN ALI
Musique : Souleïmane Mze Cheikh
La première version a été jouée au: 
Festival Métissons, Marseille,
Aout 2003
par LE MUR DU SON

Nouvelle version a été jouée au: 
Théatre de l'OPPRIME
78/80 Rue du Charolais
75012 PARIS
du 18 au 22 février 2004

Troisième version jouée au
Théatre de l'OPPRIME
78/80 Rue du Charolais
75012 PARIS

du 18 au 22 mai 2005

Avec soeuf elbadawi. souleïmane mze cheikh. maxime nourrissat en images. vladimir cagnolari en voix off. assistance à la mise en scène halima issa.
.un spectacle présenté par washko ink. une première version avait été produit à Marseille par Le Mur du son. à l’occasion du Festival Métissons en août 2003. avec le concours notamment de Raharimanana. Baco. et Diho.
.nous remercions Cati Antonelli sans qui ce projet n’aurait probablement pas vu le jour. remercions également le théâtre de l’Opprimé. Rui Frati et son équipe de bien vouloir nous faire confiance.
.merci enfin au public…

Washko Ink.
Espace de création entièrement dédié à l’objet « Comores ».  Washko Ink. prend part à la mise en place dans le pays d’une « dynamique culturelle, riche et salutaire, puisant à la fois dans le patrimoine et dans l’ailleurs […] Une dynamique à laquelle peuvent participer d’autres peuples et d’autres cultures du monde entier, aussi bien de la périphérie que du centre, dans la continuité de l’histoire de ce pays ».
Avec ce spectacle, Washko Ink. souhaite contribuer à la réflexion sur le rôle passé et à venir du créateur dans l’archipel. Le choix d’adapter une œuvre du poète Saïndoune Ben Ali n’est pas innocent. Il demeure l’une des rares plumes de sa génération  trentenaire à s’interroger sur la mémoire des siens. Le paradoxe a voulu que personne parmi ses compatriotes ne le lise à ce jour. Publié à la Réunion par les éditions Grand Océan, sans connaître de grande diffusion, son recueil, Testaments de transhumance, devrait connaître, grâce notamment à ce projet de spectacle, une seconde vie auprès des éditions Komedit.
La musique du spectacle est écrite et jouée par Souleïmane Mze Cheikh. un des artistes les plus populaires de l’Archipel des Comores. la mise en scène est assurée par Soeuf Elbadawi. le fondateur de Washko Ink. il est assisté de Halima Issa. Avec qui il a travaillé il y a dix ans dans le cadre des Enfants du Théâtre. une troupe de l’Alliance Franco-Comorienne de Moroni. D’autres amis, tels le réalisateur Djoumoi Saïd, sont venus soutenir le projet. Merci à tous. A Vladimir Cagnolari et à Maxime Nourrissat notamment.

Pour nous joindre
Washko Ink. B.P5357 Moroni Comores

Mail: washkonet@yahoo.fr

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ZOOM THEATRE/ ACTU SPECTACLE VIVANT.
L'Esprit de transhumance va encore souffler sur la scène du Théâtre de l'Opprimé à Paris. Pour la troisième fois consécutive. Du 18 au 22 mai 2005 prochain. Une création comorienne qui entremêle politique et poétique, musique et mouvement, dans une même interrogation sur le destin ficelé de nos îles. Un rendez-vous à ne rater sous aucun prétexte.

L'esprit de transhumance va encore hanter les murs du Théâtre de l'Opprimé à Paris. Un beau titre en perspective. L'occasion pour Soeuf Elbadawi, le metteur en scène, de séduire au nom des Comores un plus large public en mots et en musiques, avec à ses côtés Zaïnaba Ahmed (la voix d'or), qui succède ainsi à Souleymane Mze Cheikh à la musique. Une création que Soeuf avait déjà présentée à Marseille en 2003 dans le cadre du festival Métissons, dans une version à cinq personnages avec une musique de Baco. Une re-création pour ainsi dire, puisque la distribution se réduit aujourd'hui à trois personnages sur la scène, avec une poupée. "J'ai voulu resserrer le spectacle autour du personnage de Burungu Humadi Bongo, ce poète que l'on dit fou et qui finalement ne fait que jouer le rôle d'une conscience nationale dans un pays où n'existe plus de débat, dans un pays où penser devient quelque chose de nocif" confie Soeuf Elbadawi.

