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Société et tradition
aux Comores |
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Le grand mariage : Le
ANDA |
LE GRAND MARIAGE : LE
ANDA
Anda:
1/ les classes
dâge
Les classes dâge existent dans toutes les îles mais
cest à Ngazidja que lon retrouve le système caractéristique des Comores.
Traditionnellement il y a une forte ressemblance avec les
zikaode
Mwali. Dans les villages qui ont subi peu de changements, tout jeune homme entre dans une
classe dâge dès quil est prêt: souvent vers lâge de huit ou dix ans,
son père ou oncle maternel (mdjomba) paie les frais dadhésion,
traditionnellement en forme de repas. La structure la plus répandue est de quatre classes
pour un jeune homme, le passage dune classe à une autre se faisant par la
préparation dun repas cérémonial. Collectivement ceux qui appartiennent à ces
quatre classes sont connus sous le nom wanamndji :"enfants de la ville".
Ces quatre
classes sont les plus courantes, mais il en existe dautres, et le nombre de
hirimu varie selon la ville: par exemple à Djomani dans le Mbude à Ngazidja, il y a huit
classes de wanamdji. Par contre, on trouve des villes où il y en a moins, voire
(comme cest le cas à Moroni) aucune, le système étant tombé en désuétude.
Comme lexistence de
la classe de guzi lindique, le mariage est une étape essentielle dans la vie
dun homme. Au delà du mariage, et il sagit dun mariage coutumier et non
simplement dun mariage religieux, un homme est mdrumdzima, un "homme
complet", traduit en français par "notable". Comme cest le
cas avec les jeunes hommes, on retrouve des classes, dont le passage de lune à
lautre donne lieu à des cérémonies ou des prestations coutumières. Encore une
fois le nombre de classes varie, mais la configuration la plus courante est de deux.
Il existe encore plusieurs
variantes sur ce thème et des classes supplémentaires, selon les prestations
effectuées, sont reconnues dans diverses villes. Notons cependant que les nuances dans le
classement des hommes maries sont plus subtiles et moins rigoureusement définies que
parmi les jeunes hommes, et le statut dun homme est souvent socialement négocié.
Dailleurs, dans certaines villes, il arrive que les changements de statut parmi les wanamdji
seffectuent collectivement tandis que les wandrwadzima grimpent leur
échelle en solitaire.
Les
Hirimu
* Les
wanarndji
*
mshondje (pl. washondje): les ouvriers de la ville, ce sont les
jeunes hommes qui sont chargés des tâches telles que le balayage de la
place publique ou la préparation des lieux cérémoniaux.
*
mzuguwa (pl. wazuguwa): ils sont chargés de tâches moins
monotones que les washondje, avec plus de responsabilités; mais
cette classe reste subordonnée à la classe suivante.
*
mfomanamdji (pl. wafomanamdji): littéralement, "rois
des enfants de la ville", ils sont les dirigeants des wanamdjî
guzi (pl. maguzi): cette
classe comprend ceux qui sont prêts à se marier ou qui ont dépassé l’âge
de mariage et qui sont socialement "en retard".
*
Les wandrwadzima
*
mnaikofia (pl. wanazikofia): celui qui a fait le mariage
coutumier.
*
mfomamdji (pl. wafomamdji): celui qui a marié sa fille. |
Aujourd’hui, rien n’est plus Comorien que le grand mariage, et il existe dans sa forme la plus
développée à Ngazidja. A Ndzuwani linfluence arabe a pu lemporter sur les
systèmes traditionnels de classes dâge et le mariage de Ndzuwani nest
quun mariage impressionnant, il est vrai, et coûteux, mais une fin en soi; tandis
quà Ngazidja le système de classes dâge a pu résister aux pressions des
immigrés et aujourdhui, le mariage nest donc quune étape (essentielle,
certes) dans le processus par lequel un homme (et une femme) voyage à travers le temps.