Burungu. Un nom d'esclave qui vient de l'univers de Saïndoune Ben Ali. Burungu, dans le spectacle, est une espèce de feu follet qui court les rues du pays des lunes pour exprimer sa rage. "Me voici/ debout et vivant/ dans la soif de maudire/ j'ai choisi de contrarier vos visages muets" crie-t-il, en s'adressant à l'ensemble de ses compatriotes. Un personnage double, à la fois lucide et habité par les esprits de lune. Aux uns, il apparaît comme fou. A d'autres, il montre sa vraie nature. Celle d'un homme qui "par instinct de survie" a choisi la poésie, plutôt que le fusil. Un homme qui refuse le mensonge et le silence, qui "nomme la honte/ le pillage de l'histoire/ par des chacals/ par des grenouilles en quête de suffrage" et qui dit "l'indifférence injurieuse du maître-berger, l'invention de Panurge et la purge sociale". Le spectacle traite de la dépossession d'un peuple. Le nôtre, sans doute. On y parle aussi de l a relation à la France, principal partenaire des Comores depuis plus d'un siècle.

Burungu, nous explique le metteur en scène, est "le symptôme d'une société malade, une société à la dérive, qui fait naufrage et qui, au lieu de chercher des solutions à ses problèmes, s'invente des histoires qui la font sombrer davantage. C'est une situation que connaissent la plupart des pays sous occupation, soit intellectuelle, soit économique, quand il ne s'agit pas des deux en même temps. Je pense à tout un tas de pays du Sud, de l'Afrique ou des pays déclarés comme non-aptes au développement, qui restent néanmoins des pays "engraisseurs", nécessaires à une bonne géostratégie du monde, dessinée depuis l'Amérique ou depuis les capitales européennes". Un personnage inventé à partir de deux textes. Le premier découle d'une libre adaptation des Testaments de transhumance de Saïndoune Ben Ali, recueil de poésie qui vient de re-paraître, grâce Soeuf Elbadawi et à Ahmed Mohamed Chamanga, aux éditions Komedit. Un poète très peu co nnu en réalité et qui représente le meilleur de ce que nous réserve la jeune garde en matière de littérature comorienne.

Modeste projet et grandes ambitions

L'autre partie du texte, quant à elle, vient de Soeuf Elbadawi lui-même. "J'ai intercalé des choses entre les bouts de textes empruntés à l'œuvre de Saïndoune Ben Ali, œuvre sur laquelle je travaille depuis plus de cinq ans à présent. Je n'ai pas cherché à correspondre point par point à son texte. Il ne s'agit pas d'une "resucée" de Saïndoune sur la scène.C'est un autre travail que j'ai voulu faire. Il faut voir le spectacle comme un prolongement de la réflexion entamée par Saïndoune mais avec des ingrédients qui me sont propres. C'est pour ça que je l'ai appelé Esprit de transhumance, et non pas Testaments… Je crois qu'une œuvre comme celle de ce cher Saïndoune ne prend véritablement sens qu'à partir du moment où elle suscite des envies d'aller plus en avant chez l'autre, le lecteur ou le compatriote que je suis. Virgile, traduit par Boileau, aurait dit cette phrase que Saïndoune aurait pu reprendre, concernant mon approche, en voyant le travail final: "le moment où je parle est déjà loin de moi". Je prolonge ses interrogations sur le destin de notre peuple, de notre petit pays, en essayant notamment de tenir compte de ce qui se passe ailleurs dans le monde, et donc en essayant de partager cette histoire avec d'autres publics qui n'ont rien de comorien dans leurs origines, mais qui se retrouveront un peu dans cette aventure, simplement parce que nous en faisons une histoire sur la Relation entre les hommes".

Sur la scène, le personnage de Burungu parle, confère, danse, joue les schizophrènes… Le spectacle s'est nourri d'un univers rituel comorien, où la religion et la poésie rivalisent d'ingéniosité pour ne pas subir les contrecoups du temps qui passe. La musique sur la version présentée en février dernier sur la scène de l'Opprimé était de Souleymane Mze Cheikh, qui jouait lui-même un rôle taillé sur mesure, celui du personnage de Soule, et qui apportait une sorte d'apaisement à l'ensemble. "J'aimais bien l'univers de cet artiste. A un moment où la plupart de ses pairs se soumettent aux diktats du petit marché comorien, qui veut des sons de claviers partout, du zouk ou du rap caricaturé, Souleymane arrivait à me surprendre par sa capacité à se poser sur une scène, avec juste sa guitare. Quelques notes qui influaient énormément sur le rythme du spectacle. Cette fois-ci, il y aura probablement la voix de Zaïnaba à la place, une voix formidable, captivante, qui respire des odeurs d'enfance. Au départ, j'avais bossé avec Baco, qui a dû partir sur d'autres aventures par la suite, mais qui m'apportait aussi une autre dimension, souvent absente des productions musicales comoriennes actuelles: cette musique, on s'y sent bien, comme sur un boutre qui tangue dans une mer apaisée. En même temps, on sait que l'équilibre y est fragile et qu'à tout moment on peut rejoindre les fonds, faire naufrage, disparaître. Ça rejoint bien le propos du personnage de Burungu Houmadi Bongo, ainsi que les idées que j'ai cherché à exprimer à travers cette mise en scène. Aujourd'hui, Souleymane est parti pour d'autres aventures. Et j'essaie de faire profiter au public d'une autre dimension de cette musique comorienne, celle des chants traditionnels de femmes, avec Zaïnaba".

A Paris, le spectacle est reprogrammé du 18 au 22 mai, pour la troisième fois consécutive, toujours au même endroit, le Théâtre de l'Opprimé. "Un lieu magique qui nous a fait confiance, qui nous a accueilli en frères, avec un énorme respect pour ce qui fonde nos convictions. Dès que je peux, je leur dis chapeau et merci". Soeuf Elbadawi compte ensuite partager cette "transhumance" lors de la seconde édition du Komor4 festival, prévu pour août 2005. "Ce serait quand même formidable si ce que je dis dans ce spectacle pouvait être entendu au pays. Il est vrai que tout le monde ne va pas apprécier le propos. Mais il ne faudrait pas qu'on tombe dans ce piège qui consiste à monter des projets artistiques uniquement pour l'étranger. Au départ, c'était une commande faite par un festival français à Marseille. L'aventure a ensuite continué différemment. Et actuellement, je cherche des partenaires pour pouvoir l'emmener au pays. Ce qui nous oblige à réfléchir sur la notion de spectacle vivant dans un pays sans subventions, ni intérêt réel pour la création théâtrale. Cela me permettrait en tout cas de revenir sur ma "scène d'origine", que j'ai un peu déserté durant ces dernières années". Une tournée en Afrique et dans les Caraïbes est à l'étude. "C'est très peu évident pour moi. Je travaille en comité réduit. Je n'ai pas véritablement d'équipe fixe. Halima Issa, mon assistante, et un ami réalisateur, Djoum, me donnent un sérieux coup de main. Mais tout ça reste un peu fragile. Je ne sais jamais si je vais pouvoir les garder encore longtemps à mes côtés. Les autres collaborateurs viennent et partent, parce que nous pratiquons un théâtre de la conviction, mais qui n'a pas toujours les moyens de les fidéliser. Car il faut bien vivre. Et il y a parfois besoin de moyens dont nous ne disposons pas dans l'immédiat. Nous ne sommes pas subventionnés. Par ailleurs, je fais d'autres choses qui me prennent du temps. Je pense notamment à la radio, qui est le métier qui me fait vivre, principalement. C'est pas du tout le théâtre qui me nourrit au quotidien, qui nourrit mes collaborateurs. Un jour, peut-être…"

En tous cas, du théâtre, ils en font, et bien. Ce qui peut aussi flatter notre petit égo national, d'autant plus que Soeuf ne porte pas son intérêt uniquement sur des projets à label "comoro-comorien". Il y a trois ans, il avait monté un projet sur Madagascar avec l'écrivain malgache Raharimanana et le guitariste Solo Razaf pour le compte des festivals Africolor à Paris et Métissons à Marseille. L'an dernier, il a aussi travaillé comme comédien sur une création de Luc Clémentin, Haïti d'encre, d'île en exil, présentée en région parisienne, au Théâtre Francophone de la Villette en juin, au Centre Beaubourg en décembre, à Mantes-la-Jolie en février dernier. "C'est une mise en espace qui tourne en région parisienne, qui m'a permis, même s'il s'agit d'un travail un peu différent, de me soumettre à la volonté d'un metteur en scène. Ce que je n'avais pas fait depuis très longtemps, depuis Michel Charles aux Comores, il y a un peu p lus de douze ans. On apprends beaucoup de choses au contact des autres gens du métier, surtout que nous avons, nous qui venons des Comores, un retard énorme à rattraper dans ce métier. C'est aussi comme ça qu'on enrichit le peu que l'on connaît de ce métier. Il est fort possible que je laisse tomber la mise en scène pour être dirigé, si à l'avenir je rencontre ce type de possibilités, si je tombe sur des metteurs en scène intéressés par mon travail de comédien. Aujourd'hui, je mets en scène, parce que je n'ai pas d'autres offres de ce genre. Sans doute que je n'ai pas trop cherché non plus. Mais j'avoue que j'aime mieux me savoir "dirigé". Jouer est plus gratifiant pour moi que le fait de monter ma propre mise en scène ou de diriger les autres" confie Soeuf elbadawi avec un petit sourire. On ne peut que lui souhaiter une bonne baraka dans ce métier. Bon vent! L'artiste…

Le 15 avril 2005 par
Karibangwe

** Testaments de transhumance de Saïndoune Ben Ali vient de paraître en seconde édition chez Komedit, dans une collection dirigée par Washko Ink, avec une postface de Soeuf Elbadawi. Testaments de transhumance est disponible en ligne sur le site de l'éditeur: www.komedit.org. Une chronique de l'écrivain malgache Raharimanana lui est consacré sur notre site [cf. sommaire]