Anda : II / les festivités
Le mariage
coutumier donne lieu à de nombreuses cérémonies chacune ayant, ou ayant eu, une
signification sociale spécifique. Il existe plusieurs étapes dans 1e mariage, et il
existe presque autant de variétés de mariage quil y a villages à Ngazidja. A
Moroni, par exemple, du fait de la modernisation, les manifestations sont assez réduites
en nombre; à Fumbuni, par contre, le mariage relève dune longue séquence de
cérémonies qui sétalent sur plusieurs années.
Cependant,
on retrouve partout des éléments de base. Les fiançailles, qui comprennent souvent une
union légale devant le cadi, ont lieu bien avant le mariage. Plus tard, et souvent des
années après, on célèbre le mariage proprement dit, que lon appelle
hwenda dahoni, "aller à la maison".
Les festivités peuvent durer trois semaines. Elles commencent un dimanche avec un
djeleyo,
rituel de distribution de riz et de viande aux
wandrwadzima,
suivi dun intervalle de quelques jours de préparatifs
au cours desquels ont lieu des danses de femmes.
Les cérémonies
reprennent le jeudi soir pour le
madielis, cérémonie religieuse qui regroupe tous les hommes de la ville ainsi que des
dizaines dinvités venus dautres régions de lîle. Le même soir, on
assiste à un djaliko des femmes (dit
djaliko
mabele, "dialiko des seins"), danse qui seffectue dans
les rues du village et qui annonce le mariage. Le vendredi, cest au tour des hommes
de danser le djaliko et le samedi soir, le
twarab. Enfin, le dimanche matin, cest le zita fa,
entrée
rituelle du mari à la maison nuptiale, accompagné de lor quil offre à son
épouse; cest également le moment daccession au statut de
mdrumdzima
pour lhomme et le versement de la dote sil en reste à
payer. Suit enfin une semaine de repas coutumiers jusquau neuvième jour
(ntswa
shenda): les cérémonies sachèvent avec lenvoi à la
femme du vao
(les
"vêtements", ou trousseau), ainsi que des boeufs.
Face aux
changements liés à la fois à une islamisation croissante de la vie coutumière et à
une occidentalisation de la vie matérielle, on constate quand même quelques changements.
A Itsandra, le djaliko
des femmes
et le twarab, contraires à lIslam, sont supprimés et
le madjelis
a lieu le samedi,
tandis que le jeudi soir est consacré à un dîner a la française", offert
jusquà un millier dinvités.
Notons, au
passage, quil nest point besoin dattendre une invitation si vous
souhaitez assister aux cérémonies de mariage: tout le monde est le bienvenu, même les
étrangers.
Anda : III /
les pouvoirs
Lappellation "grand mariage" ne reflète pas
la vraie nature de linstitution et en shingazidja le mot
anda ("coutume"), sert à souligner qu
il sagit davantage quun simple mariage.
Landa
relève dun cycle dobligations sociales, de
prestations et de contre-prestations, qui dépassent largement la durée de vie dun
individu et qui comprennent dautre fêtes telles que la naissance, la circoncision,
les fiançailles et les rites funéraires.
Tout homme qui a
les moyens est tenu de faire son grand mariage. Cette obligation est quand même une
innovation assez récente et date de lépoque coloniale: autrefois ce nétait
que le fils (et la fille) aîné dune famille libre qui était censé le faire;
aujourdhui cest tout le monde qui est impliqué. Comme nous lavons vu,
le mariage permet à un homme daccéder au statut de mdrumdzima, et de
prendre sa place parmi les notables de la ville. Ainsi peut-il diriger, décider, juger,
et être servi.
Il peut
désormais parler aux réunions publiques, entrer à la mosquée par la porte réservée
aux notables (et sasseoir devant), ainsi que jouir du respect de la population non
seulement dans sa ville dorigine, mais pendant ses déplacements, dans toute
lîle. Son statut est surtout marqué par ses vêtements, vêtements qui autrefois
étaient réservés à la famille royale mais qui aujourdhui sont portés par toute
la notabilité.
Le statut
dun notable se négocie socialement et lui est accordé par le village. Si les
dépenses et lostentation du mariage comptent pour beaucoup, elles ne suffisent pas.
La place de sa famille (inya)
dans
la hiérarchie du village est importante, ainsi que les qualités de lhomme
lui-même: est-il un bon orateur, est-il apprécié par .
le village, soccupe-t-il des affaires villageoises? De
plus en plus, surtout en milieu urbain, ces critères sont oubliés dans une
"bourgeoisisation" du mariage, à travers laquelle des fonctionnaires voient un
chemin vers le pouvoir politique.
Anda : IV /
léconomie
Le grand mariage, quintessence de la culture
shingazidja, sert de
bouc émissaire pour expliquer maints maux de la société moderne. Défendu avec ardeur
par certains, qui voient dans linstitution le ciment social de lîle, il est
maudit par dautres, qui le tiennent pour responsable des crises économiques. On
retrouve la vérité dans chacun de ces deux camps. Les classes dâge et le pouvoir
social servent effectivement la cohésion sociale; il en est tout autrement pour les
dépenses.
Le mariage
coûte cher. En milieu rural, il est possible de soffrir un mariage restreint qui
coûte à peine deux millions de francs comoriens, mais beaucoup de mariages dépassent de
loin cette modeste somme. Tous frais confondus, un "grand" grand mariage peut
facilement atteindre une vingtaine de millions de francs comoriens, et encore, ce chiffre
ne tient pas compte des échanges économiques qui se font dans le cadre du mariage mais
ne sont pas des frais de mariage proprement dit.
La Banque Centrale fait
état dun total de recettes privées de létranger, pour la plupart des
comoriens de la diaspora, de plus de douze milliards de francs comoriens (24 million
dEuros) par an, ce qui dépasse largement les recettes de létat. Cet argent
est en grande partie destiné aux dépenses coutumières (dont principalement le grand
mariage), ainsi quaux dépenses qui servent à financer des projets communautaires
(mosquées, foyers culturels, électrification du village), phénomène qui est fortement
lié à la cohésion sociale issue du grand mariage. En labsence du grand mariage,
cette somme ne serait quune fraction du montant actuel, et léconomie du pays
en souffrirait dautant.
Certes,
tout cet argent nest pas destiné aux activités économiques que lon pourrait
souhaiter dans un pays en voie de développement on pense, par exemple, aux 2400 boîtes de Coca
Cola, importées, qui sont offertes pendant les festivités mais une partie importante de
la nourriture (viandes, légumes et salades, lait> ainsi que des services et des
produits de lartisanat locale (habits de cérémonie, bijouterie) font partie de
léconomie du pays que le grand mariage soutient ainsi. Notons également quen
1996 la valeur globale des importations sélevait à un peu moins de 25 milliards de
francs comoriens (50 millions dEuros: à peine deux fois la valeur des virements
effectués par les émigrés.
Ceci dit,
des réformes économiques trouvent leur place dans le contexte du mariage. Moins de Coca,
de gâteaux, de produits de "luxe" dont loffre confère le prestige, et
davantage de produits de fabrication locale sont des réformes visibles mais dautres
réformes, plus structurelles, sont également dactualité. Le phénomène de
regroupement des mariages au mois daoût (période de vacances de
lhémisphère nord, donc des comoriens résidents en France) aboutit à un
véritable " gavage " des invités aux mariages qui se plaignent de
devoir passer leurs vacances à consommer des repas coutumiers. La solution que propose la
jeunesse contestataire, serait de "détourner" les fonds destinés aux repas au
profit des projets de développement villageois.
Mais il serait également
nécessaire de libérer lépargne, les millions de francs comoriens qui dorment
"sous le matelas" qui, placés à la banque, serviraient plutôt à augmenter la
masse monétaire et donc la croissance économique. Il en est de même pour les réserves
dor: toute famille possède un coffre de bijoux et de pièces dor en nombre
plus ou moins important qui ne sortent que rarement de leur obscurité et, vu le désir de
plus en plus répandu dacheter neuf (traditionnellement les bijoux sont
"recyclés" de génération en génération ), ne servent plus aux fins
prestataires.
Iain Walker extrait du guide culturel édité avec le concours de
la CEE
MweziNet
juillet 2000
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